La crise texane relance l’éternel débat sur les ressources énergétiques

WASHINGTON — La vague de froid qui a paralysé le réseau électrique au Texas a ouvert un nouveau front dans le conflit séculaire entre les partisans de l’énergie verte et leurs rivaux des ressources fossiles.

Si un côté y voit la possibilité de construire un nouveau réseau électrique fortifié et plus durable, l’autre dit que la crise démontre la nécessité de ne pas abandonner le pétrole, le gaz naturel et le charbon.

Les deux reconnaissent toutefois un phénomène familier qui remonte au premier jour du mouvement écologiste: les gens ne pensent pas à la pollution lorsque vient le temps de survivre à une crise.

«Quand la température descend en dessous de zéro, personne ne se soucie de la provenance de l’électricité. On a juste besoin de la chaleur, a lancé jeudi un élu texan, Michael Burgess. Nous sommes tous d’accord pour dire que les États-Unis méritent un avenir plus propre, mais s’y engager tout en ignorant la fiabilité énergétique est la mauvaise approche.»

Élus et commentateurs conservateurs ont profité de la crise au Texas pour chanter les louanges des combustibles fossiles. 

Le fait que la production de gaz naturel au Texas ait été stoppée par le froid ne semblait pas avoir d’importance. Les éoliennes et les panneaux solaires gelés — qui ne représentent ensemble que 10% de l’alimentation électrique de l’État — ont offert une image puissante.

«Cela montre simplement que les combustibles fossiles sont nécessaires», a souligné le gouverneur du Texas, le républicain Greg Abbott, sur les ondes de la chaîne à Fox News.

En réalité, le ministère de l’Énergie de l’État a reconnu que l’incapacité de protéger les réseaux électriques et les oléoducs contre les rigueurs de l’hiver était à l’origine de la crise.

À l’extérieur du Texas, le sénateur Steve Daines du Montana, un ardent défenseur du projet Keystone XL, a affirmé que la crise texane était «le parfait exemple du besoin de sources d’énergie fiables comme le gaz naturel et le charbon».

Marta Stoepker, une porte-parole du groupe environnemental Sierra Club, n’en revient pas des discours de ses adversaires.

«Aussi longtemps que la désinformation sur les échecs du réseau se poursuivra, il y aura davantage de personnes exposées au risque de défaillance du système», dit-elle.

Plus de quatre millions de personnes ont perdu le courant après la chute des températures et le passage de tempêtes hivernales contre lesquelles le Texas est mal équipé.

Ces pannes d’électricité ont déclenché une série de catastrophes: des tuyaux gelés ont éclaté, inondant les maisons, ou la paralysie des systèmes de traitement des eaux, obligeant les résidents à faire fondre la neige et à faire la queue pendant des heures pour obtenir de l’eau potable.

Les autorités ont dû mener des opérations de délestage afin d’empêcher qu’une demande sans précédent submerge les réseaux.

Une grande partie du courant perdu était alimenté par les centrales de gaz naturel, a rappelé un représentant démocrate du New Jersey, Frank Pallone.

«Certains républicains et médias conservateurs colportent des réalités alternatives, déplore-t-il. Ils transforment honteusement une crise en une campagne anti-énergies renouvelables, et ils oublient commodément le fait que la majorité des échecs proviennent d’infrastructures à combustibles fossiles.»

Mme Stoepker a exhorté les parlementaires à commencer à dire la vérité aux gens.

«[L’industrie des combustibles fossiles] dépense des millions de dollars chaque année pour essayer de nous embrouiller sur sa capacité à être fiable et propre, mais elle en est nettement incapable pour le moment», souligne-t-elle.

Si le président Joe Biden prévoyait de se rendre au Texas dès que possible, son administration a dû reconnaître que la lutte contre les émissions polluantes devra être temporairement mise en veilleuse.

Le ministère de l’Énergie a autorisé le Texas à ignorer temporairement les réglementations sur les émissions, a déclaré la conseillère à la sécurité intérieure de la Maison Blanche, Liz Sherwood-Randall.

«Il s’agit essentiellement d’assouplir certaines des normes en cas d’urgence pour la pollution afin que l’État puisse générer suffisamment d’énergie au moment où ses capacités sont réduites ou réduites à zéro.»

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