La Couronne réclame six ans de prison pour celui qui a fait irruption à Rideau Hall

OTTAWA — Les procureurs de la Couronne demandent qu’un homme du Manitoba qui a enfoncé une grille à Rideau Hall avant de sortir une arme et de se diriger à pied vers le domicile du premier ministre Justin Trudeau l’été dernier soit condamné à six ans de prison, moins la peine purgée.

La demande a été présentée lors des observations sur la peine, mardi, dans le dossier de Corey Hurren, un fabricant de saucisses de 46 ans et Ranger canadien qui a plaidé coupable ce mois-ci à huit chefs d’accusation liés à l’incident de Rideau Hall en juillet dernier.

La procureure de la Couronne Meaghan Cunningham a déclaré devant un tribunal d’Ottawa que les actions de M. Hurren «étaient loin d’être anodines» et constituaient une menace sérieuse pour la sécurité publique tout en créant une situation potentiellement dangereuse.

Les agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) avaient réussi à désamorcer la situation et à arrêter M. Hurren sans heurts, mais «cela ne change pas le fait que les actions délibérées du 2 juillet de M. Hurren étaient incroyablement dangereuses», a plaidé la procureure

Lors de sa propre présentation, l’avocat de la défense Michael Davies a réclamé une peine de trois ans, moins la peine purgée.

Il a fait valoir que même si son client avait pris une série de mauvaises décisions, «en fin de compte, il avait pris une décision correcte: la décision de déposer ces armes à feu».

«Je ne suis pas ici pour dire que vous devriez être félicité pour cette décision, a soutenu M. Davies. Mais s’il doit être tenu responsable de ses décisions, et il devrait l’être, votre honneur doit également prendre en considération le fait qu’en fin de compte, il a déposé les armes.»

Le juge Robert Wadden devrait prononcer la peine le 10 mars.

M. Hurren a conduit un camion sur le terrain de la résidence officielle du gouverneur général le 2 juillet de l’année dernière et a défoncé la barrière, ce qui a provoqué le décrochage du véhicule et le déploiement de ses coussins gonflables.

Il est ensuite parti à pied vers Rideau Cottage, où M. Trudeau et sa famille vivent en raison des rénovations à la résidence officielle traditionnelle du premier ministre au 24, promenade Sussex. Le premier ministre Trudeau n’était pas à la maison à ce moment-là.

La police a pu parler à M. Hurren et l’a arrêté pacifiquement après environ 90 minutes.

Il a d’abord été accusé d’avoir menacé de «causer la mort ou des lésions corporelles» à M. Trudeau.

Hurren explique son geste

Mais dans un exposé commun des faits lu dans une salle d’audience d’Ottawa le 5 février, M. Hurren a déclaré à la police qu’il n’avait pas eu l’intention de blesser qui que ce soit et qu’il voulait arrêter M. Trudeau pour manifester son opposition aux restrictions du gouvernement contre la COVID-19 et à l’interdiction des armes à feu de type arme d’assaut.

Il espérait procéder à l’arrestation lors de la conférence quotidienne de M. Trudeau devant Rideau Cottage.

M. Hurren, qui a dit à la police qu’il n’avait pas droit aux prestations d’aide d’urgence, était fâché de perdre son entreprise et ses armes. Il croyait que le Canada se transformait en un État communiste.

À aucun moment, M. Hurren n’a dit à la police qu’il voulait tuer M. Trudeau, selon l’exposé. Il a également dit à la police qu’il ne voulait pas leur faire de mal et qu’il ne les avait pas menacés avec son arme alors que les agents tentaient de désamorcer l’incident.

Pendant que la police parlait à M. Hurren, ils ont reçu un signalement de l’un de ses amis, qui a relaté que l’individu lui avait envoyé «un message texte inquiétant contenant une photo d’une note de suicide».

M. Hurren a également déclaré à la police sur les lieux qu’il voulait montrer à M. Trudeau «à quel point tout le monde est en colère contre l’interdiction des armes à feu et les restrictions de la COVID-19», qualifiant le premier ministre de «communiste qui est au-dessus des lois et corrompu».

Il s’est senti «trahi par son gouvernement» et «n’avait plus rien».

Pas «méchant» pour autant

Lors d’un entretien avec la police après son arrestation, M. Hurren a plaidé qu’il n’était pas pour autant un «méchant» puisqu’il ne voulait blesser personne.

Il craignait d’être comparé à Michael Zehaf-Bibeau, le tireur qui a pris d’assaut la Colline du Parlement en 2014, et ne voulait pas que la GRC «pense qu’il est un terroriste».

Lorsqu’on lui a demandé quel était son plan, il a répondu: «Je ne pense pas qu’il y en ait eu un.»

Interrogé à savoir s’il avait des regrets, M. Hurren, qui avait passé deux jours en voiture du Manitoba à Ottawa, a indiqué qu’il aurait souhaité s’arrêter pour voir la statue de Terry Fox près de la colline du Parlement.

M. Hurren, qui se décrit comme Métis, a également déclaré au cours de l’interrogatoire que les personnes qui sont «de la bonne couleur» sont autorisées à conserver leurs armes à feu interdites.

Dans les données extraites de son téléphone portable, de ses publications sur Facebook et Instagram, il y avait des échanges avec des amis sur des «théories du complot liées au gouvernement canadien», ainsi qu’une «théorie du sacrifice» liée à la date de la fusillade de masse en Nouvelle-Écosse en avril dernier et des suggestions selon lesquelles la COVID-19 est un canular.

La police a saisi cinq armes à feu de M. Hurren à Rideau Hall. Onze autres armes d’épaule ont été saisies dans sa résidence du Manitoba. M. Hurren a admis qu’il n’avait pas de permis pour plusieurs de ses armes à feu.

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