La Couronne réclame la peine maximale pour le sabotage à Hydro-Québec

SAINT-JÉRÔME, Qc — La Couronne réclame la peine maximale pour le pilote Normand Dubé, qui avait paralysé une partie du réseau électrique d’Hydro-Québec avec des actes de sabotage en 2014.

Les dernières observations sur la peine ont commencé mercredi pour M. Dubé, âgé de 56 ans, reconnu coupable en septembre de trois chefs d’accusation de méfait. Le «pilote des stars», qui a transporté par le passé à bord de son avion plusieurs artistes québécois, a utilisé son petit avion le 4 décembre 2014 dans le but de causer des pannes sur des lignes à haute tension desservant une large portion du sud-ouest du Québec.

Le procureur de la Couronne Steve Baribeau a demandé mercredi au juge d’imposer la peine maximale de dix ans d’emprisonnement pour ce qu’il a décrit comme une attaque sans précédent contre la colonne vertébrale du réseau d’Hydro-Québec. Il a aussi plaidé le haut niveau de culpabilité morale de l’inculpé.

L’avocat de la défense, Me Maxime Chevalier, a plaidé de son côté que la preuve n’est pas suffisante pour démontrer que son client avait l’intention de paralyser le réseau électrique. Il a suggéré une peine de trois ans d’emprisonnement, voire même une peine de moins de deux ans d’incarcération assortie d’une période de probation de trois ans.

Le juge doit rendre sa décision le 10 décembre.

La nature des actes de sabotage ne peut être rapportée en vertu d’une ordonnance de non-publication imposée par le tribunal pour des motifs de sécurité nationale. Une grande partie des procédures ont d’ailleurs eu lieu en l’absence du public, et le verdict écrit est partiellement caviardé.

Au procès, Normand Dubé a nié les allégations et affirmé qu’il n’aurait pas pu perpétrer ces actes de sabotage.

La Couronne a plaidé que le pilote entretenait une rancune envers Hydro-Québec à la suite d’un différend concernant des travaux effectués sur un terrain qu’il possédait à Sainte-Anne-des-Plaines, dans les Laurentides. M. Dubé a également blâmé Hydro pour ses problèmes avec le fisc, a soutenu Me Baribeau mercredi.

Le procureur a déclaré au juge Paul Chevalier, de la Cour du Québec, qu’aucune affaire de méfait ne se rapprochait des actes de ce «loup solitaire», qui a frappé au coeur des institutions et touché les Québécois ordinaires. Me Baribeau a demandé au juge ce qui pourrait être pire, pour déstabiliser une société, que de couper l’électricité à une si grande échelle, mettant d’un coup en péril les membres les plus vulnérables de la société, tout en compromettant le bon fonctionnement de l’économie du Québec.

Une peine dissuasive

Quelque 188 000 personnes avaient été privées d’électricité pendant deux jours, en ce début de décembre 2014. Des hôpitaux avaient été touchés, des entreprises avaient dû réduire leur consommation d’électricité et Hydro-Québec avait temporairement interrompu ses exportations. Un ancien dirigeant d’Hydro-Québec a soutenu au tribunal que la panne avait coûté 28,6 millions $ à la société d’État, des frais assumés par tous les contribuables québécois.

Me Baribeau a demandé au juge d’envoyer un signal clair, afin de dissuader toute personne qui envisagerait de commettre de tels crimes.

Lors du procès, on a appris que malgré son peu d’instruction, Normand Dubé était particulièrement ingénieux. Il a conçu lui-même un monomoteur, appelé «Aerocruiser», dont il a vendu des dizaines d’exemplaires. Il a également créé des systèmes d’énergie solaire et inventé un dispositif pour éliminer les insectes dans les serres qui cultivent des tomates.

Me Baribeau a d’ailleurs plaidé que le crime contre Hydro-Québec impliquait un degré élevé de planification, et démontrait comment l’intelligence de M. Dubé l’avait rendu encore plus dangereux. Il a aussi estimé que Normand Dubé était un homme «extrêmement déterminé».

Plus tôt mercredi, un policier de Terrebonne est venu détailler le contenu des ordinateurs saisis au domicile de M. Dubé, qui révèle que le pilote n’en voulait pas qu’à Hydro-Québec. L’agent Marc Lalonde a déclaré que la police avait trouvé des informations sur environ 29 personnes — enregistrements audio, informations personnelles et photos. La liste comprenait des gens d’affaires, des douaniers et des employés municipaux avec lesquels M. Dubé aurait eu maille à partir.

Me Maxime Chevalier, en défense, a souligné qu’aucun document relié à Hydro Québec n’avait été retrouvé sur l’ordinateur du prévenu.

Me Baribeau a aussi demandé au tribunal d’ordonner la confiscation de l’avion que Normand Dubé a utilisé lors des actes de sabotage.

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