La confiance des Canadiens envers les nouvelles a connu une baisse

MONTRÉAL — Le Canada encaisse l’une des plus importantes chutes de confiance envers l’information parmi les 40 pays ayant participé à la vaste enquête annuelle du Reuters Institute sur la confiance envers les médias.

L’édition 2020 du Digital News Report (DNR) fait ainsi état d’un recul de huit points de pourcentage de la confiance des Canadiens envers «la plupart des nouvelles, la plupart du temps» par rapport à 2019. Il s’agit de la septième plus importante baisse parmi les 40 pays sondés, mais avec une confiance se situant à 44 % le Canada demeure tout de même au 14e rang du groupe. Sans cette baisse, son niveau de 52 % de l’an dernier le placerait au quatrième rang mondial.

Le Canada ne fait toutefois pas exception, puisque la tendance s’observe à l’échelle des 40 pays avec un recul de six points de la confiance, qui se situe à 38 %, comparativement à 44 % il y a un an.

Plus de la moitié (52 %) des Canadiens conservent tout de même une confiance assez robuste envers les «nouvelles qu’ils choisissent de consommer», mais ils sont moins nombreux, à 19 %, que la moyenne (22 %) à faire confiance aux nouvelles provenant des médias sociaux.

La distinction québécoise et les fausses nouvelles

Les francophones font davantage confiance aux nouvelles en général que les anglophones et encore plus dans le cas des «nouvelles qu’ils choisissent de consommer», avec un score étonnant de 59 %, soit sept points de plus que les anglophones. En fait, seuls les Finlandais (69 %) et les Turcs (61 %) ont davantage confiance dans les nouvelles de leur choix que les francophones du Canada.

La prolifération des fausses nouvelles inquiète les Canadiens en général alors que deux répondants sur trois (65 %) se disent préoccupés par la véracité de l’information retrouvée sur le web, une hausse de quatre points de pourcentage par rapport à 2019 et une proportion qui dépasse largement les 56 % de la moyenne internationale. De ce côté, les francophones sont cependant moins préoccupés (60 %) que les anglophones (67 %), un écart qui pourrait s’expliquer par une prolifération moins grande de fausses nouvelles en français qu’en anglais dans le cyberespace. Les jeunes de 18 à 24 ans ont également une préoccupation moins grande (60 %) que la moyenne canadienne.

Ce sont les contenus de la plateforme Facebook qui suscitent le plus d’inquiétude en matière de mésinformation ou de désinformation en ligne, avec un score de 36 %, suivis en importance par les contenus des sites et applications de nouvelles, mais ceux-ci ne suscitent la méfiance que de 16 % des répondants. Fait à noter, ce sont les informations trompeuses provenant de politiciens d’ici qui préoccupent le plus les Canadiens, près du tiers des répondants identifiant ceux-ci comme source la plus préoccupante. Chez les francophones, toutefois, la deuxième source de fausses informations la plus préoccupante est le grand public, l’information trompeuse provenant de «personnes ordinaires» étant jugée préoccupante par 22 % des francophones, comparativement à seulement 12 % chez les anglophones.

Fait étonnant, plus de la moitié des répondants canadiens (53 %) croient que les médias devraient mettre en valeur une déclaration d’un acteur politique même si elle pourrait s’avérer fausse, alors que la même proportion (54 %) croit que les plateformes technologiques comme Facebook ou Google ont la responsabilité de bloquer les publicités potentiellement inexactes d’acteurs politiques. Cette apparente contradiction s’explique par le fait que ceux qui croient que les médias devraient publier une déclaration politique même si elle pourrait se révéler fausse estiment «qu’il est important pour le public de savoir ce qui a été dit». Les positions inverses sont très minoritaires, avec un peu moins du quart (23 %) qui croient que les médias ne devraient pas accorder d’importance à une telle déclaration afin d’éviter «de donner au/à la politicien(ne) une attention injustifiée». Quant au blocage de faussetés politiques par les plateformes numériques, un peu plus du quart des répondants estiment que les géants du web n’ont pas à juger de leur véracité.

Types de médias et neutralité

La majorité des Canadiens (53 %) préfère des sources d’information neutres «qui n’adoptent pas de point de vue particulier», alors que 17 % d’entre eux cherchent des contenus qui partagent leur point de vue et 14 % recherchent au contraire des nouvelles qui remettent leur point de vue en question. Là encore, le public francophone et anglophone divergent. Ainsi, les anglophones sont beaucoup plus nombreux que les francophones (55 % vs. 44 %) à préférer des nouvelles neutres, mais les francophones sont plus nombreux (20 % vs. 13 %) à rechercher des informations qui les remettent en question. À l’inverse, les anglophones sont plus portés que les francophones (19 % vs 15 %) à se tourner vers des sources qui partagent leur point de vue. Le DNR-Canada note au passage que «les répondants qui se déclarent à gauche ou à droite du spectre politique sont plus susceptibles de rechercher des nouvelles qui partagent leur point de vue. C’est le cas pour 22 % des répondants qui s’identifient politiquement à la gauche, et pour 24 % de ceux qui s’identifient à la droite».

La télévision demeure le premier choix des Canadiens pour s’informer, avec un taux de 40 % (47 % chez les francophones et 39 % chez les anglophones), mais la proportion de téléphages d’information suit une tendance à la baisse depuis 2016 (NDLR: les données canadiennes ont été recueillies avant la pandémie. Le Reuters Institute a refait le sondage dans huit des 40 pays durant la pandémie et la télévision a fortement remonté durant cette période. Voir plus bas). Cependant, lorsqu’on additionne les sources d’information en ligne privilégiées par l’ensemble des Canadiens (sites et applications de nouvelles 27 %; médias sociaux et blogues 21 %), l’information sur le web (48 %) dépasse la télévision.

Quant aux journaux et magazines (6 %) et à la radio (5 %), leur utilisation en tant que source d’information principale reste stable depuis la première collecte de données canadiennes pour cette enquête en 2016. La croissance fulgurante de la baladodiffusion est par ailleurs remarquable, alors que le tiers (33 %) des Canadiens en ont écouté une durant le mois précédant le sondage, une augmentation de 4 %, tendance encore plus marquée chez les jeunes alors que cette proportion atteint 53 % chez les 18 à 34 ans.

Murs payants et information locale

La réticence à payer pour l’information semble diminuer, bien qu’elle demeure forte. Ainsi, après avoir stagné durant trois ans autour de 9 %, la proportion de répondants qui ont payé pour de l’information en ligne a grimpé de quatre points en un an pour atteindre 13 % en 2020, mais cela demeure inférieur aux 16 % de la moyenne internationale. Les auteurs du rapport canadien notent par ailleurs que les proportions de personnes ayant payé pour de l’information sont plus élevées chez les hommes (16 %), chez les jeunes de 18 à 34 ans (16 %) et chez les personnes qui s’identifient à la gauche politique (24 %).

Lorsqu’on demande aux personnes sondées où elles obtiennent leur information locale, le journal local — qu’il soit numérique ou imprimé — est privilégié par près de la moitié (45 %) des répondants. Les anglophones sont beaucoup plus nombreux que les francophones à rapporter avoir consulté d’autres médias comme la télévision (+ 13 points) ou la radio (+ 8 points) pour l’information locale dans la semaine précédant le sondage. Par ailleurs, l’intérêt pour l’actualité locale croît avec l’âge; l’intérêt pour l’actualité locale ne s’élève qu’à 22 % des 18-24 ans et fait un bond à 42 % chez les 25-34 pour ensuite croître avec chaque tranche d’âge, atteignant 60 % chez les 65 ans et plus.

 L’impact de la pandémie

Le Reuters Institute a répété le sondage dans six pays (Royaume-Uni, États-Unis, Espagne, Allemagne, Corée du Sud, Argentine) en avril afin de mesurer l’impact de la pandémie. Sans surprise, on a noté une croissance substantielle de la consommation de nouvelles. Les nouvelles à la télévision comme source principale d’information identifiée par les répondants ont ainsi fait une remontée de deux points de pourcentage. À l’opposé, la consommation de journaux papier a connu une baisse particulièrement en raison des difficultés de distribution. Les médias en ligne et les médias sociaux ont également connu une poussée à la hausse. Par exemple, le DNR fait état d’une fréquentation du site de BBC News qui a doublé entre janvier — moment du sondage initial — et avril. On y note par ailleurs que les marques les plus respectées, telle la BBC au Royaume-Uni, ont bénéficié de manière disproportionnée de cette augmentation de la fréquentation.

Généralement, la confiance dans l’information sur la pandémie dans les médias d’information s’est avérée assez robuste dans les six pays sondés. On note par exemple que 60 % des répondants estiment que ceux-ci ont fait un bon travail pour informer les gens ordinaires de l’étendue de la crise sanitaire et 65 % croient qu’ils ont clairement expliqué ce que les gens pouvaient faire personnellement pour tenter d’en minimiser l’impact.

La cote de confiance envers les médias d’information a d’ailleurs fait un bond remarquable, atteignant 59 % en moyenne dans les six pays sondés, soit plus du double de la confiance obtenue durant cette période par les sites vidéo (28 % — YouTube, Vimeo), les médias sociaux (26 % — Facebook et Twitter) et les messageries de réseaux (24 % — Messenger et WhatsApp).

Les données canadiennes proviennent d’un échantillon de 2002 participants, dont 418 francophones. Un échantillon francophone autonome a par la suite été complété de façon à y obtenir 1039 participants. Elles ont été récoltées du 16 janvier au 25 février 2020. Les données mondiales ont été récoltées auprès de 80 155 adultes de 40 pays, soit environ 2000 par pays, en janvier et février.

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