La disparition de la glace de mer arctique certains étés serait devenue «inéluctable»

WINNIPEG — Un nouveau rapport rédigé par des dizaines de scientifiques internationaux indique qu’il est inévitable que l’Arctique perde toute sa couverture de glace de mer en été au moins une fois au cours de la prochaine génération — et probablement beaucoup plus souvent.

«On a franchi ce seuil», a déclaré Pamela Pearson, l’une des principales rédactrices du rapport sur l’état de la cryosphère, rendu public lundi lors de la conférence sur le climat «COP27», en Égypte. «La perte de glace de mer en été est désormais inéluctable.»

Cette perte, qui devrait se produire au moins une fois d’ici 2050, sonne la transformation de tout un écosystème de couverture de glace de mer à l’année. Ses impacts, allant des perturbations météorologiques dans le monde entier à l’élévation du niveau de la mer et à l’acidification des océans, commencent à peine à être compris, a rappelé la professeure Pearson. «Nous ne savons pas comment le système réagira.»

Les auteurs de l’étude s’appuient sur la convergence croissante de diverses modélisations de la calotte glaciaire et des recherches sur l’historique climatique de la planète. Ces études tendent à démontrer ce que les paléoclimatologues prédisent depuis des décennies: la perte de glace et l’élévation irréversible du niveau de la mer pourraient se produire plus rapidement que prévu jusqu’ici — mais aussi à des températures plus basses.

Le rapport conclut que même avec un réchauffement climatique limité à 1,5 °C – l’objectif actuel de l’accord de Paris –, l’Arctique sera parfois entièrement découvert certains étés. À un réchauffement de 1,7 °C, cette condition serait courante à la fin de la saison de fonte. Et à 2 °C, la glace de mer disparaîtrait de juillet à octobre.

Les conséquences de cette disparition risquent d’être désastreuses pour les plantes et les animaux de l’Arctique. De gros mammifères comme les ours polaires et les morses chassent sur la banquise, et les minuscules créatures, qui forment la base du réseau trophique arctique, s’accrochent à la glace de mer.

«C’est le récif de corail de l’Arctique», a résumé Mme Pearson, directrice de l’International Cryosphere Climate Initiative.

Les Inuits et d’autres habitants du Grand Nord partout au Canada dépendent donc pour se nourrir de cet écosystème — ce «réseau trophique». Mais ils ne sont pas les seuls susceptibles d’être touchés par la perte de glace de mer.

Des impacts ailleurs dans le monde

La plupart des scientifiques pensent désormais que la diminution de la banquise est liée à des phénomènes météorologiques extrêmes ailleurs dans le monde, comme des inondations, ainsi qu’à des catastrophes climatiques sur le plus long terme, comme des sécheresses, a déclaré la professeure Pearson.

De plus, l’acidification de l’océan Arctique devrait s’accélérer. Ce phénomène, causé lorsque les océans absorbent plus de gaz carbonique de l’atmosphère, a déjà un effet sur les coquillages.

Les mers du Nord plus chaudes augmenteront aussi probablement les émissions de méthane, un très puissant gaz à effet de serre, qui sera libéré par la fonte du pergélisol.

Le réchauffement climatique accélérera aussi, probablement, la fonte de la calotte glaciaire du Groenland, selon le rapport. Même à un réchauffement de 1,5 °C, le niveau de la mer devrait augmenter d’au moins un mètre au cours du siècle à venir, estime-t-on.

Les signes avant-coureurs sont là, a déclaré Mme Pearson. Il a plu en Antarctique en mars dernier, lorsque les températures étaient de 40 °C au-dessus de la normale. La fonte de la calotte glaciaire du Groenland a culminé en septembre pour la toute première fois. Les Alpes ont perdu plus de cinq pour cent de leur glace en un seul été.

Alors que s’amorce la conférence «COP 27», dans la station balnéaire égyptienne de Charm el-Cheikh, Mme Pearson estime que les dirigeants internationaux ont beaucoup de pain sur la planche. Plusieurs pays se sont engagés à être carboneutres d’ici 2050, mais cela signifie qu’ils devront réduire de moitié leurs émissions d’ici 2030, rappelle Mme Pearson.

«Nous ne le voyons pas encore dans la réalité. Beaucoup de ces promesses sont vraiment vagues. Aucun pays au monde n’est sur la bonne voie pour réduire de moitié ses émissions», dit-elle.

Il est temps pour les pays de se retrousser les manches, lance Mme Pearson. «La glace se fiche pas mal de vos cibles.»

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