La FCCQ veut une «impulsion politique pour dépolitiser le débat» sur l’immigration

QUÉBEC — La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) demande de «dépolitiser» l’enjeu de l’immigration et une définition claire de la «capacité d’accueil».

Elle se dissocie du seuil de 80 000 nouveaux arrivants par an qui avait été lancé par un regroupement de leaders patronaux dont elle faisait partie la semaine dernière. Cette sortie avait relancé la polémique sur l’immigration.

Le président de la FCCQ, Charles Milliard, réclame qu’on sorte de la «guerre des chiffres» sur le «seuil idéal», de la controverse qui a cours sur le nombre d’immigrants que le Québec devrait accueillir dans le contexte de la pénurie de main-d’œuvre. 

«Cela m’inquiète que ça devienne un sujet de campagne électorale extrêmement émotif, parce que l’immigration est un sujet toujours polarisant», a-t-il déclaré en entrevue avec La Presse Canadienne vendredi. 

«Ça prend une impulsion politique pour dépolitiser le débat», a-t-il résumé. 

Pourtant, la semaine dernière, la FCCQ faisait une sortie avec d’autres leaders économiques patronaux pour réclamer davantage d’immigrants, afin de combler les besoins de personnel, soit 80 000 par an, voire 90 000 – c’est-à-dire 30 000 à 40 000 de plus que le seuil officiel de 50 000 fixé par le gouvernement Legault. 

«On ne sait pas, c’est quoi, le chiffre exact, a plaidé M. Milliard. Je ne suis pas là pour critiquer le chiffre de mes collègues.»

M. Milliard souhaite maintenant qu’on définisse d’abord ce qu’est la capacité d’accueil du Québec, pour chaque région, avec des paramètres clairs, sur la disponibilité des services publics, comme la francisation, des places en CPE, des médecins de famille, des infrastructures de loisirs, des transports publics, etc. 

«Chaque fois qu’on s’entend sur un critère, une variable évaluée pour mesurer la capacité, on diminue le jeu politique, puis on risque de s’entendre davantage et d’en faire un sujet qui est moins polarisant, a-t-il argué. Après ça, il y aura toujours des idéologies politiques, et ça c’est correct. On est en démocratie.»

Il souhaite un forum avec les représentants des régions, du monde économique et du milieu socio-communautaire pour cet exercice de collecte de données et de décision. Par la suite, il serait possible de calculer objectivement la capacité d’accueil du Québec, selon M. Milliard. 

Par ailleurs, la FCCQ déplore que les consultations publiques qui devaient avoir lieu cet été sur la planification pluriannuelle des seuils d’immigration ont été repoussées à l’année prochaine par le gouvernement Legault, après les élections.  

«Imaginez-vous, le bonheur d’avoir une campagne électorale où on aurait pas ce sujet clivant dans les pattes», a-t-il suggéré. 

Durant toute la semaine, les enjeux de l’immigration ont fait les manchettes. 

Après la sortie des associations patronales, le Parti québécois avait remis en question leur revendication sur la hausse des seuils et avait appelé à un «débat objectif et serein», fondé sur des «données scientifiques».

Puis, le gouvernement caquiste et le PQ ont demandé au fédéral la fermeture du chemin Roxham, cette voie d’entrée irrégulière pour les demandeurs d’asile en provenance des États-Unis. 

Le premier ministre François Legault a rapporté qu’une centaine de nouveaux arrivants franchissaient ainsi la frontière chaque jour et que cette pression sur les services publics était insoutenable pour le Québec. 

Le chef caquiste a reproché à la cheffe de l’opposition, Dominique Anglade, de vouloir hausser les seuils et de faire sien le chiffre de 70 000 immigrants par année, qu’elle avait repris lors de la période de questions.

M. Legault avait rappelé que le seuil est actuellement fixé à 50 000, mais qu’il y a 18 000 personnes qui ont été ajoutées pour faire un rattrapage par rapport à l’année 2020, où la barre est tombée à 26 000, en raison de la fermeture des frontières au pire de la pandémie.

Radio-Canada a par ailleurs calculé que dans les faits, le Québec allait accueillir au bas mot 100 000 immigrants, toutes catégories confondues: 70 000 immigrants réguliers; une trentaine de milliers de travailleurs étrangers temporaires; et au moins 8000 personnes interceptées jusqu’à maintenant après être passées par le chemin Roxham. 

Selon des données récentes, il y aurait pas moins de 240 000 postes à combler partout au Québec et les milieux économiques font pression pour que le gouvernement Legault admette davantage d’immigrants. 

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