La COVID-19 «devance» la modernisation de l’Assemblée nationale, dit Paradis

QUÉBEC — Vendredi aura lieu le tout premier débat virtuel entre députés, après une trêve de six semaines due à la crise de la COVID-19. Le président de l’Assemblée nationale, le caquiste François Paradis, y voit un exercice nécessaire, quoique risqué sur le plan technique et logistique. En fait, la crise sanitaire aura devancé ses plans pour un Parlement plus moderne, a-t-il déclaré en entrevue à La Presse canadienne en direct de l’Assemblée nationale, où il tournait des capsules introductives pour les séances virtuelles.

M. Paradis, comment vivez-vous la crise de la COVID-19?

F.P. – On a des demandes de Parlements étrangers qui vivent la même situation que nous, qui sont en train de réfléchir à une façon différente de faire la démocratie, les travaux parlementaires. J’étais la semaine dernière en rencontre avec le président du Parlement d’Écosse et dans quelques instants, je vais parler au président de l’Assemblée du Maroc. On échange avec des gens qui sollicitent une rencontre avec nous pour nous demander où on est rendus, qu’est-ce qu’on fait, où on s’en va. Il y a vraiment une espèce, c’est génial, de rencontre d’idées et d’échanges de moyens et de procédés pour qu’on soit de plus en plus efficaces.

Vous ne chômez donc pas…   

F.P. – On continue. Toutes les semaines, on est en rencontre, virtuelle évidemment, avec les représentants de chacun des partis, avec les whips, où on analyse deux fois par semaine ce qui se passe, les préoccupations, (…) les demandes des députés et le besoin de répondre à leurs inquiétudes, leurs questionnements. Ce contact-là, il est étroit.

Aussi, je l’ai toujours dit, le rôle de chaque élu est d’abord et avant tout un rôle de député. Hier, j’étais en communication avec des dirigeants d’entreprise qui font des affaires sur le plan international qui se questionnent. C’est beaucoup d’écoute. (…) L’écoute, elle est sincère et on cherche des solutions. On est de plus en plus des facilitateurs là-dedans. Ça prend tout son sens, encore davantage dans des situations comme celle-ci.

À défaut de rouvrir l’Assemblée nationale, les partis politiques se sont entendus pour tenir une série de débats virtuels à compter du 24 avril. C’est important de faire ces débats-là maintenant?

F.P. – Ils sont nécessaires, parce qu’au-delà du fait d’être très près des citoyens au quotidien dans les circonscriptions, (…) il y a un rôle du député qui est essentiel: celui de contrôleur des actions du gouvernement. Je pense que la démocratie se vit comme ça, le parlementarisme se fait comme ça. Je pense que c’est très sain d’avoir des échanges qui vont permettre de brasser des idées, d’amener des questionnements, d’offrir des points de vue, mais toujours dans un contexte où on a tous la volonté de faire en sorte que les choses se passent bien, que les choses aillent mieux. Je pense qu’on est dans une dynamique qui est très constructive.

Je ne cacherai pas que c’est un peu une amorce à ce qu’on se préparait à vivre (…) dans l’utilisation future des nouvelles technologies. On l’a souvent dit, les visioconférences, il faut être efficace dans leur utilisation. Inévitablement, partout à travers le monde, dans tous les parlements, de toute façon on s’apprêtait à se servir de ces technologies-là dans des réformes du parlementarisme. 

Alors on devance des idées, des façons de faire et des technologies qui aujourd’hui nous prouvent qu’elles nous permettent d’aller plus loin. La technologie ne remplacera pas, dans ma tête à moi, ce que l’on connaît être le parlementarisme, les travaux et les échanges. L’être humain reste l’être humain (…), mais entre-temps, je pense qu’on a un outil qui va nous permettre de faire en sorte que tous jouent leur rôle. Je pense que c’est rassurant aussi pour les citoyens.    

Le libéral Marc Tanguay a comparé la tenue de débats virtuels à la première télédiffusion des travaux en 1978. Êtes-vous d’accord avec lui?

F.P. – C’est sûr que c’est une avancée importante, c’est sûr qu’on vit quelque chose de nouveau. (…) On est dans des travaux formels, chapeautés par l’Assemblée nationale avec la transcription au journal des débats, alors on est dans quelque chose d’officiel. Qui aurait pu croire qu’un jour on puisse voir sur le canal de l’Assemblée une forme d’échanges comme celle-là, alors dans ce sens-là, oui, on marque un pas important.

Lorsque la télévision est arrivée et qu’on a commencé à diffuser les travaux, on ouvrait un monde qui était potentiellement moins connu de la part des citoyens, alors on faisait un pas de géant. Dans ce cas-ci, on franchit une étape, on innove, oui c’est historique. (…) On ne reculera pas de ce pas-là. Ça va nous permettre de continuer à aller plus loin. On est tous en train de s’adapter à une nouvelle réalité.  

L’Assemblée nationale pourrait-elle être fermée jusqu’en septembre? Et lorsqu’elle rouvrira, quelles mesures de distanciation sont envisagées?

F.P. – On n’est pas rendus là. (…) L’Assemblée est suspendue jusqu’au 5 mai. Les leaders seront appelés à se reparler. On est aussi en train de regarder, dans l’environnement qui est le nôtre, dans la mesure où on doit mettre en place des principes de distanciation, comment ça peut se faire, comment un retour pourrait s’exprimer en fonction des contraintes que la santé publique nous recommandera. (…) Tout est sur la table.