La COVID-19 force des ajustements aux traditions de la Pâque juive

OTTAWA — Il y a une question que se posent les Juifs chaque année au début de la fête de la Pâque: «Pourquoi cette nuit est-elle différente de toutes les autres?»

La question sert de prétexte pour raconter l’histoire de la Pâque, une histoire ancienne de l’esclavage des Juifs en Égypte et de leur accession à la liberté, qui est au cœur de la fête qui commence mercredi soir.

Mais cette année, la question prend un nouveau sens.

La pandémie de la COVID-19 a forcé l’annulation des rassemblements, petits et grands. Et les célébrations religieuses ne sont pas exemptées.

Cette situation a conduit à un débat sur le séder, l’événement qui se tient en soirée au cours duquel les familles se rassemblent pour raconter l’histoire de la Pâque, manger des aliments traditionnels et symboliques, et chanter des prières et des chansons.

Les autorités de santé publique ont souligné que même si cela pouvait blesser, les rassemblements devaient être annulés cette année. Le message a été répété mardi par la vice-première ministre.

«Les célébrations de cette année seront très différentes, car nous trouverons tous des moyens de rencontrer nos familles et nos amis virtuellement plutôt qu’en personne, mais il est absolument essentiel que nous continuions à suivre ces règles pour protéger nos familles, nos amis, nos voisins et notre pays», a déclaré Chrystia Freeland.

Les chefs religieux disent la même chose. Un consortium représentant des juifs orthodoxes a publié lundi un communiqué indiquant que les gens devaient rester chez eux. Auparavant, son message était que les séders étaient acceptables si ceux qui y participent avaient d’abord été placés en isolement pendant deux semaines.

«Les voyages dans d’autres villes ou les visites en famille, même dans votre ville, devraient être annulés», précise le communiqué.

Plusieurs personnes, comme Michelle Devorah Kahn, se demandent donc comment donner un maximum de signification à la fête.

Mme Kahn, 30 ans, et son mari vivent à Ottawa, leurs parents à Montréal et à Toronto. Ils voyagent généralement pour être avec eux pour la Pâque. La maison de sa mère, a-t-elle dit, est normalement pleine à craquer de gens, la table chargée de nourriture.

Mais cette année, Mme Kahn restera à Ottawa et préparera un simple souper avec son mari.

«Nous ferons de notre mieux, avec ce que nous avons», a-t-elle résumé.

D’autres changements seront apportés pour marquer cette Pâque en pleine pandémie.

Habituellement, Mme Kahn se débarrasse pour la Pâque de tous les aliments de sa maison qui ne sont pas casher. Mais cette année, elle a plusieurs aliments de base en raison de la pandémie, et elle ne compte pas s’en départir.

Mme Kahn a raconté que sa famille évitait également d’utiliser l’électricité le jour du sabbat et des fêtes juives, mais qu’elle fera une exception pour pouvoir utiliser Zoom, un logiciel de vidéoconférence.

Pouvoir «être» avec ses parents est plus important, a-t-elle dit.

«Ce sera une Pâque unique, a-t-elle lancé. Et peut-être l’une de nos plus mémorables.»

Les chefs religieux et communautaires ont décidé de s’intéresser aux façons que les gens peuvent employer pour se conformer aux lois et aux coutumes de la Pâque malgré la pandémie.

En plus des logiciels comme Zoom, il y a l’enjeu de la nourriture casher pour les aliments de la Pâque. Les ingrédients interdits à la Pâque peuvent se trouver dans une large gamme de denrées. À Toronto, un groupe de fournisseurs de soins de santé a travaillé avec l’organisme qui détermine si des produits sont casher ou non pour trancher que tous les désinfectants pour les mains sont casher; la provenance de l’alcool dans certains désinfectants pourrait semer un doute sur ces produits.

Mais quoiqu’il en soit, il est généralement préférable de simplement se laver les mains, ont-ils souligné.

Un rituel du lavage des mains fait partie du séder lui-même, et de nombreuses blagues circulent en ligne au sujet que c’est soudainement devenu la partie la plus importante.

Mme Kahn a affirmé qu’elle voit également des liens avec un autre élément, les plaies. Une partie de l’histoire de la Pâque implique dix plaies infligées au peuple égyptien pour avoir refusé de libérer les Juifs.

Selon Mme Kahn, il est facile de considérer la COVID-19 comme une plaie, car les gens souffrent et meurent, mais force également les séders à revenir à l’essentiel.

«C’est une histoire au sujet de notre liberté, et cette année, nous ne nous sentons pas si libres.»

Une réflexion sur la tenue des séders a fait partie de la préparation de la Pâque de cette année pour PJ Library, un organisme sans but lucratif qui organise des programmes d’engagement et d’alphabétisation pour les familles juives à travers l’Amérique du Nord.

Reconnaissant que de nombreuses familles organiseraient leurs propres séders pour la première fois, ils ont actualisé leurs ressources de Pâque pour inclure des vidéos et un «aide-mémoire» pour aider les gens à comprendre le rituel et les histoires.

Il y a une leçon à tirer dans les trois aliments symboliques de la Pâque, a déclaré Meredith Lewis, la directrice du contenu, de l’éducation et de l’expérience familiale pour PJ Library.

Le pain sans levain, connu sous le nom de matsa, les herbes amères et un os rappellent l’expérience individuelle des Juifs dans leurs maisons dans l’Égypte ancienne, attendant d’être libérés de l’esclavage.

«Cette année, nous sommes dans nos maisons avec nos familles, sous ce nuage», a-t-elle déclaré.

«Mais nous devons nous rappeler que de l’autre côté de la porte, il y a finalement la liberté.»

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