La Chine vise une croissance économique de 6 %

PÉKIN, Chine — Le deuxième leader chinois en importance a proposé vendredi une cible robuste de croissance économique et promis de rendre le pays autosuffisant sur le plan technologique, dans un contexte de tensions croissantes avec les États-Unis et l’Europe concernant les échanges commerciaux et les droits de la personne.

Un autre dirigeant a annoncé un resserrement du contrôle sur Hong Kong en réduisant le rôle du public dans la gouvernance du territoire.

Le Parti communiste au pouvoir vise une croissance économique de «plus de 6 %» alors que la deuxième économie la plus puissante de la planète redémarre dans la foulée de la pandémie de coronavirus, a déclaré le premier ministre Li Keqiang lors d’un discours devant la législature chinoise cérémoniale.

Environ 3000 délégués sont rassemblés pour cette rencontre annuelle, l’événement politique le plus important du pays, qui se déroule sous haute sécurité et en vertu de mesures antivirus strictes. La durée de la rencontre est notamment passée de deux semaines à une seule en raison de la crise sanitaire.

Le parti ressuscite son objectif à long terme de devenir un joueur mondial dans les secteurs des télécommunications, des voitures électriques et d’autres technologies rentables. Cela avive les tensions commerciales avec Washington et l’Europe, qui reprochent à Pékin de contrevenir à ses engagements d’ouverture des marchés et de nuire à ses rivaux étrangers.

M. Li a promis de faire plus pour combattre les émissions polluantes, après que le président Xi Jinping eut promis l’an dernier que la Chine serait carboneutre en 2060. Il a toutefois évité les mesures plus draconiennes qui pourraient freiner la croissance de l’économie.

La rencontre porte essentiellement sur les questions domestiques, mais les considérations géopolitiques sont omniprésentes au moment où le gouvernement de M. Xi adopte des mesures commerciales et stratégiques plus musclées et essuie des tirs pour son traitement de Hong Kong et des minorités ethniques. Le parti au pouvoir redouble d’efforts pour écraser la dissidence, alors que M. Xi essaie de cimenter son image de leader historique qui redonne à la Chine la place qui lui revient sur l’échiquier mondial.

Un vice-président du congrès, Wang Chen, a annoncé qu’une commission électorale composée de gens d’affaires et d’autres dirigeants hongkongais favorables à Pékin jouera un plus grand rôle dans le choix de la législature du territoire. M. Wang a dit que cette commission choisira une part «relativement importante» des 70 membres du conseil législatif.

Un porte-parole de la législature avait déclaré jeudi que Pékin souhaite voir des «patriotes gouverner Hong Kong», suscitant des craintes que l’opposition soit évincée du processus politique.

Le premier ministre Li a dit que Pékin désire «protéger la sécurité nationale» à Hong Kong.

Le gouvernement a également annoncé vendredi une hausse de 6,8 % de ses dépenses militaires, à environ 275 milliards $ CAN, dans le contexte de querelles territoriales avec l’Inde et d’autres voisins. La Chine souhaite aussi que sa technologie militaire, notamment les avions furtifs et les missiles, puisse rivaliser avec les États-Unis et la Russie.

Cette hausse est inférieure à l’augmentation de deux chiffres des années précédentes, mais elle est quand même importante quand on considère que l’inflation est pratiquement nulle. Des analystes étrangers expliquent que les dépenses militaires totales pourraient être jusqu’à 40 % plus élevées que ce qui est annoncé officiellement, en faisant les deuxièmes en importance derrière celles des États-Unis.

La Chine a été la seule grande économie à prendre du mieux l’an dernier, avec une croissance de 2,3 % (sa pire en plusieurs décennies) quand des industries ont été fermées pour combattre le virus. La croissance s’est accélérée à 6,5 % par rapport à l’année précédente au dernier trimestre de 2020, pendant que les États-Unis, l’Europe et le Japon affrontaient de nouvelles éclosions.

La cible de 6 % est supérieure à ce qui est prédit aux États-Unis et pour d’autres grandes économies, mais inférieure à l’objectif de 7 % ou 8 % que des analystes attendaient de M. Li.

On peut donc supposer que Pékin «délaisse la quantité au profit de la qualité de la croissance économique», a dit dans un rapport Chaoping Zhu, de la firme J.P. Morgan Asset Management.

Pékin pourrait consacrer des ressources à la protection de l’environnement et à d’autres projets pour «gonfler le potentiel de croissance à long terme de la Chine», a dit M. Zhu.

M. Li a promis de «travailler plus rapidement» pour développer de nouvelles capacités technologiques qui, selon les leaders communistes, pourraient paver la voie à la prospérité, à l’autonomie stratégique et à l’influence mondiale. Ces objectifs sont menacés par des conflits avec Washington.

Le plus récent plan quinquennal du parti au pouvoir affirme que les efforts pour faire de la Chine une «puissance technologique» autosuffisantes arrivent au sommet des priorités cette année.

Le parti considère que «l’autosuffisance technologique est cruciale au développement national», a dit M. Li.

Le premier ministre s’est engagé à poursuivre un «développement vert», après que le président Xi eut promis l’an dernier que les émissions carboniques de la Chine plafonneront en 2030 et que le pays sera carboneutre en 2060. Cela nécessitera une hausse importante des énergies propres dans le contexte d’une économie qui comble 60 % de ses besoins énergétiques avec des centrales au charbon et est la pire source mondiale de pollution industrielle.

Il a promis de réduire de 18 % les émissions carboniques par unité de production économique au cours des cinq prochaines années. Cela correspond aux objectifs du précédent plan quinquennal, mais les écologistes disent que Pékin doit faire encore plus.

«Ça repousse certaines des questions les plus pressantes à plus tard», a dit Li Shuo, de Greenpeace.

M. Li a répété les promesses officielles de faire la promotion d’une «croissance pacifique des relations» avec Taïwan, mais n’a annoncé aucune nouvelle mesure à l’intention de l’île qui s’est séparée du continent après la guerre civile de 1949.

Pékin prétend que Taïwan est son territoire et menace de l’envahir s’il tente d’officialiser l’indépendance dont il jouit dans les faits. M. Li a prévenu que la Chine «répondra fortement» à toute activité «visant l’indépendance de Taïwan».

Le parti au pouvoir avait précédemment annoncé avoir atteint l’an dernier son objectif de doubler la production économique par rapport aux niveaux de 2010, ce qui nécessitait une croissance économique de 7 %. M. Xi a évoqué un nouveau doublement d’ici 2035, ce qui nécessiterait une croissance économique d’environ 5 %, toujours parmi les plus robustes des grandes économies.

Mais au moment où M. Xi cherche à cimenter son image, les mesures adoptées par la Chine pour intensifier sa répression de la dissidence pourraient aussi freiner l’innovation.

Le souhait du parti au pouvoir d’une prospérité issue de la concurrence du libre marché entre en collision avec son insistance pour jouer un rôle dominant dans l’économie et ses objectifs stratégiques de réduire sa dépendance envers les autres pays.

Pékin fera la promotion de la «circulation domestique», a dit M. Li,  une référence à la pression officielle envers les industries d’utiliser plus de produits chinois et moins de fournisseurs étrangers, même si cela augmente les coûts.

Cette emphase envers l’autosuffisance et les conflits avec Washington font craindre l’émergence de zones industrielles mondiales distinctes — chinoise, américaine et autres — qui utiliseront des technologies incompatibles, auront moins de concurrence et souffriront de coûts plus élevés.

Cet objectif de se dissocier «de la technologie étrangère (est) plus susceptible de nuire à la compétitivité que de l’aider», a écrit cette semaine dans un rapport Mark Williams, de la firme Capital Economics.

– Par Joe McDonald, The Associated Press

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