La décision de Facebook en Australie augmente la pression sur Steven Guilbeault

OTTAWA — La promesse du ministre fédéral du Patrimoine de déposer un projet de loi qui obligerait les géants de la technologie comme Facebook à payer les entreprises médiatiques canadiennes pour leur contenu prend beaucoup trop de temps, estiment des experts.

Steven Guilbeault a fustigé Facebook, plus tôt cette semaine, lorsque le géant a empêché ses utilisateurs en Australie de publier ou de consulter des liens vers des sites d’actualités locaux ou internationaux, afin de protester contre le projet du gouvernement de ce pays d’obliger les entreprises de médias sociaux à négocier pour verser une compensation à ces médias.

M. Guilbeault a qualifié la décision de Facebook de «très irresponsable», car elle a restreint l’accès des Australiens à des informations importantes telles que les lignes d’assistance en cas de crise ou les renseignements sur les incendies de forêt. Il a aussi ajouté qu’il allait toujours de l’avant avec la rédaction de son projet de loi.

Le ministre du Patrimoine travaille depuis longtemps sur un projet de loi qui empêcherait des géants mondiaux de la technologie — dont Facebook, Google, Apple, Twitter et Netflix — de récolter des dizaines de milliards de dollars chaque année sans payer d’impôt dans les pays où ils sont présents, tout en exerçant une pression énorme sur les revenus des médias et des créateurs locaux.

M. Guilbault pourrait suivre l’exemple de l’Australie et demander des redevances à ces entreprises pour les liens vers les médias d’information. 

Mais les Canadiens ne connaîtront probablement pas les avenues choisies par le gouvernement libéral avant le printemps, date à laquelle le projet de loi devrait être déposé.

 «Je pense que le ministre est sérieux, mais maintenant, il doit le prouver», a estimé vendredi Daniel Bernhard, directeur général de l’organisme les Amis de la radiodiffusion. Car pendant ce temps, dit-il, les entreprises médiatiques voient leurs revenus diminuer et se tournent vers les licenciements.

Des normes mondiales ?

Le retard dans le dépôt du projet de loi donne également à Facebook le temps de renforcer ses arguments et de mettre plus de pression sur les politiciens pour qu’ils prennent parti, estime M. Bernhard. 

Facebook, de son côté, affirme que le modèle australien est injuste parce que les producteurs de nouvelles contrôlent ce qui est publié sur Facebook, car ils choisissent de le publier eux-mêmes ou de le laisser partager.

«Nous croyons qu’il existe d’autres options pour soutenir les nouvelles au Canada qui profiteront plus équitablement aux producteurs de nouvelles et reconnaîtront la valeur que les plateformes apportent aux organisations de presse, a indiqué Kevin Chan, responsable de la politique publique à Facebook Canada. Nous sommes prêts à collaborer sur ces questions complexes.»

Bob Fay, directeur général de l’économie numérique au Center for International Governance Innovation, estime que l’approche de Facebook en Australie pourrait nuire à l’entreprise. «Dans combien de pays peuvent-ils vraiment se permettre de commencer à agir de la sorte?, se demande-t-il. Ça sape complètement leur modèle commercial, donc je pense que ça encourage les pays à agir.»

M. Fay croit qu’on devrait adopter une norme mondiale, de sorte que les entreprises technologiques ne soient pas obligées de traiter avec chaque pays individuellement.

Google, par exemple, a conclu un accord volontaire avec les producteurs de contenu australiens et pourrait imiter ce modèle ailleurs, mais M. Guilbeault rappelle que cette entente pourrait être abandonnée à tout moment si Google changeait d’avis.

Quelle que soit l’approche, M. Fay pense que le temps presse. «Ce qui se passe en Australie a allumé un feu, mais il y a des incendies qui brûlent depuis longtemps et pourtant, nous n’avons pas vu d’action concrète. On verra bien si cet incendie suffira cette fois.»

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Cette dépêche a été produite avec l’aide financière des Bourses de Facebook et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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