La COVID-19 risque de forcer une révision des cibles de réduction de la dette

MONTRÉAL — La tempête économique déclenchée par la pandémie de COVID-19 n’a pas seulement vidé les coffres de l’État, elle forcera probablement Québec à revoir certains de ses objectifs en matière de réduction du fardeau de la dette.

À l’occasion d’un événement virtuel organisé lundi par le Cercle finance Québec, où il a encore fermé la porte à une baisse des dépenses et une hausse du fardeau fiscal, le ministre des Finances, Eric Girard, a affirmé qu’il était «possible» que l’on soit dans l’obligation de modifier la Loi sur la réduction de la dette et instituant le Fonds des générations.

Celle-ci comporte deux cibles, dont la plus connue établit que la dette brute ne doit pas excéder 45 % du produit intérieur brut (PIB) au 31 mars 2026.

«À l’automne, lorsqu’on va montrer le sentier de cinq ans (pour renouer avec l’équilibre budgétaire), nous allons tous constater que cela sera difficile d’atteindre cette cible, a dit M. Girard, en réponse à une question. On va donner les chiffres et nous allons avoir la discussion.»

Parallèlement à un déficit de 14,9 milliards $ pour l’exercice en cours — qui réduira à néant la réserve de stabilisation — la crise sanitaire se traduira par le dépôt de quelques budgets à l’encre rouge avant que l’on rééquilibre les finances publiques. Environ 500 000 des quelque 820 500 emplois perdus dans la foulée de la propagation du nouveau coronavirus devraient être récupérés, selon M. Girard. Plusieurs seront toutefois encore en congé forcé.

La dette brute correspond à la somme de la dette directe et du passif net des régimes de retraite, mais à laquelle on soustrait le Fonds des générations. Au 31 mars, elle représentait 43,4 % du PIB, mais à la fin de l’exercice en cours, ce ratio bondira à 50,4 %, pour ainsi retrouver le niveau de 2017.

«Nous allons discuter de la pertinence de conserver ces cibles étant donné l’évolution de la dette et de l’économie», a dit le grand argentier de la province, sans s’avancer sur ce à quoi pourrait ressembler la nouvelle cible.

Parallèlement, en réponse à une autre question, le ministre des Finances a fermé la porte à une modification ou un contournement de la Loi sur l’équilibre budgétaire, qui permet les déficits en cas de morosité économique, tout en exigeant un rééquilibrage par la suite.

En plus de la nécessité de respecter l’équité intergénérationnelle, les taux d’intérêt ne demeureront pas bas éternellement, a souligné M. Girard, qui a estimé que l’argument voulant que l’on puisse «empiler de la dette» en période de détente monétaire était «douteux».

«Nous avons une population qui vieillit, a-t-il souligné. On doit contrôler notre endettement pour que les générations futures puissent s’offrir les services de santé, d’éducation et de transport que nous avons eus.»

Conforme aux attentes

Lundi après-midi, les grandes agences de notation n’avaient pas encore dévoilé leurs analyses respectives du Portrait de la situation économique et financière 2020-2021 présenté vendredi dernier par M. Girard.

Toutefois, au cours d’un entretien téléphonique, le vice-président, finances publiques chez DBRS Morningstar, Paul Lebane, a estimé que le contenu du document était relativement conforme à ses attentes. Dans l’immédiat, il n’y a aucun risque de décote pour la province.

«Si vous mettez de côté la provision de 4 milliards $ (en vue d’une éventuelle deuxième vague de la COVID-19) et la contribution au Fonds des générations (2,57 milliards $), c’est un déficit d’entre 8 et 9 milliards $», a-t-il fait remarquer.

Quant au ratio de la dette brute par rapport au PIB, l’analyste de DBRS Morningstar a souligné que la remontée devrait être temporaire, en ajoutant qu’il devrait y avoir un certain rééquilibrage une fois que l’économie québécoise aura repris du poil de la bête.

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