Dominique Anglade réclame la démission de Jean-François Roberge, Legault le défend

QUÉBEC — La cheffe de l’opposition officielle Dominique Anglade réclame la démission de Jean-François Roberge à titre de ministre de l’Éducation.

Elle estime que M. Roberge a menti aux Québécois chaque fois qu’il a affirmé que la santé publique avait validé la méthode pour échantillonner la qualité de l’air dans les classes. 

Il n’y a jamais eu d’aval, a rapporté jeudi Radio-Canada. «Le ministre a menti quant aux avis publics concernant les tests de CO2 dans les écoles», a déclaré jeudi Mme Anglade.  

«Je crois que le ministre vient réellement de signer sa lettre de démission et qu’il doit quitter ses fonctions, point.»

Le co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Gabriel Nadeau-Dubois, croit également que M. Roberge a menti «aux familles, au public et aux parlementaires».

«Le chat sort du sac, a-t-il déclaré. Ce que Jean-François Roberge a fait, c’est très grave. Il a instrumentalisé la santé publique pour couvrir sa propre négligence dans le dossier de la qualité de l’air.»

M. Nadeau-Dubois n’a pas réclamé la démission du ministre. 

Il a plutôt demandé au gouvernement de «corriger cette erreur-là» en adoptant une motion de QS exigeant l’installation de détecteurs de CO2 dans toutes les classes du Québec.

Le gouvernement a refusé de débattre de la motion.

«Jean-François Roberge peut démissionner s’il le veut, il peut garder sa job, il peut prendre la fin de semaine pour y penser ou une année sabbatique, moi, ça ne me dérange pas.

«Ce que je veux, c’est que l’air que nos enfants respirent ne leur donne pas la COVID», a déclaré M. Nadeau-Dubois. 

À la période des questions jeudi, le premier ministre François Legault s’est porté à la défense de son ministre, qui était absent du Salon bleu.

Il lui a réitéré toute sa confiance et déposé en Chambre un document pour montrer que «toutes les recommandations de la Santé publique ont été intégrées».

Toutefois, ce qu’a déposé François Legault ne concerne pas le protocole de tests.

Dans un document publié plus tard sur Twitter par M. Roberge, on voit qu’un expert de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) remettait en question ce protocole.

«Plusieurs mises en garde sont de mise pour la mesure du CO2», a écrit le médecin-conseil Stéphane Perron. 

Par exemple, prendre un échantillon avant l’arrivée des élèves ne donnera rien d’autre qu’un résultat semblable à l’air extérieur, a-t-il prévenu. 

Le 8 janvier, M. Roberge s’était réjoui des résultats des tests de CO2 effectués dans plusieurs établissements scolaires. 

Loin d’être convaincue et sceptique de la méthodologie utilisée, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) en a saisi la Cour supérieure.

Le syndicat affirme aujourd’hui que 81 % des enseignants qu’il a sondés indiquent ne plus avoir confiance au ministre pour mettre en place des mesures satisfaisantes pour la prochaine rentrée scolaire.

Dure semaine pour la CAQ

Au Parti québécois (PQ), on s’étonne que le premier ministre continue à défendre non seulement M. Roberge, mais le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

Le chef parlementaire du PQ, Pascal Bérubé, a rappelé que d’autres ministres avaient perdu leur poste «parce qu’ils étaient moins habiles, semblerait-il, en communication».

«Mais pour des enjeux éthiques et des enjeux aussi importants que la santé publique des jeunes, eux sont protégés par le premier ministre», s’est-il exclamé.

Selon le PQ, M. Fitzgibbon, dont les avoirs personnels sont au coeur d’une quatrième enquête de la commissaire à l’éthique, bénéficie «clairement» d’un traitement de faveur. 

«Les règles d’éthique ne sont pas facultatives en fonction de qui, de l’avis du premier ministre, performe ou ne performe pas. Elles ne sont pas facultatives en fonction d’à quel point on est proche du premier ministre», a martelé le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon.

Jeudi, la co-porte-parole de QS, Manon Massé, a réclamé du premier ministre qu’il expulse M. Fitzgibbon de son conseil des ministres. La veille, Mme Anglade avait elle aussi réclamé la démission du titulaire de l’Économie.

Preuve que la semaine a été mouvementée: le député Louis-Charles Thouin s’est lui retiré du caucus de la Coalition avenir Québec (CAQ), étant visé par une enquête de la commissaire à l’éthique et de l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

Laisser un commentaire