La Commissaire à la santé enquêtera sur la performance du réseau durant la pandémie

QUÉBEC — Le gouvernement du Québec a demandé à la Commissaire à la santé et au bien-être d’examiner la performance du réseau de la santé pendant la crise de la COVID-19, notamment en ce qui concerne la situation des aînés en CHSLD. L’exercice est important, juge la Commissaire Joanne Castonguay, car la pandémie a révélé des problèmes de gouverne et d’organisation du système de santé, faisant obstacle à une prise de décision rapide en temps de crise.

Québec a choisi de procéder de cette façon plutôt que de lancer une commission d’enquête formelle.

En conférence de presse mercredi à l’Assemblée nationale, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a dit qu’il était important de faire la lumière sur ce qui était arrivé pendant la pandémie.

Cependant, il estime que pour avoir des réponses plus rapidement, il n’est pas nécessaire d’accorder à la Commissaire tous les pouvoirs d’une commission d’enquête. Il a toutefois assuré que le gouvernement acceptera de créer une commission d’enquête si Mme Castonguay le requiert.

Le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, s’est adressé au premier ministre François Legault sur cet enjeu. Il lui a demandé pourquoi il n’a pas mis sur pied une commission d’enquête comme son homologue ontarien Doug Ford.

«Le premier ministre ne devrait pas craindre une commission d’enquête, puisqu’il nous dit que la seule erreur qu’il a commise, c’est de ne pas avoir payé à temps les préposés aux bénéficiaires, a-t-il déclaré. Pourquoi avoir choisi une commission inoffensive, non contraignante, qui ne permettra pas d’aller au fond des choses?»

Mais la Commissaire elle-même n’en voit pas l’utilité pour le moment: elle juge que les pouvoirs qui lui sont dévolus par la loi sont fort larges — notamment celui d’obtenir l’information dont elle a besoin — et lui permettront de mener son mandat à bon port, a-t-elle confié en entrevue à La Presse Canadienne. Sa loi constitutive lui octroie les mêmes pouvoirs qu’une commission d’enquête, à l’exception de celui d’imposer l’emprisonnement.

Mission de la Commissaire

Le mandat général de la Commissaire est déjà d’analyser la performance du système de santé, mais ici, «ce qui va préciser l’exercice, c’est la COVID», dit-elle.

La crise sanitaire servira donc «d’étude de cas»: «On va la prendre pour comprendre quels sont les enjeux de gouverne et d’organisation du système de santé qui font obstacle aux bonnes actions et à la prise de décision en temps opportun».

Car la crise de la COVID a fait ressortir le fait «qu’on avait des problèmes d’organisation qui faisaient en sorte qu’il y avait des décisions qui ne se prenaient pas, ou qui tardaient à se prendre, ce qui faisait que les problèmes s’amplifiaient avant qu’une décision ne soit prise».

Ces enjeux de gouvernance ont notamment été constatés dans les CHSLD, a-t-elle expliqué. Elle se demande ainsi pourquoi les responsables de certains CHSLD ont pris des décisions rapidement pendant que d’autres ont attendu que les directives «viennent d’en haut».

Un autre problème qui a miné la réaction du réseau? L’obtention et la communication des informations, sous la forme de données écrites à la main et transmises par fax, rappelle-t-elle, une situation déplorée par le premier ministre François Legault à maintes reprises. Un problème qui a été identifié il y a fort longtemps, mais qui n’a pas encore été réglé, constate la Commissaire.

Celle-ci précise que son rôle n’est pas de s’immiscer dans les décisions prises par la Santé publique, ni de trouver des coupables. Il est plutôt de recommander au gouvernement comment mieux faire les choses au niveau organisationnel.

D’ailleurs, des innovations ont surgi lors de la pandémie et le système de santé a su faire preuve de créativité en s’adaptant rapidement.

«Peut-on reproduire ça dans un contexte régulier?», se demande-t-elle, soulignant qu’elle se penchera aussi sur les bons coups des acteurs du système de santé. Elle donne en exemple les téléconsultations en médecine, implantées rapidement.

Par contre, elle ne croit pas que le système de santé québécois a besoin d’un grand ménage: «on en a eu trop de ces grands bouleversements».

Pour réaliser son mandat, Joanne Castonguay sera assistée de deux experts dans le domaine de la santé, Anne Lemay et Jean-Louis Denis. Elle devra rendre son rapport d’ici au 1er septembre 2021.

Son travail s’ajoutera à l’enquête de la coroner en chef du Québec sur les décès survenus dans les CHSLD et les autres résidences pour aînés, ainsi qu’à celle de la Protectrice du citoyen.

Laisser un commentaire
Les plus populaires