La coronavirus pourrait avoir infecté plus de 250 000 personnes au Québec

MONTRÉAL — Le coronavirus pourrait avoir infecté plus de 250 000 personnes au Québec et plus de 220 000 en Ontario, s’il faut en croire les calculs de chercheurs de l’Université de Montréal et de l’Institut polytechnique de Paris.

Ces chiffres sont, respectivement, environ 12 et 18 fois plus élevés que le bilan officiel annoncé par les autorités.

«Au tout début de l’épidémie ou même maintenant, on n’a jamais compté une par une toutes les personnes malades, a expliqué le professeur d’économie Raphael Godefroy. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il y a plein de gens malades qui n’ont jamais été comptés dans les chiffres qui sont annoncés tous les jours.»

Personne ne sait donc vraiment combien de gens sont malades ou ont été malades, tout simplement parce que, d’une part, il y a plusieurs gens qui sont asymptomatiques, et d’autre part parce que des gens qui présentaient des symptômes légers n’ont pas non plus été testés, a ajouté M. Godefroy.

«On estime que pour chaque personne qui a été diagnostiquée, il y a au moins dix autres personnes qui ont été malades et qui n’ont pas été dépistées et qui ne font pas partie du chiffre indiqué», a dit M. Godefroy.

En plus de M. Godefroy, l’analyse a été réalisée par Joshua Lewis, lui aussi économiste à l’Université de Montréal, et par David Benatia, de l’Institut polytechnique de Paris.

Important de savoir

«Les épidémiologistes veulent savoir où on en est, combien de personnes ont été contaminées, pour savoir s’il y a une menace encore ou pas», a expliqué M. Godefroy.

Un meilleur portrait de la propagation du virus permet aussi de mieux cerner la mortalité dont il est responsable, ajoute-t-il.

«Quand on regarde le nombre de gens dépistés et la proportion de victimes décédées, le pourcentage est très élevé, a dit M. Godefroy. Mais si je vous dis qu’il y a dix fois plus de gens malades, alors il faut diviser ce pourcentage par dix, donc la mortalité est probablement moins importante que ce que suggère (…) la proportion des décès divisés par le nombre de personnes qui ont été officiellement dépistées.»

La seule façon de savoir à quoi s’en tenir avec exactitude serait de constituer un échantillon de 1000 personnes représentatif de la population et de vérifier combien d’entre elles sont infectées. Cela n’est toutefois pas possible, a expliqué M. Godefroy, puisque les tests de dépistage sont disponibles en quantités limitées.

Et si on cherche une facette positive au fait d’avoir dix ou douze fois plus d’infections dans la province, on pourrait se demander si cela accélérera la concrétisation de l’immunité de groupe dont on entend souvent parler.

Une experte prévient toutefois que nous ne sommes pas encore en mesure de le savoir.

«Nous n’en savons pas encore assez sur l’immunité à ce virus — pour combien de temps? Qui? À quel niveau? a commenté par courriel Kate Zinszer, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Nous ne savons pas l’ampleur de l’exposition dans la population non plus. Il est vraiment trop tôt pour en parler en termes d’immunité de groupe.»

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