La Chine célèbre la fin de la pauvreté extrême

PÉKIN, Chine — Le Parti communiste au pouvoir souligne la fin officielle de la pauvreté extrême en Chine avec une campagne de propagande qui célèbre le rôle du président Xi Jinping, dans le cadre d’une campagne plus vaste pour cimenter son image de leader historique qui redonne au pays sa place sur l’échiquier mondial.

La propagande chinoise associe le président Xi aux différents succès du pays, notamment la lutte contre le coronavirus, la montée de la Chine en tant que créatrice de technologies et l’alunissage réussi en décembre dernier.

Le parti a annoncé en novembre, assez discrètement, que plus personne en Chine ne vivait dans la pauvreté extrême. Il y a dix ans, on estimait qu’environ 100 millions de Chinois survivaient avec des revenus de moins de 450 $ CAN par année.

La vaste campagne de propagande lancée ce mois-ci remplit les pages des quotidiens officiel et les ondes de la radio de nouvelles concernant la lutte à la pauvreté et le rôle joué par le président Xi.

On rappelle ainsi que M. Xi, peu après avoir pris le pouvoir en 2012, a mis en place des politiques qui ont permis à la Chine d’éliminer la pauvreté extrême dix ans plus tôt que la cible de 2030 avancée par la Banque mondiale.

Un reportage publié par le quotidien officiel du parti cette semaine mentionne le nom entier de M. Xi et son titre de chef du parti pas moins de 121 fois.

Tout cela offre un trophée politique au parti dans le cadre des célébrations cette année du centenaire de sa fondation en 1921. Cela survient aussi alors que l’économie chinoise recommence à accélérer dans la foulée du coronavirus, au moment où les États-Unis, l’Europe et d’autres pays combattent toujours la pandémie.

Le parti a souligné qu’il a réussi à éliminer la pauvreté extrême même s’il a dû fermer une bonne partie de l’économie au début de 2020 pour affronter le coronavirus.

Jeudi, le président Xi a déclaré que la lutte à la pauvreté témoigne de l’efficacité du système du parti au pouvoir. Il a évoqué un «miracle dont l’histoire se souviendra», lors d’une cérémonie pendant laquelle il a décerné des médailles et des prix à dix individus et dix groupes décrits comme des «modèles» de lutte à la pauvreté.

Il a salué les réformes des dernières décennies qui ont fait de la Chine la deuxième puissance économique de la planète et une société de classe moyenne, mais il n’a mentionné le nom d’aucun autre dirigeant ou des leaders précédents.

Cet événement donne à M. Xi, qui détient plus de pouvoir personnel que quiconque depuis Mao Zedong, le fondateur de la Chine communiste, une nouvelle occasion de cimenter son importance historique.

À l’étranger, le président Xi poursuit une politique agressive qui a accentué l’influence diplomatique de la Chine, mais embrouillé ses relations avec ses voisins, avec les États-Unis et avec l’Europe.

Des observateurs étrangers croient que l’élimination officielle de la pauvreté extrême pourrait permettre à M. Xi de renflouer un pouvoir qui, selon eux, a été affaibli par la pandémie de coronavirus.

Les campagnes antipauvreté visent aussi à combler l’écart politiquement explosif qui existe entre l’élite qui a le plus profité des réformes économiques et la majorité pauvre du pays.

Le prédécesseur de M. Xi, Hu Jintao, et l’ancien premier ministre Wen Jiabao avaient enclenché le processus en augmentant les dépenses consacrées aux écoles rurales et aux soins de santé, afin de propager à travers le pays la prospérité alimentée par les exportations dont jouit la côte est du pays.

La Chine définit la pauvreté extrême comme des revenus de 2,15 $ CAN par personne par jour. Cela est inférieur au seuil de 2,40 $ CAN cité par la Banque mondiale, mais la Chine attribue l’écart au coût de la vie dans les régions rurales.

Dans certains secteurs, des minorités ethniques ont été déplacées de vallées reculées vers de nouvelles villes. Ailleurs, des responsables ont fait du porte à porte pour enrôler des familles démunies dans de la formation professionnelle. On leur a aussi offert des prêts et d’autres formes d’aide pour fonder une entreprise.

Près de dix millions de personnes ont emménagé dans un nouveau logis et les résidences de 27 millions d’autres personnes ont été rénovées, selon M. Xi. Il dit que le gouvernement a dépensé au total  près de 320 milliards $ CAN.

Le revenu annuel moyen des «défavorisés ruraux» est passé de 450 $ CAN en 2015 à 2115 $ CAN l’an dernier, selon l’agence officielle Chine nouvelle.

Certains experts croient toutefois que la Chine exagère possiblement ses réussites, puisqu’elle continue à utiliser les normes des pays les plus pauvres alors qu’elle est passé au rang de pays à revenus moyens. Dans de tels pays, la Banque mondiale établit le seuil de pauvreté à des revenus de 7 $ CAN par personne par jour.

Dans un rapport rédigé en janvier pour le Brookings Institution, un ancien membre de la Banque mondiale, Indermit Gill, fait valoir que le niveau de vie de la Chine est aujourd’hui comparable à celui des États-Unis dans les années 1960.

Mais si on utilise le revenu moyen aux États-Unis à ce moment comme point de comparaison, ajoute-t-il, jusqu’à 90 % des Chinois seraient toujours pauvres.

«Si nos chiffres sont bons, la Chine a des années, voire des décennies, de retard», a-t-il dit.

– Par Joe MacDonald, The Associated Press

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