La détention préventive des migrants avec des criminels est dénoncée

TORONTO – L’État ne devrait pas emprisonner des immigrants vulnérables qui n’ont été accusés d’aucun crime, soutient la commissaire en chef de la Commission ontarienne des droits de la personne.

Dans une lettre ouverte, Renu Mandhane demande à Queen’s Park et à Ottawa de modifier cette politique des lois de l’immigration qui permet chaque année la détention de milliers d’étrangers dans des centres correctionnels provinciaux. Certains d’entre eux ont même perdu la vie en détention.

En attendant que le Canada statue sur leur cas, ces étrangers sont détenus à leur arrivée dans des centres correctionnels provinciaux qui hébergent des criminels, rappelle Mme Mandhane. Or, ces centres de détention n’offrent ni les infrastructures ni l’expertise professionnelle pour répondre aux besoins spécifiques des immigrants — notamment les services d’interprètes ou les programmes d’aide aux nouveaux arrivants.

Et l’Agence des services frontaliers du Canada transfère souvent dans les centres de détention provinciaux des immigrants souffrant de problèmes de santé mentale ou des victimes de torture, un séjour particulièrement traumatisant pour ces personnes, note la commissaire.

La Commission ontarienne des droits de la personne n’est pas la seule à demander un changement à cette procédure: des organismes de défense des droits civils et de personnes souffrant de maladies mentales militent en faveur d’une réforme du mode de détention de ces immigrants, sans statut pendant qu’Ottawa décide de leur sort. Les Nations unies ont par ailleurs critiqué le Canada à ce sujet.

Un porte-parole du ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a déclaré mardi que l’agence frontalière utilisait les installations provinciales aux endroits où l’on ne trouve pas de centres de détention fédéraux ou dans les cas à haut risque. Le gouvernement cherche des façons d’améliorer le système et révise actuellement le programme, a ajouté le porte-parole.

Le ministre ontarien de la Sécurité communautaire et des Services correctionnel, Yasir Naqvi, a également indiqué que la province révisait actuellement tous ses services correctionnels, et que la détention de migrants faisait partie de cette analyse. Il a cependant rappelé que les provinces n’ont rien à dire lorsque l’Agence des services frontaliers du Canada transfère des migrants pour une détention préventive provisoire.

Dans un rapport publié l’an dernier, la faculté de droit de l’Université de Toronto recommandait notamment la détention des migrants dans des centres plus appropriés à cette clientèle non criminelle, qui permettrait par ailleurs la visite régulière de la Croix-Rouge.

Alors que la commissaire Mandhane rendait publique mardi sa lettre ouverte aux ministres fédéral et provincial, les proches d’un migrant chilien mort en détention le mois dernier en Ontario demandait des réponses à leurs nombreuses questions. Francisco Javier Romero Astorga est mort au centre correctionnel Maplehurst à Milton. Selon les proches, les autorités refusent de divulguer les résultats de l’autopsie pratiquée sur le corps et les circonstances du décès.

M. Astorga serait le quatorzième migrant à mourir en détention au Canada depuis 2000 et le septième depuis trois ans, selon l’organisme End Immigration Detention Network.

Le mois dernier encore, Melkioro Gahungu, un réfugié de 64 ans reconnu coupable de l’homicide de sa femme, s’est suicidé dans un centre de détention de Toronto en attendant sa déportation vers le Burundi.