La COVID-19 ravive des souvenirs douloureux de la guerre pour les réfugiés syriens

OTTAWA — Cinq ans après l’arrivée des premiers réfugiés syriens au Canada, des dizaines de milliers d’entre eux doivent s’adapter aux mesures de confinement qui leur rappellent les horreurs de la guerre et bouleversent la vie qu’ils avaient commencé à rebâtir.

Le 10 décembre 2015, un premier avion transportant des réfugiés syriens a atterri à Toronto, à la suite de la promesse électorale des libéraux de Justin Trudeau de leur faciliter l’accès au Canada.

Au total, 45 919 réfugiés syriens ont été réinstallés au pays en date d’avril 2017 et d’autres ont continué à affluer par le biais d’autres programmes dans les années suivantes.

Dima Naseraldeen est arrivée à Montréal il y a moins de trois ans avec son mari et leurs deux fils. Plus tôt cette année, alors qu’ils avaient commencé à profiter de leur nouvelle vie au Canada, la ville s’est confinée, les forçant à rester à la maison et à suspendre leurs plans professionnels.

«Au début, nous étions inquiets et effrayés, dit-elle. Tout à coup, les rues étaient vides, les commerces étaient fermés. Ça ressemblait à la guerre.»

Avant de venir au Canada, Mme Naseraldeen a passé des années à se mettre à l’abri des obus de mortier avec sa famille dans une banlieue au sud de Damas.

Les premiers mois de la pandémie de COVID-19 les ont plongés dans la même angoisse, raconte-t-elle.

Bayan Khatib, cofondatrice et directrice générale de la Fondation syrienne canadienne (SCF), souligne que de nouveaux arrivants lui ont confié qu’ils avaient été enfermés chez eux pendant des mois d’affilée, voire jusqu’à un an, en raison des bombardements constants et parce qu’il leur était impossible de quitter leur région.

«Tout le monde qui porte des masques a dû être difficile à voir aussi pour les gens qui viennent peut-être de zones qui ont été attaquées avec des armes chimiques», relève-t-elle.

L’organisation de Mme Khatib est basée à Mississauga et offre des services pour les nouveaux arrivants dans plusieurs villes de l’Ontario.

De nombreuses familles syriennes viennent aussi d’endroits où les écoles ont été fermées à cause de la guerre — un autre parallèle à dresser avec la situation actuelle, selon Mme Khatib.

Avant la pandémie, Dima Naseraldeen, se consacrait à sa passion pour le dessin et avait participé à quelques expositions aux côtés d’autres artistes à Montréal. Sa première exposition au Centre d’art de Montréal prévue en mai dernier a été reportée, puis annulée en raison du contexte sanitaire.

«C’était une déception», admet la femme âgée de 34 ans. 

Son mari, Ayham Abou Ammar, âgé 36 ans, est acteur et musicien. En février, il a terminé le tournage d’un film à propos d’une famille syrienne ayant déménagé au Canada, où il campe le rôle principal. La sortie en salle a été reportée à l’année prochaine.

M. Abou Ammar donne à l’occasion des cours de musique à de jeunes Montréalais, mais leur nombre a été restreint en raison de règles visant à limiter la propagation du virus.

Les répercussions professionnelles de la crise ont été plus profondes pour Noor Sakhniya, qui a terminé sa formation pour devenir pilote l’an dernier à Ottawa, près de quatre ans après son arrivée au Canada avec sa famille.

M. Sakhniya avait été embauché par Buffalo Airways à Yellowknife il y a un an, mais il avait été mis à pied quelques mois plus tard en raison de la pandémie.

De retour à Ottawa, le jeune homme de 23 ans a dû accepter des emplois d’appoint, en tant que livreur, entre autres.

«On travaille dur pendant quatre ans et on met beaucoup d’argent sur sa formation et sur son rêve et puis il faut lâcher prise.»

Il s’impliquait dans l’organisation d’événements pour la communauté syrienne locale et il était entraîneur d’une équipe de soccer pour jeunes immigrants, mais tout cela a été suspendu.

«Dans nos pays d’origine, on avait l’habitude d’avoir un cercle de soutien avec la famille et des amis, souligne-t-il. Pour de nombreux Syriens, pendant la guerre, ils ont emménagé tous ensemble dans leur maison familiale pour s’entraider.» 

«Pendant la pandémie, c’est vraiment difficile de faire ça, surtout ici au Canada où on n’a parfois pas de famille.»

Il travaille maintenant comme gérant dans un restaurant du centre-ville d’Ottawa. S’attendant à ce que la reprise de l’aviation soit lente dans les années à venir, il compte étudier en génie aérospatial à l’Université Carleton l’an prochain.

Mme Naseraldeen se prépare aussi à réorienter sa carrière au cas où elle ne pourrait plus vivre de son art. Elle a récemment terminé une formation de maquilleuse.

Elle dit garder espoir.

«Nous vivions dans une zone de guerre et nous avions perdu nos emplois et nos maisons et il y avait toujours de l’espoir, se souvient-elle. Je suis toujours optimiste et je suis certaine que de bonnes choses s’en viennent.»

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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