La deuxième vague rappelle la situation exacerbée des femmes victimes de violence

OTTAWA — Si les autorités ont demandé à la population de rester à la maison pendant la pandémie de COVID-19, le domicile n’est pas un endroit sûr pour les femmes victimes de violences conjugales, rappelle Silvia Samsa, directrice générale de Women’s Habitat, un organisme de la région de Toronto qui fournit un refuge aux femmes et aux enfants fuyant la violence conjugale.

Son organisation gère aussi une ligne d’aide téléphonique.

«Nous avons eu une femme qui nous a appelés depuis les toilettes d’une épicerie, raconte Mme Samsa. Il devient de plus en plus difficile pour les femmes de planifier en toute sécurité une façon de quitter la maison.»

La ministre de l’Égalité des genres, Maryam Monsef, souligne que la pandémie de COVID-19 a exacerbé les conditions qui rendent les femmes et les enfants vulnérables à la violence fondée sur le sexe.

Elle dit que c’est ce qui amène le gouvernement fédéral à multiplier par deux le financement d’urgence promis aux organismes qui viennent en aide à ces victimes. Cet argent s’ajoute à un autre programme de 50 millions $ déjà annoncé en mars.

«Notre gouvernement a vu qu’il y avait là un risque depuis le début du mois de mars», a soutenu Mme Monsef.

L’organisme dirigé par Mme Samsa a reçu environ 64 000 $ du gouvernement fédéral au tout début de la pandémie.

«Cet argent du gouvernement fédéral nous a vraiment aidés», fait-elle valoir.

Mme Monsef mentionne que le gouvernement s’était associé à environ 1500 organismes travaillant avec des femmes et des enfants dans tout le pays.

«[Les organismes] ont pu garder leurs portes ouvertes, assurer la sécurité de leur personnel et des femmes qui s’y réfugient.»

La ministre a conseillé à ces victimes de ne pas hésiter à aller chercher de l’aide. «Il y a de l’aide pour vous. Parlez à quelqu’un en qui vous avez confiance et recherchez le soutien.»

Leah Morgan, directrice générale de l’organisme ontarien Alternatives pour les femmes constate une baisse des appels sur la ligne de crise de l’organisme. Elle est toutefois convaincue que la violence conjugale a augmenté, selon les données publiées par le service de police local.

De nombreuses femmes ont été isolées à la maison avec leurs agresseurs et leurs enfants, de sorte qu’elles ont très peu de chances de demander du soutien, explique-t-elle.

Les données de Statistique Canada indiquent qu’une femme sur 10 est très ou extrêmement préoccupée par la possibilité de violence à la maison pendant la pandémie de COVID-19.

Mme Morgan a déclaré que les membres du personnel avaient l’habitude de prévoir du temps pour joindre les femmes victimes de violence lorsque leur partenaire est absent, mais que la pandémie a réduit ces occasions.

De nombreuses mères qui ont quitté leur partenaire sont incapables de prendre des rendez-vous ou même de trouver du temps pour des conseils par téléphone parce qu’elles sont occupées à s’occuper d’enfants qui ne sont pas à l’école ou à la garderie, ajoute-t-elle.

«Ces femmes ne peuvent pas tendre la main, avance Mme Morgan. C’est le défi le plus préoccupant pour les femmes vivant dans des foyers violents en ce moment.»

Le fait de pouvoir encore plus discuter publiquement de la violence fondée sur le sexe est l’une des rares bonnes choses qui se sont produites pendant la pandémie, a souligné Mme Monsef. «Je suppose que c’est l’une des rares consolations de cet horrible virus», a-t-elle lancé.

Selon la ministre, il faudra mettre en oeuvre un plan à plus long terme pour s’attaquer au problème.

«La question de la violence fondée sur le sexe n’est pas une question de femmes en soi. C’est une question de santé publique, de sécurité publique.»

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