Le pape s’excuse officiellement pour le rôle de l’Église dans les pensionnats

MASKWACIS — Le pape François a officiellement présenté des excuses aux survivants des pensionnats pour Autochtones et à leurs familles pour le rôle que l’Église catholique romaine a joué dans ces établissements.

«Je demande humblement pardon pour le mal commis par de nombreux chrétiens contre les peuples autochtones», a lancé le pape lundi à Maskwacis, en Alberta, où il a visité l’ancien site du pensionnat Ermineskin, l’un des plus grands au pays.

Après un moment de recueillement sur le site de l’ancien pensionnat, le pape s’est rendu à Maskwa Park, une enceinte circulaire qui est souvent utilisée pour les pow-wow. Des milliers de survivants des pensionnats et membres de leurs familles étaient présents.

À la suite d’une grande entrée traditionnelle des chefs, sous le son des tambours et des chants traditionnels, le pape a prononcé ses excuses officielles tant attendues des membres des Premières Nations, des Inuits et des Métis.

«Bien que la charité chrétienne ait été présente et qu’il y ait eu de nombreux cas exemplaires de dévouement envers les enfants, les conséquences générales des politiques liées aux écoles résidentielles ont été catastrophiques», a-t-il affirmé en espagnol, sa langue maternelle.

«Ce que la foi chrétienne nous dit, c’est qu’il s’agissait d’une erreur dévastatrice, incompatible avec l’Évangile de Jésus-Christ. Il est douloureux de savoir que ce socle solide de valeurs, de langue et de culture, qui a donné à vos peuples un authentique sens d’identité, s’est érodé, et que vous continuez à en subir les conséquences. Face à ce mal indigne, l’Église s’agenouille devant Dieu et implore le pardon des péchés de ses enfants.»

La pape François affirme qu’il est important de se souvenir des politiques dévastatrices d’assimilation. Il dit que les politiques ont marginalisé les peuples autochtones et les ont privés de leur langue et de leur culture.

Il admet également que cela a affecté de manière indélébile les relations entre les parents et leurs enfants et les grands-parents et leurs petits-enfants.

Le premier ministre Justin Trudeau et la gouverneure générale Mary Simon, ainsi que d’autres dirigeants politiques et autochtones, étaient présents. Le pape était assis au milieu d’une scène toute blanche, entouré de quatre chefs.

On estime que 150 000 enfants autochtones ont été contraints de fréquenter les pensionnats, où la négligence et les abus physiques et sexuels étaient fréquents. Plus de 60 % de ces écoles étaient gérées par l’Église catholique.

Au cours de ses excuses, le pape a reconnu que même si souhaitée par plusieurs, sa visite pourrait raviver des souvenirs douloureux chez les nombreux survivants. Il a toutefois estimé qu’elle était essentielle.

«Je suis ici parce que la première étape de ce pèlerinage pénitentiel au milieu de vous est celle de renouveler la demande de pardon et de vous dire, de tout mon cœur, que je suis profondément affligé: je demande pardon pour la manière dont, malheureusement, de nombreux chrétiens ont soutenu la mentalité colonisatrice des puissances qui ont opprimé les peuples autochtones.

«Je suis affligé. Je demande pardon, en particulier, pour la manière dont de nombreux membres de l’Église et des communautés religieuses ont coopéré, même à travers l’indifférence, à ces projets de destruction culturelle et d’assimilation forcée des gouvernements de l’époque, qui ont abouti au système des écoles résidentielles», a mentionné le Saint-Père.

Les paroles du pape étaient traduites en anglais par un prêtre. Lors des moments les plus importants du discours, la foule a applaudi, forçant l’interprète à prendre quelques pauses.

Pendant ce temps, certaines personnes ont préféré demeurer silencieuses et laisser leurs yeux fermés durant cet instant important. Certains survivants ont échappé des larmes devant l’ampleur du moment.

Les applaudissements les plus nourris sont toutefois survenus après le discours. Lors d’une dernière chanson, le chef Wilton Littlechild a déposé une coiffe traditionnelle à plumes sur la tête du pape, qui a paru surpris sur le coup, mais qui a ensuite affiché un large sourire.

M. Littlechild espère que la visite du pape favorisera un chemin vers la justice, la guérison, la réconciliation et l’espoir.

«Nous espérons sincèrement que notre rencontre de ce matin et les mots que vous partagez avec nous feront écho à la véritable guérison et au véritable espoir pour les générations à venir», a-t-il mentionné lors d’un discours adressé au pape.

En début de soirée, le pape François a été accueilli par des tambours et des chants à l’église du Sacré-Cœur des Premiers Peuples à Edmonton. Il s’est dit heureux de visiter cette église qui accueille des Autochtones et des allochtones.

Il a soutenu que l’Église du Sacré-Cœur des Premiers Peuples est un lieu pour tous, tout comme l’Église catholique devrait l’être.

Le Saint-Père a mentionné que cela lui faisait mal de penser que les catholiques ont contribué à des politiques d’assimilation qui ont privé les gens de leur culture et de leur identité.

Une première étape

En réaction à ces excuses, le Congrès des peuples autochtones s’est dit heureux d’entendre le pape reconnaître le rôle que l’Église a joué dans les «innombrables atrocités dans les pensionnats».

«Il est temps que l’Église catholique fasse les investissements nécessaires pour aider à garantir que les individus et les communautés puissent guérir», a cependant rappelé son chef national, Elmer St. Pierre.

Eileen Clearsky, de la première nation de Waywayseecappo au Manitoba, a tenu des photos de sa mère et de son père pendant les excuses. Elle voulait honorer ses parents, qui étaient tous deux des survivants, et trouver une forme de guérison pour sa famille.

«C’est un long voyage pour découvrir qui nous sommes à cause de l’héritage que les pensionnats ont laissé derrière nous», a rappelé Mme Clearsky.

L’une des survivantes, Evelyn Korkmaz, dit qu’elle a attendu 50 ans pour entendre les excuses de l’Église catholique romaine et maintenant que le jour est venu, elle en veut encore plus.

Mme Korkmaz, qui a été forcée de fréquenter le pensionnat pour les enfants autochtones Sainte-Anne à Fort Albany, en Ontario, a dit qu’elle est heureuse d’avoir vécu assez longtemps pour entendre ces excuses historiques.

Beaucoup de membres de sa famille, de ses amis et de ses camarades de classe sont morts de suicide ou de la toxicomanie avant d’avoir pu en être témoins.

Elle espère également entendre une sorte de «plan de travail» du souverain pontife sur la façon dont l’église doit se réconcilier avec les peuples autochtones.

«Une partie importante de ce processus consiste à mener une sérieuse recherche sur la vérité du passé et à aider les survivants des écoles résidentielles à entreprendre des chemins de guérison pour les traumatismes subis», a souligné le pape.

Le ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, a déclaré que les excuses du pape aux peuples autochtones doivent être «le début et non la fin».

Il ajoute qu’il reste du travail à faire, notamment obtenir des documents de l’Église catholique afin que les survivants puissent tourner la page et avoir une image complète du système des pensionnats. M. Miller affirme que le gouvernement fédéral a un rôle à jouer.

Dans un communiqué transmis en soirée, le premier ministre Justin Trudeau a déclaré avoir une pensée pour les «enfants qui ont été arrachés à leur famille et privés de leur enfance». Il a ajouté que «les conséquences intergénérationnelles des pensionnats se font encore sentir (…), car les Survivants, leur famille et leur communauté continuent de subir les traumatismes qui en résultent».

Pour M. Trudeau, la réconciliation doit être «l’affaire de tous les Canadiens». «Il nous appartient de faire preuve d’ouverture, d’écouter et de partager. Il nous incombe de voir nos différences non pas comme un obstacle, mais comme une occasion d’apprendre, de mieux nous comprendre et de passer à l’action», a-t-il soutenu.

Le chef de la nation Alexis Nakota Sioux, Tony Alexis, a déclaré que les excuses du pape avaient provoqué l’ouverture d’une blessure et que cela ne pouvait tout simplement pas rester comme ça.

Il a déclaré lors d’une conférence de presse, aux côtés d’autres chefs et survivants du Traité no 6, que «vous ne pouvez pas simplement vous excuser et vous en aller».

Le chef de la première nation de Frog Lake, Greg Desjarlais, a déclaré que le pape avait présenté des excuses aussi significatives que possible.

Mais il dit que le pape François a pu les présenter dans sa langue maternelle – l’espagnol – tandis que le chef est incapable de parler la langue de son peuple.

Avant son discours, le pape s’est recueilli en silence devant le cimetière de la Nation Crie, où les restes d’élèves des pensionnats sont probablement enterrés.

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