La Chine bloque des livraisons de semences de canola de Viterra pour infestation

Les agriculteurs canadiens se retrouvent devant un avenir incertain, maintenant que la Chine a intensifié mardi son bras de fer sur le canola.

«Il y a beaucoup de confusion parmi les agriculteurs à propos de ce qui peut être exporté», a observé David Quist, directeur général de l’association des producteurs de blé de l’Ouest canadien.

La Chine a bloqué mardi les expéditions de canola en provenance d’un deuxième producteur canadien en raison de problèmes de contamination présumés. L’administration générale des douanes de la Chine a annoncé mardi sur son site internet que ses responsables avaient détecté plusieurs organismes dangereux dans des cargaisons de canola provenant de Viterra, un producteur de Regina. Viterra, qui fait partie de Glencore Agriculture, n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaires.

Le gouvernement chinois avait évoqué la même raison, plus tôt en mars, pour bloquer le canola expédié par Richardson International, de Winnipeg. Depuis lors, le Conseil canadien du canola a signalé que tous ses membres qui exportent du canola en Chine lui avaient indiqué que les entreprises chinoises avaient cessé de leur acheter des semences de canola.

L’incertitude découlant de cette situation survient au tout début de la saison des semis, qui commence entre le milieu et la fin avril pour de nombreux agriculteurs. «Par conséquent, beaucoup de gens se disent: ‘Que devrais-je planter? Que dois-je mettre dans le sol? Y aura-t-il un marché pour mon produit d’ici la fin de la saison des récoltes, lorsqu’il sortira du champ?», a expliqué M. Quist.

Le Conseil canadien du canola a fait écho à cette préoccupation. «Lorsque la Chine injecte de l’incertitude, les producteurs se demandent s’ils devraient produire de la nourriture pour le peuple chinois», a indiqué le vice-président aux affaires publiques du conseil, Brian Innes. Les producteurs canadiens prendront les meilleures décisions pour leur ferme, a-t-il affirmé.

Un producteur de canola, David Reid, indiquait à La Presse canadienne à la fin de la semaine dernière que les informations faisant état d’un bloc d’achat de canola canadien par la Chine l’amèneraient à se pencher sur d’autres options. «Nous ne voulons pas cultiver quelque chose que nous ne pouvons pas vendre», a-t-il expliqué, ajoutant qu’il n’y avait pas beaucoup d’autres options de culture dans la partie de l’Alberta où se trouve sa ferme. Les autres options qui s’offrent à lui se vendent généralement moins cher que le canola, a-t-il précisé.

Les associations du blé et du canola ont toutes deux appelé le gouvernement canadien à dépêcher une délégation en Chine pour s’attaquer au problème.

La Chine, un marché important pour le canola canadien et représente environ 40 pour cent des exportations canadiennes de graines, d’huile et de produits de canola, est le seul pays à soulever un problème technique avec le produit, a noté M. Innes.

Les autorités des autres marchés d’exportation du Canada, notamment les États-Unis, le Mexique, l’Union européenne, l’Inde et le Japon, n’ont détecté aucun problème, a-t-il ajouté. «Nous sommes très perplexes parce que nous avons confiance en la qualité de notre canola canadien.»

De passage à Winnipeg, le premier ministre Justin Trudeau a évoqué la possibilité de dépêcher en Chine «une délégation de haut niveau», lors d’une période de questions avec des journalistes. «Nous savons que le canola produit ici, au Canada, est de qualité supérieure et que la surveillance, l’inspection et la science qui l’entourent sont de premier ordre et de classe mondiale. C’est certainement ce que nous allons continuer à faire savoir (…) à nos interlocuteurs chinois dans ce dossier.»

Certains ont laissé entendre que l’interdiction du canola était liée à la décision du gouvernement canadien d’arrêter une dirigeante chinoise du secteur technologique en décembre, à la demande des Américains. Les autorités canadiennes ont arrêté Meng Wanzhou, directrice financière du géant chinois Huawei, à l’aéroport de Vancouver le 1er décembre.

«Mais nous prenons également très au sérieux la situation entourant le canola», a affirmé M. Trudeau.