La crise sanitaire a aussi creusé les estomacs partout au pays

SHERBROOKE, Qc — On le sait, la pandémie de COVID-19 a eu des impacts multiples sur la société et dans nos vies quotidiennes. Bon nombre de ces impacts se font toujours sentir, un an plus tard, dont celui de l’insécurité alimentaire. La ministre Marie-Claude Bibeau a tenu à démontrer l’ampleur des besoins en détaillant l’aide d’urgence versée par le gouvernement fédéral.

Deux enveloppes de 100 millions $ ont été débloquées par Ottawa au cours de la dernière année pour soutenir les organismes d’aide alimentaire.

En conférence de presse virtuelle, lundi matin, la ministre fédérale de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, qui est aussi députée de Compton-Stanstead, en Estrie, a d’abord mis en lumière le travail du Club des petits déjeuners qu’elle a décrit comme «l’un des partenaires clés» dans le déploiement de l’aide à la population.

Marie-Claude Bibeau a souligné le travail des intervenants du Club des petits déjeuners et de son pendant anglophone du «Breakfast Club», ailleurs au Canada, qui ont dû s’adapter pour rejoindre leur clientèle lorsque les écoles ont fermé leurs portes. «Toute cette équipe sait à quel point ces enfants vivent dans l’insécurité alimentaire et il fallait trouver un moyen de les rejoindre», a-t-elle mentionné.

Le président et fondateur du Club des petits déjeuners, Daniel Germain, a offert un témoignage senti au cours duquel il a indiqué que son organisation a pu «rejoindre plus de 600 000 enfants au pays de façon quotidienne», malgré les obstacles créés par la COVID-19.

Des 200 millions $ rendus disponibles par Ottawa, le club a obtenu près 32 millions $, d’après M. Germain. Une somme qui a notamment permis de répondre à une forte croissance de la demande à la rentrée de septembre. Le nombre d’enfants ayant besoin d’un bon petit déjeuner à l’école aurait bondi de 30 % en moyenne dans chaque établissement scolaire.

«On a vu des histoires très touchantes du terrain, de voir comment les gens ont eu à se battre pour leur famille, pour leurs enfants, comment les gens ont montré une résilience incroyable», a-t-il partagé avec la voix brisée par l’émotion.

Forte demande en Estrie

De la première enveloppe de 100 millions $ versée au printemps 2020, 120 000 $ ont été distribués à huit organismes de l’Estrie. Parmi ceux-ci, le Centre d’action bénévole (CAB) de la MRC de Coaticook a bénéficié de 18 892 $ pour faire face à une forte hausse des demandes d’aide alimentaire.

Selon la directrice générale du CAB, Marjorie Tyroler, les repas hebdomadaires livrés par le service de popote roulante sont passés de quelque 250 à plus de 400 depuis le déclenchement de la crise sanitaire. L’organisme a également profité de l’aide reçue pour créer un service de repas congelés. En plus de l’aide financière reçue, le CAB a aussi eu l’appui de Moisson Estrie qui lui fournit des denrées pouvant être redistribuées aux personnes dans le besoin.

«Sans cette aide-là, on n’aurait sans doute pas été capable de répondre à la demande de nourriture dans notre coin», a reconnu Mme Tyroler dans un mot de remerciement.

Les autres organismes de l’Estrie ayant reçu une part de la première enveloppe du Fonds d’urgence pour la sécurité alimentaire sont le Centre d’action bénévole R.H. Rediker de Stanstead, la Cuisine Amitié de la MRC des Sources, Aide communautaire de Lennoxville et des environs, les Tabliers en folie de Richmond, Moisson Haut‑Saint‑François, Œuvre de bienfaisance de Valcourt et Sercovie inc. de Sherbrooke.

Une seconde enveloppe de 100 millions $ a été rendue disponible l’automne dernier. D’après Daniel Germain, les fonds ont été reçus en décembre et le processus de distribution serait en cours. On ne connaît toutefois pas encore les détails de la répartition de l’argent.

Pour expliquer la mécanique du programme, Ottawa a créé un «Fonds d’urgence pour la sécurité alimentaire». L’argent a été remis à six grands partenaires, soit Banques alimentaires Canada, Second Harvest, les Centres communautaires d’alimentation du Canada, le Club des petits déjeuners du Canada, l’Armée du Salut et la Tablée des chefs.

À leur tour, ces grands partenaires devaient redistribuer les fonds à des organismes de proximité rejoignant directement les estomacs creux d’un océan à l’autre. Au bout du compte, ce sont quelque 3000 initiatives locales qui ont touché l’argent du fédéral pour «acheter, transporter et distribuer de la nourriture et d’autres produits de première nécessité afin de répondre aux besoins urgents des personnes les plus vulnérables», peut-on lire dans le communiqué d’Agriculture et Agroalimentaire Canada.

En réponse à une question sur l’éventualité d’une bonification permanente de l’aide en sécurité alimentaire, la ministre Bibeau a affirmé qu’il n’en était pas question pour le moment et que le gouvernement se concentrait uniquement sur l’aide d’urgence liée à la pandémie.

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