La consommation de tabac, d’alcool et de drogue est en baisse chez les jeunes

MONTRÉAL — Les jeunes du secondaire sont de moins en moins nombreux à fumer, à consommer de l’alcool ou du cannabis, mais le vapotage connaît une poussée vertigineuse dans ce groupe d’âge et la part de ceux qui consomment de l’alcool à l’excès augmente.

Ce sont là les grandes tendances du rapport 2019 de l’«Enquête québécoise sur le tabac, l’alcool, la drogue et le jeu chez les élèves du secondaire» (ETADJES), rendu public jeudi par l’Institut de la statistique du Québec. Le rapport fait état de la progression des données entre 2013 et 2019.

Selon le docteur Nicholas Chadi, chercheur en toxicomanie pédiatrique au CHU Sainte-Justine, il n’y a là aucune surprise.

«On est dans une très longue trajectoire de diminution des comportements nocifs en toxicomanie chez les adolescents. Ces résultats ne me surprennent pas, si on regarde les tendances aux États-Unis, au Canada depuis 20 à 30 ans. Les conclusions générales du rapport pour moi sont de bonnes nouvelles».

On note ainsi que la proportion d’élèves ayant fait l’usage d’un produit du tabac est passée de 33 % en 1998 à 12 % en 2013 et à 9 % en 2019. La consommation d’alcool est passée de 57 % en 2013 à 53 % en 2019 et l’usage du cannabis a aussi reculé de six points de pourcentage, passant de 23 % à 17 %.

Le vapotage explose  

Le docteur Chadi identifie toutefois quelques drapeaux rouges, à commencer par l’explosion du vapotage, qui est passé de 4 % en 2013 à 21 %, atteignant même plus d’un élève sur trois (35 %) en secondaire 5. On a beau classer le vapotage comme outil de cessation tabagique, cela ne s’applique pas aux jeunes.

«La grande majorité des jeunes qui vapotent ne sont pas des fumeurs. On est dans une toute autre problématique. Il faut vraiment penser au vapotage comme un comportement à risque de dépendance en bonne et due forme», prévient-il. 

Les données du rapport montrent par ailleurs qu’environ un élève sur 10 vapote à tous les jours.

«C’est quand même beaucoup, note le chercheur. Il y a un risque élevé de développer une dépendance et on sait qu’une dépendance à une substance va souvent être associée à une dépendance à d’autres substances. Est-ce que ça va éventuellement se transformer en dépendance à d’autres substances ou augmenter la consommation des produits de tabac, alcool ou cannabis? Il faut absolument surveiller ça.»

Il ajoute que «plus on est un vapoteur jeune qui devient dépendant à la nicotine, plus on a des chances éventuellement d’essayer et de devenir dépendant aux produits de cannabis. Il y a plusieurs études là-dessus.»

Il rappelle aussi que plus la consommation est assidue, plus le risque de développer des problèmes de santé mentale, des problèmes scolaires et des problèmes au niveau du fonctionnement en général augmente.

Légalisation: la consommation de cannabis baisse

Bien que la consommation d’alcool soit en baisse, la proportion de ceux qui en abusent a augmenté, passant de 9 % en 2013 à 11 % en 2019.

«Au niveau de la consommation problématique d’alcool — le ‘binge drinking’ — il y a une hausse qui est significative. Donc il y a moins d’adolescents qui disent avoir bu de l’alcool, mais ceux qui disent l’avoir fait, ou une partie de ceux qui disent l’avoir fait, l’ont fait de façon plus intense et de façon plus importante.»

En contrepartie, ceux qui craignaient un effet délétère de la légalisation du cannabis chez les jeunes peuvent être rassurés. En 2013, alors que cette drogue était illégale, 23 % des jeunes disaient en avoir consommé durant l’année. En 2019, bien que légal depuis deux ans — mais pas chez les moins de 21 ans au Québec — un peu moins de 17 % des jeunes disaient en avoir consommé.

Nicholas Chadi estime que les prévisions des gouvernements se sont réalisées.

«Il y avait une espèce de plateau au niveau du taux d’utilisation du cannabis dans les 20 à 30 dernières années et l’effet escompté ou espéré de la légalisation, c’était enfin de réussir à briser ce plateau et d’augmenter la sensibilisation aux dangers du cannabis en l’encadrant mieux et en faisant en sorte qu’il soit moins utilisé chez les jeunes.»

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