Consultation sur le financement des médias: Facebook et Google pointés du doigt

QUÉBEC — Les géants américains du web que sont Facebook et Google ont été pointés du doigt, lundi, comme les grands responsables de la crise financière sans précédent qui frappe présentement les entreprises de presse québécoises.

L’absence de représentants étrangers de ces grandes plateformes numériques de diffusion d’information a d’ailleurs été déplorée par les partis d’opposition, au premier jour de la commission parlementaire qui se penche toute la semaine à l’Assemblée nationale sur la précarité actuelle des médias d’information, à la recherche d’un nouveau modèle d’affaires pour assurer leur survie à court et à long terme.

Les géants du web accaparent chaque jour davantage une portion importante des revenus publicitaires qui auparavant assuraient le financement des médias, dont certains, comme les six quotidiens du Groupe Capitale Médias (Le Soleil, Le Quotidien, Le Droit, Le Nouvelliste, La Voix de l’Est et La Tribune) sont acculés à la faillite.

Plus d’une trentaine d’intervenants (chefs d’entreprise de presse, chercheurs, professeurs, syndicats, associations professionnelles) vont défiler toute la semaine au parlement pour proposer des solutions au gouvernement Legault.

Ce dernier s’est engagé à faire sa part, en présentant dès le début de l’automne un plan d’action et un programme d’aide financière, dont l’ampleur et la nature restent à définir.

Une idée qui fait déjà son chemin: imposer une redevance aux géants du web, qui actuellement reprennent les reportages produits par les médias sans débourser un seul sou.

En point de presse, la députée libérale de Verdun, Isabelle Melançon, a planté le décor, en affirmant que Facebook et Google étaient «capables d’aller chercher jusqu’à 75 pour cent du dollar en publicité, qu’ils envoient directement en Californie. Donc, il est là, le noeud du problème».

Elle s’est montrée déçue de constater que le gouvernement avait refusé, selon elle, d’inviter les représentants des géants du web à venir s’expliquer devant la commission.

Son avis est partagé par la députée solidaire de Taschereau, Catherine Dorion, convaincue que le temps était venu «d’aller chercher cet argent-là dans les poches des grosses compagnies de la Silicon Valley qui font des centaines de millions chez nous, au Québec, sans payer aucun impôt».

Le député péquiste de Rimouski, Harold Lebel, a plaidé pour la survie des médias régionaux, nombreux à fermer leurs portes au cours de la dernière décennie.

Il a déploré l’absence de la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy. «Si elle met autant d’espoir dans la commission, elle devrait être là pour entendre les gens» qui témoignent durant cette consultation, a-t-il fait valoir en mêlée de presse.

Une journaliste de La Voix de l’Est, quotidien de Granby, Marie-Ève Martel, est venue elle aussi plaider pour défendre la cause de l’information régionale, en péril à court terme si rien ne change.

Collectivement, «nous avons oublié la valeur du journalisme», a commenté la reporter, qui a vu la salle de rédaction de La Voix de l’Est fondre comme neige au soleil au fil des ans.

Un problème identifié: la gratuité. Plus «personne ne veut payer pour» accéder à une information régionale de qualité, a-t-elle déploré.

Plusieurs intervenants ont proposé diverses avenues pour sortir de la crise: crédits d’impôt sur la masse salariale, murs payants dans les médias, création d’un fonds dédié à l’information, pressions sur Ottawa pour plus d’équité fiscale, taxe sur les appareils électroniques, notamment.

Selon le voeu de la CSN, une taxe d’un pour cent sur les appareils électroniques servirait à créer un fonds dédié au journalisme.

La députée libérale de Saint-Laurent, la fiscaliste Marwah Rizqy, a proposé de son côté d’imposer une taxe de 3 pour cent sur le chiffre d’affaires de Facebook fait au Québec.

Professeur de journalisme à l’UQAM, Patrick White a indiqué qu’un moyen de mieux financer les médias en difficulté serait de demander aux gouvernements de faire paraître les avis publics dans les hebdos et quotidiens.

Un autre moyen serait selon lui de mettre fin à la gratuité en prévoyant une part de contenu payant, et ce, malgré le fait que «85 pour cent des Québécois ne sont pas prêts à payer pour s’informer».

M. White a rappelé le rôle central de La Presse canadienne, «le nerf de la guerre» de l’écosystème médiatique. «On ne peut pas imaginer le Québec sans La Presse canadienne», a-t-il ajouté, soulignant la contribution de l’agence de presse, en termes de production de contenus diffusés dans la grande majorité des médias, qui sont ses clients.

Le syndicat des journalistes de La Presse a lui aussi vanté la contribution de La Presse canadienne, sans laquelle les reporters du quotidien ne pourraient pas produire autant de contenu maison.

Selon le président de la FTQ, Daniel Boyer, «le statu quo est intenable» et le gouvernement doit s’affairer à identifier «plusieurs solutions à mettre en place simultanément», tellement la crise a pris de l’ampleur.

En parallèle, «il faut à tout prix» que le gouvernement fédéral s’en mêle et rétablisse une certaine «équité fiscale», selon M. Boyer, en forçant Facebook et Google, notamment, à payer taxes et impôts.

Autre moyen à favoriser, selon la FTQ: offrir un crédit d’impôt sur la masse salariale des journalistes.

La commission entendra au total 36 intervenants d’ici vendredi. De plus, elle a reçu 62 mémoires de gens, entreprises et organismes préoccupés par l’avenir des médias.