La famille d’un détenu québécois mort en Floride veut des réponses

MONTRÉAL — La famille d’un détenu québécois mort dimanche en Floride souhaite obtenir des réponses sur l’état de sa cellule d’isolement et sur ses derniers mois de détention.

Sacha Bond, originaire de Gatineau, était détenu à l’établissement correctionnel Apalachee, en Floride. Il avait été transporté d’urgence, dans le coma, à l’hôpital de Tallahassee, où il était sous assistance respiratoire depuis la mi-juillet. On a débranché le respirateur le 31 juillet mais il a vécu pendant deux semaines, jusqu’au 16 août, deux semaines avant ses 36 ans.

Dans sa dernière lettre à la famille, le 5 juillet, Sacha Bond soutenait qu’il avait été placé dans une cellule d’isolement mal ventilée et couverte de moisissure noire sur les murs. Sa mère, Diane Lévesque, croit que ces conditions de détention ont causé sa mort.

«C’était difficile à vivre, de voir mon propre fils mourir devant moi», a-t-elle déclaré depuis la Floride, où elle attend de pouvoir récupérer la dépouille de son garçon avant de rentrer au Québec. Elle attend également les résultats d’une autopsie qu’elle a demandée à un service privé. Mais pour elle, cette mort «soudaine» a été causée «par cette cellule, cet endroit où ils l’ont mis».

40,6 degrés de fièvre

Sacha Bond avait écrit à sa mère qu’on l’avait placé en isolement parce qu’il refusait de retourner dans son ancienne cellule pour une question de sécurité. Il écrivait le 5 juillet qu’en cellule d’isolement, il faisait très chaud et qu’il avait des éruptions cutanées à cause des moisissures. «Ça devrait être illégal. Je ne sais pas quoi faire pour sortir d’ici», écrivait-il. Le 13 juillet, effondré dans sa cellule, avec une fièvre de 40,6 degrés Celsius, il a été transporté d’urgence à l’hôpital.

Les Services correctionnels de la Floride n’ont pas répondu à une demande de renseignements supplémentaires sur la mort de M. Bond.

Son frère aîné, Éric, a déclaré que sa famille avait contacté le consulat sur ses conditions de détention et que les autorités canadiennes avaient accepté d’envoyer quelqu’un. Or, selon lui, c’est ce diplomate, et non l’établissement, qui a, par hasard, informé la famille que Sacha Bond avait été hospitalisé.

Éric Bond a cru d’abord que son jeune frère avait été victime d’un coup de chaleur, mais on a diagnostiqué par la suite des lésions cérébrales irréversibles, une insuffisance rénale et hépatique et une infection du sang.

«C’est comme regarder quelqu’un se faire broyer dans un compacteur de déchets, au ralenti — c’est ce que je ressentais», a déclaré Éric Bond depuis sa résidence de Montréal.

Voies de fait dans un bar

En 2004, Sacha Bond, qui avait alors 19 ans, était en vacances avec sa famille dans les Keys lorsqu’il a été arrêté pour voies de fait graves dans un bar de danseuses. Personne n’a été blessé dans l’altercation, mais selon sa famille, le jeune homme a refusé de conclure un accord de plaidoyer et il a subi son procès sous quatre chefs de tentative de meurtre. Reconnu coupable, il a été condamné à une peine de 20 ans de prison.

Le gouvernement canadien aurait accepté à deux reprises son transfert au Canada, selon sa famille, mais les autorités de la Floride auraient catégoriquement refusé.

Affaires mondiales a indiqué cette semaine dans un communiqué qu’il travaillait à recueillir des informations supplémentaires et fournissait une assistance consulaire à la famille, sans donner plus de détails pour des raisons de confidentialité.

Éric Bond croit qu’Ottawa aurait pu en faire plus pour contester le refus des autorités américaines de transférer son frère au Canada. Il estime que Sacha a été privé de toute dignité même dans la maladie et la mort. Des gardes armés chassaient régulièrement sa mère de la chambre à 19 h et le détenu, dans le coma, avait toujours les menottes. «Sacha était toujours enchaîné au lit trois heures après sa mort et ma mère a été expulsée de la chambre à 19 h: il est mort à 20 h 07.»

Selon M. Bond, la négligence et la cruauté ont conduit à la mort de son frère, qui aurait pu être libéré d’ici deux ans, selon sa famille.

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