La Chine et la Russie doivent aider à protéger les Rohingya, dit Rae

OTTAWA — La Chine et la Russie doivent cesser de freiner les efforts des Nations unies visant à empêcher un génocide au Myanmar, a déclaré l’envoyé spécial du premier ministre Trudeau, Bob Rae.

La Cour internationale de Justice (CIJ) a sommé jeudi le Myanmar à prendre des mesures pour faire cesser les massacres dont sont victimes les Rohingya. Selon M. Rae, cette décision envoie un signal fort à la Russie et à la Chine qui ont empêché le Conseil de sécurité des Nations Unies de saisir la CIJ de ce dossier.

M. Rae et le ministre des Affaires étrangères François-Philippe Champagne ont tous deux exhorté le Myanmar à «se conformer pleinement» à la décision du tribunal de La Haye, qui lui a demandé de protéger sa population minoritaire musulmane rohingya.

M. Champagne a déclaré que le Canada travaillait avec ses alliés pour maintenir la pression sur le Myanmar.

Les 17 juges du tribunal ont catégoriquement rejeté les arguments du Myanmar défendus par l’ex-prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi. Celle-ci, qui a été dépouillée de sa citoyenneté canadienne honoraire, nie l’existence d’un génocide.

Le plus important, a fait valoir M. Rae, c’est la position des juges chinois et russe qui ne se sont pas désolidarisés de la décision de la CIJ.

La Chine et la Russie sont toutes deux membres permanents du puissant Conseil de sécurité de l’ONU.

«Le Conseil de sécurité va devoir secouer un peu la tête et tenir compte des preuves recueillies très assidûment. Ce n’est pas quelque chose que le Conseil de sécurité peut ignorer», a dit M. Rae dans une interview.

La crise a été déclenchée par la campagne d’août 2017 menée par l’armée du Myanmar dans le nord de l’État de Rakhine, qui a forcé plus de 700 000 Rohingya à fuir au Bangladesh, au milieu d’accusations selon lesquelles il aurait commis des meurtres et des viols de masse tout en incendiant des milliers de maisons.

Le gouvernement a nommé Bob Rae comme envoyé spécial en octobre 2017. Son mandat a été renouvelé la semaine dernière. M. Rae s’est rendu dans la région et a rédigé un rapport exhortant le gouvernement à prendre davantage de mesures.

«On ne peut tout simplement pas détourner les yeux. Une fois qu’on l’a observé, on ne peut pas prétendre que cela ne s’est pas produit», s’est-il exprimé.

M. Rae a déclaré qu’il avait discuté de la situation avec Justin Trudeau avant la retraite ministérielle.

Selon lui, le Canada reste déterminé à mener un effort coordonné qui comprend également un financement humanitaire pour fournir des écoles aux enfants réfugiés et aider les femmes et les enfants confrontés à la violence continue.

C’est finalement la Gambie, qui au nom de l’Organisation de coopération islamique, un groupe réunissant 57 pays musulmans, avait saisi la CIJ du dossier. Le petit pays africain avait reçu l’appui du Canada et des Pays-Bas.

«Nous avons appuyé la Gambie dans ce dossier, a déclaré le ministre Champagne par voie de communiqué. Le Canada continuera de travailler avec ses partenaires, notamment les Pays-Bas, afin de trouver les moyens les plus efficaces de soutenir les efforts déployés par la Gambie. Nous considérons toutes les options.»

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