La conjointe de l’auteur de la tuerie en N.-É. a subi ses agressions pendant 19 ans

HALIFAX — Lisa Banfield, la conjointe de l’auteur de la tuerie en Nouvelle-Écosse, a vécu pendant 19 ans avec un homme décrit comme un psychopathe contrôlant et abusif, qui la battait régulièrement.

Cette existence de violence conjugale est décrite en détail dans un document publié mercredi par la commission d’enquête sur la tuerie. La «Commission des pertes massives» se penche notamment sur les raisons pour lesquelles Gabriel Wortman a tué 22 personnes les 18 et 19 avril 2020 – la pire fusillade de masse de l’histoire moderne du Canada.

Une partie du mandat de la commission est en effet d’examiner le rôle de la violence conjugale dans cette tragédie, car elle doit formuler des recommandations visant à empêcher que ce genre de drame ne se reproduise.

Mme Banfield a raconté aux enquêteurs, dans ses propres mots, les agressions physiques qu’elle avait subies pendant toutes ces années. Dans une déclaration écrite fournie aux enquêteurs de la commission le 22 juin, elle relate que son conjoint la violentait sexuellement, la poussait, la tirait si fort par les cheveux qu’elle ne touchait plus terre, qu’il la frappait au corps et au visage, lui donnait des coups de pied. 

Elle affirme qu’il l’a violée une fois — «je me suis dit: je suis sa femme, qu’est-ce que je peux faire?».

Mais au-delà de ces agressions physiques, il y avait aussi beaucoup de préjudices psychologiques, ajoute Mme Banfield. «Il a déjà pointé une arme sur moi et m’a poursuivi plusieurs fois en disant que c’était fini. Et je ne sais même pas comment j’ai réussi à le calmer», dit-elle.

«Il me battait même devant ses amis (qui) regardaient et ne faisaient rien. Je savais que personne ne pouvait m’aider: ils avaient tous peur de lui, eux aussi.»

Mme Banfield, aujourd’hui âgée de 53 ans, devrait témoigner lors d’une audience publique vendredi.

Même ses amis avaient peur de lui

Dans une série d’entrevues plus tôt cette année, elle a notamment décrit une agression subie en 2001 ou 2002 à l’extérieur d’un chalet près du lac Sutherland, au nord de leur résidence d’été à Portapique. Mme Banfield a déclaré que Wortman lui avait lancé des coups de poing lorsqu’elle était montée dans leur Jeep et qu’elle avait insisté pour partir.

«J’ai sauté (de la Jeep) et j’ai couru à travers les bois, a-t-elle déclaré. Et puis, il m’a rattrapé. J’avais du sang partout sur moi et il m’a ramené à la Jeep.»

Il y avait des témoins de cette agression. La police a été appelée, mais aucune mesure n’a été prise. Quand elle est rentrée chez elle, Wortman retirait les roues du véhicule de sa conjointe pour l’empêcher de partir.

Le dernier rapport de la commission poursuit en décrivant les fréquentes infidélités de Wortman, son alcoolisme chronique et ses efforts persistants pour contrôler Mme Banfield, par la manipulation, l’intimidation, les menaces et la coercition financière.

Pendant des années, elle a travaillé comme assistante à la clinique de prothèses dentaires de son conjoint, qui lui fournissait sa seule source de revenus. Sa famille craignait qu’elle ne devienne trop dépendante de lui. «Je suis proche de mes frères et sœurs et je leur parle tous les jours, mais il n’aimait pas ça», a déclaré Mme Banfield à la Gendarmerie royale du Canada. 

À un moment donné, en 2003 ou en 2004, un voisin a confronté Wortman à son domicile de Portapique: il lui a demandé d’autoriser Mme Banfield à partir, indique le document. «Personne ne vient dans cette maison, aurait-il répondu. Et je te rappelle que j’ai des armes ici.»

«Où je serais allée?»

Mme Banfield a confirmé qu’elle n’avait jamais parlé à la police de sa situation dangereuse, malgré les encouragements de certains de ses frères et sœurs. À un moment donné, ils ont pris des photos de ses blessures, mais ces photos ont depuis disparu.

«Où je serais allée?, a-t-elle déclaré aux enquêteurs de la commission. Il sait où (mes proches) vivent tous et je ne savais pas ce qu’il pourrait faire.» Elle a finalement cessé de parler à ses frères et sœurs de la violence.

Le document se termine par un compte rendu détaillé des derniers jours du couple, en avril 2020, lorsque la pandémie de COVID-19 forçait les confinements et l’isolement social dans le monde entier.

«Il aimait Trump, a déclaré Mme Banfield dans sa déclaration écrite, faisant référence à l’ancien président américain. Il était constamment sur internet, écoutant Trump et regardant le cycle d’actualités sur la COVID.

«Il me disait qu’il n’avait pas peur de mourir (…) Mais cette fois, il m’a dit qu’il savait quand il allait mourir (…) Il parlait comme un fou, et ça m’a fait peur, alors j’ai juste changé de sujet.»

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