La désinformation électorale ne connaît aucun répit sur les réseaux sociaux

Cela a commencé des mois avant le jour du scrutin, avec de fausses déclarations sur Facebook et Twitter selon lesquelles des bulletins de vote par correspondance pour le président Donald Trump avaient été jetés dans des bennes à ordures ou dans des rivières.

Une semaine après les élections, les mensonges sur le vote de personnes décédées et les bulletins jetés par des agents électoraux continuent de prospérer sur les réseaux sociaux, atteignant un public de plusieurs millions de personnes. M. Trump et ses partisans reprennent ces allégations comme prétendue preuve que le démocrate Joe Biden n’a pas réellement remporté le scrutin.

«Celles-ci persisteront probablement pendant des années, voire des décennies, malheureusement», prédit Kate Starbird, professeure à l’Université de Washington et experte de la désinformation en ligne, à propos des fausses déclarations sur le processus électoral américain. «Les gens sont très motivés à la fois à y participer et à les croire.»

Il n’y a eu aucune preuve de fraude généralisée durant les élections de 2020 aux États-Unis. En fait, les responsables électoraux affiliés aux deux partis politiques ont déclaré publiquement que l’élection s’était bien déroulée et les observateurs internationaux ont confirmé qu’il n’y avait pas eu d’irrégularités graves.

Les problèmes soulevés par l’équipe de M. Trump et ses alliés surviennent à chaque élection: des problèmes liés aux signatures, aux enveloppes secrètes et au cachet postal sur les bulletins de vote par la poste, ainsi que la possibilité qu’un petit nombre de bulletins de vote aient été erronés ou perdus. Mais alors que Joe Biden a l’avantage sur Donald Trump par des marges substantielles dans les principaux États clés, aucun de ces problèmes potentiels ne pourrait avoir d’impact sur le résultat des élections. Bon nombre des contestations judiciaires soulevées par le camp Trump ont été rejetées par des juges, certaines quelques heures seulement après avoir été déposées.

Mais M. Trump, qui incite depuis des mois ses partisans à douter de l’intégrité des élections avec de fausses histoires de bulletins de vote «jetés dans les rivières» et des tweets sans fondement mettant en garde contre une «élection truquée», a poursuivi son assaut contre la validité du vote avec plus de 40 messages sur Facebook et Twitter depuis le jour du scrutin.

«C’était une élection volée», a tweeté M. Trump dimanche, au lendemain de l’annonce de la victoire de M. Biden. Ses partisans ont volontiers repris ces allégations sur les réseaux sociaux.

Une hausse de 2800 %

Les tweets et retweets contenant des termes tels que «voler», «fraude», «truqué» et «mort» faisant référence à l’élection américaine ont augmenté de plus de 2800 % du 2 au 6 novembre, selon une analyse de VineSight, une entreprise qui suit la désinformation en ligne. La société a trouvé plus de 1,6 million de retweets contenant certains de ces mots pour la seule journée du 6 novembre.

Les allégations ont changé au cours de la semaine dernière: certaines prétendent que les bulletins de vote remplis avec des marqueurs Sharpie dans l’Illinois, l’Arizona et le Michigan ont été jetés, d’autres reprennent une publication inexacte d’Eric Trump selon laquelle le nombre de votes exprimés dans le Wisconsin dépassait le nombre d’électeurs inscrits.

Ces derniers jours, d’éminents républicains et alliés de Donald Trump ont colporté des affirmations sur les réseaux sociaux voulant que des centaines ou des milliers de votes au nom de personnes décédées aient été comptés dans les États pivots comme la Pennsylvanie ou le Michigan.

Un tweet, partagé plus de 50 000 fois, prétend notamment qu’une femme décédée nommée Donna Brydges a voté aux élections. L’Associated Press s’est entretenue au téléphone avec Mme Brydges la semaine dernière et elle est bien vivante.

Entre le jour du scrutin et lundi, environ cinq millions de mentions de fraude électorale et reprises du slogan «Stop the Steal» (Arrêtez le vol) ont été publiées sur les réseaux sociaux et les sites d’actualités en ligne. La plupart des allégations se concentrent sur des États chaudement disputés comme la Pennsylvanie, la Géorgie et le Michigan, selon une analyse de la société Zignal Labs. Les mentions de fraude électorale n’ont pas diminué depuis le scrutin.

La semaine dernière, alors que M. Biden prenait l’avantage dans la course, des partisans de M. Trump ont rapidement lancé des dizaines de groupes «Stop the Steal» sur Facebook et ont commencé à utiliser la plateforme pour organiser des rassemblements sur ce thème.

Les médias sociaux tentent tant bien que mal de contenir les fausses déclarations liées aux élections américaines.

Facebook a rapidement fermé un groupe «Stop the Steal» qui avait rassemblé plus de 350 000 membres en une seule journée, après que certains membres ont appelé à la violence, et a supprimé d’autres groupes «Stop the Steal». Au cours de la semaine dernière, Twitter a épinglé près d’une douzaine de tweets du président qui contenaient des déclarations fausses ou non prouvées sur une prétendue fraude électorale.

Une migration vers d’autres réseaux sociaux

Une petite faction de militants conservateurs s’est tournée vers des médias sociaux moins connus comme Parler, qui ne modère pas le contenu publié par les utilisateurs aussi étroitement que les grandes entreprises technologiques comme Facebook, YouTube ou Twitter.

Parler compte moins de huit millions d’utilisateurs, mais sa portée augmente rapidement. Mardi, Parler était l’application la plus téléchargée sur l’App Store, suivie de MeWe. Newsmax, un réseau de télévision conservateur, occupait la quatrième place. Selon Sensor Tower, qui suit ces données, Parler a été téléchargé plus de deux millions de fois sur Apple et Android aux États-Unis du 3 au 9 novembre. C’est 31 fois plus que les téléchargements enregistrés la semaine précédente. Au cours de la même période, Newsmax a enregistré 583 000 installations, soit plus de 11 fois plus que la semaine précédente. MeWe a atteint 218 000 installations, soit plus de 14 fois les 15 000 installations enregistrées la semaine précédente.

La conversation des utilisateurs de Parler au cours de la dernière semaine portait sur la fraude électorale et sur une élection prétendument volée à M. Trump.

«Montrez au monde que nous ne laisserons pas les communistes voler la Maison-Blanche», a écrit mardi un utilisateur de Parler, dans l’un des milliers de messages utilisant le mot-clic #StopTheSteal.

Cette migration des utilisateurs vers des médias sociaux moins encadrés pourrait être l’un des inconvénients des efforts de Facebook et Twitter en matière de vérification des faits et de suppression de faux contenus entourant les élections américaines, note la professeure Starbird, experte de la désinformation. «Ce qu’ils ont essayé de faire est louable, c’est pourquoi les gens se tournent vers d’autres plates-formes.»

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