La demande pour des services de tutorat privé connait une croissance au Canada

MONTRÉAL — La COVID-19 pousse-t-elle à la hausse la demande pour des services de tutorat au Canada? Bien que les entreprises questionnées hésitent à attribuer la croissance actuelle qu’ils constatent à la pandémie, elles s’entendent toutes pour dire que la progression des services numériques est, pour sa part, probablement liée aux conséquences de la crise sanitaire. 

Au Québec, un programme de tutorat pour offrir un soutien supplémentaire aux élèves en difficulté avait été annoncé en janvier. 

Or, celui-ci se fait toujours attendre. Pendant ce temps, plusieurs parents se sont déjà tournés vers des services privés pour pallier le problème de rattrapage scolaire.

Depuis la sortie du premier bulletin, «nos téléphones n’ont pas arrêté de sonner», s’exclame Irene Brintalos qui dirige les trois centres d’Oxford Learning au Québec. 

Le constat est semblable dans les autres provinces où opère la compagnie canadienne qui compte 127 centres. 

En Ontario, particulièrement dans la région de North Bay, les programmes de rattrapage scolaire sont en plein essor depuis la rentrée, indique la présidente Lenka Whitehead, de même qu’à Halifax, en Nouvelle-Écosse. 

Normalement, il y a plusieurs parents qui préfèrent attendre le premier bulletin à l’automne avant d’inscrire leur enfant, explique Mme Whitehead. Il y a donc un pic d’inscription autour du mois de novembre. Cette année, les parents se sont rués vers des services d’aide dès la fin de l’été. 

Est-ce dû à la fermeture des écoles au printemps qui a occasionné des retards? À l’école à distance pour les élèves du secondaire? Ou encore aux classes fermées en raison des éclosions?

Aux dires de plusieurs, l’élan vers le tutorat se faisait déjà sentir depuis quelques années. 

 «On expérimente une hausse de 60 % par rapport aux inscriptions de janvier 2020» indique Chantal Alvaer de SOSprof. C’est un bond qu’elle estime pourtant normal. 

«C’est une croissance naturelle; on reçoit les frères et sœurs de nos élèves entre autres, explique-t-elle. Comme toute entreprise, on grandit et notre nom est de plus en plus connu.» 

Si Mme Alvaer hésite à attribuer cette progression aux conséquences de la pandémie, elle confirme que 105 nouveaux élèves se sont inscrits à des séances de rattrapage depuis le premier bulletin. 

Jean-Simon Bouchard enseigne dans la région de Brome-Missisquoi et propose des cours particuliers depuis trois ans. Ses affaires ont bondi cette année au point où il a dû engager une enseignante pour répondre à la demande. 

Lui aussi se fait prudent. Il n’irait pas jusqu’à dire que l’engouement observé est directement lié à la COVID-19. Il admet toutefois que son «horaire s’est rempli plus rapidement qu’a l’habitude». 

Même écho de la part de Joanne Sallay, présidente de Teachers On Call, une entreprise de tutorat située dans la grande région de Toronto. «Je ne crois pas que ce soit aussi noir ou blanc», dit-elle. 

Son avis sur la question est partagé puisque son entreprise est en croissance depuis les deux dernières années.

Le tutorat en ligne gagne des adeptes

Ce qu’elle peut affirmer c’est que la pandémie a accéléré la croissance du tutorat en ligne qui ne représentait qu’une petite portion de son chiffre d’affaires, soit 5 %. Alors qu’aujourd’hui, toutes les sessions ont lieu en ligne. 

Avant la pandémie, ce service était plutôt populaire auprès des élèves du secondaire. 

Aujourd’hui, «la croissance du numérique est énorme. Les parents réalisent l’avantage de la formule tandis qu’avant les gens ne voulaient pas l’essayer», explique Mme Sallay qui offre des services virtuels depuis deux ans. 

Même si SOSprof peut compter sur 600 tuteurs à travers la province, l’entreprise était très sollicitée et devait parfois refuser des élèves. 

L’avantage du web, note Mme Alvaer, c’est que les tuteurs ne sont plus limités à l’endroit où l’élève habite. Les tuteurs peuvent donc aider les jeunes, peu importe s’ils habitent près de chez eux ou non. 

Situation inégale

La migration vers le web reste inégale à certains endroits. Mme Brintalos a vu son nombre d’élèves chuter quand les classes ont cessé au printemps.  

À Laval, très peu ont opté pour le tutorat en ligne. «À ce moment-là, tout le monde pensait que les écoles rouvriraient après deux ou trois semaines.» 

Ensuite, certains parents n’ont pas vu le besoin de reprendre les séances puisque le gouvernement a éventuellement décidé d’annuler les examens finaux, explique-t-elle. 

S’il y a eu beaucoup plus d’hésitation du côté de la Rive-Nord, à Notre-Dame-de-Grâce, en revanche, la transition s’est faite sans embûches dès le printemps: 95 % des clients ont effectué le passage au numérique. 

La réponse des parents dans ce quartier était plutôt : «Même si les examens ministériels sont annulés, ça ne veut pas dire que mes enfants auront tous les outils pour l’année suivante». 

Pour sa part, la succursale située dans l’arrondissement Saint-Laurent se trouve entre les deux, avec la moitié des clients qui ont adhéré à l’apprentissage en ligne et l’autre non. 

Programme provincial de tutorat 

Le ministère de l’Éducation du Québec avait annoncé un programme de tutorat pour aider les élèves en difficulté le 8 janvier, mais le recrutement n’a commencé qu’à la fin du mois. 

Le gouvernement vise à recruter des étudiants, des employés et des retraités du réseau scolaire.

M. Bouchard salue l’annonce d’une solution de rattrapage. 

«C’est une bonne chose. Reste à savoir comment cela va se déployer et si la somme allouée au projet sera suffisante pour couvrir l’ensemble de la province», dit-il. 

Selon lui, il faudrait aussi s’assurer d’un suivi régulier. «Pour être efficace, le service de tutorat devrait être offert au minimum une fois par semaine. Plusieurs fois par semaine, ce serait l’idéal.» 

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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