La commission révèle des failles dans le partage des renseignements à l’ASFC

HALIFAX — Dix ans avant la tuerie de masse perpétrée en 2020 par Gabriel Wortman en Nouvelle-Écosse, celui-ci était déjà considéré comme un danger.

Malheureusement, ces renseignements ne sont jamais parvenus à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC). À cause de cela, Wortman a pu obtenir une carte Nexus lui conférant le statut de voyageur représentant un faible risque.

Dans son rapport publié la semaine dernière, la Commission sur les pertes massives dévoile des détails troublants sur les failles du système de partage des renseignements. Elle recommande des réformes afin de mettre en place «des systèmes entièrement interopérables» pour l’échange de renseignements entre les corps policiers et l’ASFC.

Le rapport décrit aussi comment les mises en garde contre le tueur n’ont pas permis de détecter ses activités illégales au cours des 21 fois qu’il a traversé les frontières, de 2016 à avril 2020.

C’est au cours de cette période que Wortman, un denturologiste de 51 ans, aurait ramené en contrebande trois fusils semi-automatiques. Il avait obtenu deux des trois armes d’un ami au Maine. Il avait acheté le troisième lors d’une foire d’armes qui s’était déroulée dans le Maine.

Et pourtant, le fait que Wortman avait menacé de tuer son père en 2010 aurait dû mettre la puce à l’oreille des autorités.

La police de Halifax avait établi un dossier sur l’individu, le décrivant comme une «personne d’intérêt – Armes à feu (PIAF)» pour la police. Cet avis a été transmis au Centre d’information de la police canadienne auquel les agents de renseignements de l’Agence des services frontaliers ont accès. 

Selon le rapport de la commission d’enquête, le document mentionnait en lettres majuscules: «cette personne peut représenter un intérêt pour les contrôleurs des armes à feu».

Et quand Wortman a demandé et obtenu sa carte Nexus en 2015, l’ASFC n’avait pas eu accès à la mise en garde. L’agence n’avait pas non plus reçu le signalement du détachement de la GRC en Nouvelle-Écosse affirmant que l’individu avait déclaré vouloir assassiner des agents de police.

Pour la commission d’enquête, ces faits démontrent clairement qu’il y a eu des failles dans le partage des renseignements entre les forces de l’ordre et l’ASFC.

Kat Owens, directrice de projet au Fond d’action et d’éducation juridique pour les femmes, croit que l’ASFC aurait dû avoir des renseignements supplémentaires sur le futur tueur lorsqu’il a demandé une carte Nexus.

«C’est important que l’ASFC ait des renseignements sur des possesseurs potentiels d’arme à feu», souligne-t-elle.

L’ASFC a annulé l’entrevue prévue avec La Presse Canadienne, préférant transmettre une déclaration écrite.

L’agence dit qu’elle a étudié les recommandations de la commission d’enquête et travaillait actuellement avec ses partenaires nationaux et internationaux pour examiner la possibilité d’accroître la collaboration afin de faciliter le partage de renseignement entre les différentes forces de l’ordre.

Karine Martel, une porte-parole, dit que les agents de renseignements de l’ASFC ont accès aux rapports intitulés «Personne d’intérêt – Armes à feu (PIAF)» depuis 2007. Les agents de l’immigration, les enquêteurs et autres agents de l’ASFC y ont aussi accès depuis juin 2022.

Toutefois, ajoute Mme Martel, les employés qui examinent les demandes pour la carte Nexus n’ont pas accès à ces rapports, car «cela serait inapproprié en vertu de la loi et des règles actuelles».

Le rapport de la commission d’enquête mentionne aussi l’existence d’équipes canado-américaines pour renforcer la loi à la frontière, mais l’unité en place au Nouveau-Brunswick a été dissoute en 2018 sans que la raison en soit donnée à la commission.

L’ASFC indique dans un courrier que le poste d’agent de renseignements régional pour l’Atlantique a été rétabli à la fin de 2021.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.