La COVID-19 est plus dangereuse que le risque théorique d’une thrombose

MONTRÉAL — On n’a jamais entendu le mot «thrombose» aussi souvent qu’au cours des derniers jours. Des cas de personnes ayant développé des caillots sanguins dans les jours après avoir reçu une dose de vaccin contre la COVID-19 ont soulevé une vague d’inquiétudes. Pourtant, le risque de contracter la COVID-19 et même d’en mourir demeure bien plus dangereux que le risque théorique d’une thrombose, assure le cardiologue Raja Hatem.

Quelques cas de personnes ayant souffert d’une thrombose après avoir reçu le vaccin fabriqué par AstraZeneca ont créé un vent de panique et poussé plusieurs États à stopper temporairement la distribution du vaccin. L’agence européenne des médicaments a cependant maintenu son appui au vaccin et conclu après enquête qu’il y avait moins de cas de thrombose chez les gens vaccinés que dans la population en général. 

Un cas du genre aurait été observé au Québec. Le ministère de la Santé et des Services sociaux a confirmé jeudi qu’un patient vacciné en Montérégie a souffert d’une thrombose dans les jours suivants, mais «rien ne démontre» de lien avec la vaccination, assure-t-on.

D’ailleurs, le Québec et le Canada ont résisté jusqu’ici à tirer des conclusions hâtives puisque pour le moment aucune preuve scientifique ne permet de conclure à un lien de cause à effet entre le vaccin et la formation de caillots dans le sang. Un lien fort improbable, selon le Dr Raja Hatem, cardiologue à l’Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal.

«On s’explique très mal pourquoi l’administration d’un vaccin en lien avec le système immunitaire irait jouer au niveau du système de coagulation sanguine. Pour l’instant, il n’y a pas de lien clair physiologique», explique-t-il en assurant n’avoir jamais entendu parler de cas de thrombose liée à tout type de vaccination.

Dr Hatem insiste sur l’importance de réaligner le discours sur le véritable enjeu actuel, soit celui de combattre la pandémie du coronavirus.

«Se prémunir du COVID, c’est bien plus important statistiquement que le risque un peu théorique, hasardeux, d’une thrombose. T’as beaucoup plus de chances d’être infecté, de développer une maladie sévère et même d’en mourir, que de chances de développer une thrombose avec un lien de cause à effet du vaccin», analyse le cardiologue.

Sur le même ton, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a réitéré jeudi qu’il n’avait aucune inquiétude face au vaccin CoviShield (la version du produit AstraZeneca disponible au Québec). Après avoir lui-même été inoculé à Montréal, il a déclaré aux journalistes que de rares cas d’anomalies sévères vont être observés et que ceux-ci font tous l’objet de vérifications sérieuses.

«La statistique que l’on suit, avec le Dr (Horacio) Arruda et son équipe, le chiffre qu’il faut retenir de ces effets-là qui peuvent arriver, c’est à peu près quatre cas sur 100 000», a-t-il soutenu en répétant qu’on n’a confirmé aucun lien entre le cas de la Montérégie et le vaccin.

C’est quoi une thrombose?

Il s’agit d’un caillot sanguin qui se forme à un endroit inapproprié. Il peut s’agir d’une thrombose veineuse, quand le caillot se forme dans le système veineux, ou d’une thrombose artérielle, donc à l’intérieur d’une artère.

Ce phénomène n’a rien d’exceptionnel, il est même assez courant. D’après des données fournies par le ministère de la Santé, on parle d’une prévalence de 10 cas par 100 000 personnes, chaque année. Les causes sont diverses. Certains ont des prédispositions génétiques, d’autres peuvent être à risque en raison de multiples facteurs environnementaux. Les facteurs de risque sont notamment le fait de demeurer immobile sur de longues périodes ou encore l’inflammation due à la présence d’un cancer.

Dr Raja Hatem souligne que la présence de caillots sanguins sert souvent de signal d’alarme pour investiguer chez le patient et dépister la présence d’un cancer.

Les thromboses sont souvent facilement traitables et sans conséquences, mais elles peuvent aussi entraîner de graves problèmes selon l’endroit où elles se forment. Une thrombose coronaire peut provoquer un infarctus, une thrombose au cerveau peut provoquer un accident vasculaire cérébral, mais un caillot à la jambe peut s’avérer un simple mauvais moment à passer traitable avec des médicaments anticoagulants.

En ce qui concerne la campagne de vaccination au Québec, le ministère de la Santé révèle que 82 204 doses du vaccin CoviShield ont été administrées en date de jeudi et «aucune manifestation clinique inhabituelle, comme des cas de thrombose, ou d’événement grave», n’a été rapportée.

Laisser un commentaire