La décision sur les turbines pourrait fragiliser le front commun, croit Rick Hillier

WASHINGTON — Le général canadien à la retraite Rick Hillier craint que la décision d’Ottawa de renvoyer en Allemagne les turbines du pipeline «Nord Stream 1» n’affaiblisse les sanctions internationales imposées à la Russie pour son invasion de l’Ukraine.

M. Hillier dirige aujourd’hui un nouveau conseil consultatif de commandants militaires à la retraite, formé par le Congrès mondial ukrainien. Le général à la retraite craint que cette décision soit la première fracture dans le front commun économique contre Moscou.

«La Russie va voir cela comme un signe d’encouragement, qu’il y aura des décisions prises qui leur seront bénéfiques au fur et à mesure que nous avançons sur la route», a déclaré M. Hillier lors d’un comité en ligne organisé par le Congrès mondial ukrainien.

Parmi les membres du nouveau conseil consultatif de commandants militaires à la retraite, l’on retrouve d’anciens «compagnons de bataille» de M. Hillier, tels que les généraux américains à la retraite Wesley Clark et David Petraeus, ainsi que Dick Lodewijk Berlijn, ancien chef de la défense des Pays-Bas.

De leur côté, Wesley Clark et David Petraeus sont moins critiques, qualifiant de difficile la décision d’Ottawa, qui devait trancher dans le meilleur intérêt de toutes les parties impliquées.

Le gouvernement fédéral a accepté plus tôt ce mois-ci d’accorder une exemption temporaire aux sanctions imposées à Moscou, afin de restituer six turbines réparées à Montréal et destinées au pipeline appartenant à la Russie. 

Ce gazoduc est une source vitale de gaz naturel pour l’Allemagne. C’est ainsi que le Canada a justifié sa décision qui va à l’encontre d’un effort concerté et continu dans le monde occidental, dirigé par les États-Unis, pour boycotter l’énergie russe.

L’ancien général Rick Hillier craint que la guerre en Ukraine ne disparaisse progressivement au milieu d’autres priorités publiques, notamment des niveaux records d’inflation et des projets de vacances d’été après plus de deux ans de pandémie de COVID-19.

«Avec le recul, cela pourrait être considéré comme la goutte qui a fait déborder le vase, et nous pourrions commencer à voir un relâchement de la pression de l’OTAN et de l’Occident en général», a-t-il soulevé. 

Il a cité l’exemple de l’annexion de la péninsule de Crimée par la Russie en 2014, une démonstration de force qui a d’abord été accueillie par un tollé similaire, ainsi qu’une campagne de sanctions économiques qui a fini par s’estomper. 

M. Hillier appréhende que la décision de la turbine ne soit le déclencheur qui pourrait faire que la même chose commence à se produire. Il estime qu’il vaudrait mieux aller de l’avant avec plus de sanctions.  

Diplomatie et compromis 

La décision du Canada du 9 juillet a été appuyée de manière convaincante par le département d’État américain, qui l’a qualifiée de bonne décision, car elle permettrait à l’Europe de renforcer ses réserves de gaz naturel à court terme.

C’est peut-être la raison pour laquelle les anciens généraux américains Clark et Petraeus, tout en faisant de leur mieux pour naviguer sur une ligne diplomatiquement délicate, ont soutenu la décision du Canada.

«Je pense que le Canada a pesé toutes les options, les informations, le pour et le contre, et a finalement pris une décision qui, je pense, était dans le meilleur intérêt de toutes les personnes impliquées», a déclaré M. Petraeus.

«Si un grand pays comme l’Allemagne est privé de son énergie, la cohésion … (et) l’unité qui a été vraiment extraordinaire depuis l’invasion de l’Ukraine, va elle aussi, être une victime potentielle.»

M. Clark a également suggéré que le plus grand danger aurait été de faire quelque chose qui aurait pu menacer l’unité au sein de l’OTAN en particulier, mais aussi de l’Europe en général – quelque chose que M. Poutine n’avait pas prévu lorsqu’il a lancé l’invasion en février.

«La clé de tout cela est de comprendre qu’il faut avoir de la résilience, qu’il faut plier, mais ne pas rompre, qu’il faut endurer les difficultés de la route tout en maintenant la pression sur la Russie à long terme, a-t-il fait valoir. Cela nécessite l’art de la diplomatie et du compromis.»

M. Trudeau a défendu cette décision, soulignant que l’Allemagne, un allié important de l’OTAN, dépendait fortement du gaz naturel acheminé par ce gazoduc russe.

Le président ukrainien, Volodomyr Zelensky, a qualifié la décision du Canada d’«absolument inacceptable».

Le plus grand importateur de gaz russe en Allemagne a été informé par la société russe Gazprom qu’une situation de «force majeure» — des événements indépendants de sa volonté — expliquait les déficits passés et actuels des livraisons de gaz, une affirmation que l’importateur a rejetée.

Gazprom a réduit ses livraisons de gaz via Nord Stream 1 vers l’Allemagne de 60% le mois dernier, citant des problèmes techniques impliquant les turbines que Siemens Energy a envoyées au Canada pour une mise à jour.

Les politiciens allemands ont rejeté la décision comme un pari politique du Kremlin pour semer l’incertitude et faire grimper les prix de l’énergie, insistant sur le fait que la turbine en question n’était de toute façon pas destinée à être utilisée avant septembre.

Le pipeline Nord Stream 1 a été complètement fermé pour maintenance annuelle le 11 juillet et la fin des travaux est prévue jeudi. Les responsables allemands craignent toutefois que la Russie ne reprenne pas les livraisons de gaz en utilisant comme prétexte des raisons techniques. 

M. Trudeau a continué mardi de défendre la décision de son gouvernement, tout en évitant de répondre directement aux questions sur ses impacts. «La Russie ne parviendra pas à militariser son énergie ou à créer la division chez nos alliés, a-t-il affirmé. Il s’agissait d’une décision difficile, mais c’était la bonne pour s’assurer que nous demeurions tous unis contre la guerre illégale de Poutine en soutien à l’Ukraine.»

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