La conservation autochtone des terres : l’avenir pour le Canada, selon Guilbeault

Les peuples autochtones auront dorénavant un rôle fondamental dans la conservation de la nature. La plupart des aires protégées au Canada sont maintenant proposées par des groupes autochtones, qui souhaitent s’en occuper eux-mêmes.

On compte environ 80 aires protégées au Canada surveillées par les personnes à qui ces terres appartenaient à l’origine. Certains sont désignés uniquement par la Première nation locale et d’autres font partie du réseau des parcs nationaux. Mais d’autres — beaucoup plus — sont à venir. 

Le récent budget fédéral prévoit des fonds pour au moins 27 autres aires protégées et de conservation autochtones. Ottawa vient de signer un protocole d’entente avec le gouvernement du Nunatsiavut, au Labrador, pour évaluer la faisabilité d’établir une nouvelle aire protégée le long de la côte nord du Labrador

C’est la seule façon pour le Canada de tenir sa promesse internationale de protéger 30 % de son territoire terrestre, a déclaré Sandra Schwartz de la Société pour la nature et les parcs du Canada.

«Il est réaliste d’atteindre ces objectifs de protection pour le Canada, a-t-elle indiqué. Beaucoup de ces endroits se trouvent sur des terres autochtones.»

Les Autochtones ont un attachement culturel historique à la terre et une volonté politique d’avoir une base territoriale, a déclaré Val Courtois de l’Indigenous Leadership Initiative. L’affirmation des droits territoriaux au Canada a toujours porté sur cette relation au lieu. C’est juste une nouvelle façon de décrire cette responsabilité.»

Les aires protégées et de conservation autochtones ont été créées dans le cadre de structures fédérales, provinciales et d’autres groupes et varient considérablement dans leur fonctionnement et leurs activités. Certaines ne respectent pas les normes internationales relatives aux aires de conservation et ne compteront pas dans l’objectif de 30 % du Canada.

Or, elles impliquent toutes un certain niveau de cogestion autochtone, notamment la planification de l’utilisation des terres et des gardiens — ces membres des Premières Nations locales chargés de gérer les terres et formés à cet effet.

Élément crucial de la réconciliation

Tanya Ball a commencé sa carrière comme travailleuse sociale pour la première nation Kaska Dene. Maintenant, elle dirige un programme de gardiens des terres, où elle travaille à surveiller et à protéger une vaste étendue de la nature sauvage du nord de la Colombie-Britannique.

Elle se considère toujours comme une assistante sociale, en quelque sorte.

«Les gardiens de la terre peuvent aider la terre à guérir, a-t-elle dit. Et la terre peut aider les gardiens à guérir.»

Mme Ball est à l’avant-garde de la nouvelle façon dont le Canada protège ses rivières, lacs, forêts, montagnes et plaines encore sains. Les gouvernements de la Couronne délimitaient autrefois une zone jugée particulièrement pittoresque ou propice aux loisirs de plein air et l’appelaient un parc. Plus maintenant.

«Il n’y a pas d’avenir en matière de conservation où le gouvernement fédéral est impliqué (et) où les peuples autochtones ne sont pas impliqués dès le départ, a déclaré le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault. Ce modèle traditionnel appartient au passé.»

Mme Ball a expliqué que son équipe de huit personnes prélève des échantillons d’eau, dresse des cartes, surveille la chasse, délimite les sites archéologiques, suit les impacts des visiteurs, surveille les mouvements des animaux, assiste les agents de conservation et dirige des projets de recherche. «Ils sont très occupés», souligne-t-elle. 

Une chose qu’ils ne font pas, c’est d’ériger des clôtures. Les aires protégées autochtones ne sont pas censées empêcher quiconque d’entrer, a déclaré Mme Courtois.

«Je tomberais de ma chaise si j’entendais parler d’un groupe autochtone qui dit: »excluons tout le monde », a-t-elle déclaré. Il peut y avoir de petites portions particulièrement sacrées, mais l’idée d’exclusion des personnes est à l’opposé de la façon dont nous réfléchissons ces lieux.»

Tara Shea, de l’Association minière du Canada, a indiqué que son groupe appuie généralement la protection des terres autochtones — tant que le processus est transparent et que les concessions minières potentielles sont envisagées à l’avance.

«Nous croyons fermement que le développement minier et la conservation de la biodiversité peuvent aller de pair.»

Il y a des défis. Alors que le gouvernement fédéral a réservé plus de 300 millions de dollars depuis 2018 pour la conservation autochtone, M. Guilbeault reconnaît qu’une source de financement permanent pour de tels programmes est toujours recherchée.

«Nous ne faisons pas de programmes permanents. Le monde philanthropique a joué un rôle énorme dans la conservation et continuera à le faire. Nous saluons leur implication.»

Ottawa, les Territoires du Nord-Ouest, les Premières Nations de la région et l’organisation à but non lucratif Pew Charitable Trusts, basés aux États-Unis, négocient actuellement un moyen pour financer le programme de gardiens du parc national et de la zone protégée autochtone d’Edehzhie.

Un autre obstacle est le degré variable de soutien des gouvernements provinciaux, qui contrôlent la plupart des terres de la Couronne du Canada.

«Le niveau d’enthousiasme varie», soutient M. Guilbeault, qui a refusé de donner plus de détails. Certains gouvernements provinciaux ne croient pas aux relations de gouvernement à gouvernement.»

«C’est difficile pour les provinces, a mentionné Mme Courtois. Ils ont l’habitude d’être dans le siège du conducteur.»

Mme Ball croit que la conservation autochtone est importante pour tout le pays en tant qu’élément crucial de la réconciliation. Elle voit d’un bon œil ce qui se passera si des membres de sa Première Nation vont sur des terres qu’ils aident à gérer. 

«Parfois, les gens veulent sortir juste pour la journée. Je vois déjà une différence chez les gens à la fin de la journée. Leur comportement change, leur humeur s’est améliorée», a déclaré Mme Ball. Elle pense que cela va aussi beaucoup aider avec les problèmes sociaux. 

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