La Fondation David Suzuki réclame une meilleure justice environnementale

MONTRÉAL — Les communautés défavorisées, qui font déjà face à différentes formes d’inégalités, doivent supporter un fardeau inéquitable et disproportionné de dommages et de risques environnementaux, selon un nouveau rapport de la Fondation David Suzuki qui demande aux gouvernements de poser des gestes concrets pour une meilleure justice environnementale.

Claudel Pétrin-Desrosiers est médecin dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal et dans le cadre de sa pratique clinique, les questions de justices environnementales reviennent fréquemment.

«J’ai des patients qui me rappellent régulièrement l’importance d’avoir des espaces naturels de qualité et de proximité et ils ont l’impression de ne pas y avoir accès au même titre que les autres, et il y a beaucoup d’inquiétudes concernant certains projets comme celui de Ray-Mont Logistiques qui est une nuisance possible au niveau de la qualité de l’air, de la pollution sonore et de la perte d’espace collectif.»

Le projet de cour de transbordement de conteneurs de Ray-Mont prévoit 300 000 mouvements de conteneurs chaque année, soit 1000 voyagements de camions par jour qui entrent et sortent du site. À cela, il faut ajouter la circulation des nombreux trains.

C’est l’un des exemples de projets qui causent des injustices environnementales cités dans le rapport «Pour une justice environnementale québécoise: réalités, arguments, pistes d’actions», écrit par Léa Ilardo de la Fondation David Suzuki et auquel la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers a collaboré.

Le rapport fait également référence à la population du quartier Notre-Dame, l’un des secteurs les plus défavorisés de la ville de Rouyn-Noranda situé tout près de la Fonderie Horne qui émet de nombreux polluants atmosphériques, dont certains dépassent les normes du gouvernement. Le rapport souligne que cette communauté connaît une hausse des taux de cancers, de retards de croissance intra-utérins et de maladies pulmonaires obstructives chroniques de même qu’une réduction globale de l’espérance de vie.

La Fondation David Suzuki donne également en exemple le secteur de la Basse-Ville, Limoilou et Vanier à Québec, «où vit une population majoritairement à faible revenu, (qui) est aux prises avec des problèmes persistants de bruit, poussières, odeurs et camionnage, et de contaminants (nickel, plomb, mercure, dioxines et furanes) engendrés par les industries lourdes» du secteur. 

Vulnérables aux changements climatiques

Le rapport soutient que si la présence d’industries polluantes laisse facilement entrevoir les risques pour la santé des populations qui vivent à proximité, «l’absence de végétation ou de climatisation constitue tout autant une menace pour la santé, notamment lors d’une vague de chaleur».

L’Organisation mondiale de la santé identifie les vagues de chaleur parmi les principaux risques sanitaires liés aux changements climatiques et selon la Fondation David Suzuki, on trouve à Montréal des îlots de chaleur dans 73 % des quartiers avec le plus faible statut socioéconomique, comparativement à seulement 20 % dans les quartiers avec le statut socioéconomique le plus élevé.

Le rapport rappelle que la majorité des Montréalais morts à cause des conséquences de la chaleur accablante de la canicule de l’été 2018 habitaient dans un îlot de chaleur.

«Le rapport met en lumière qu’il y a des enjeux de pouvoirs qui sous-tendent les enjeux de justice environnementale. Souvent, les personnes qui subissent le plus les conséquences sont celles qui ont le moins de voix dans l’espace public», a indiqué Claudel Pétrin-Desrosiers.

Communautés autochtones

Selon l’étude de la Fondation David Suzuki, les injustices environnementales affectent de manière disproportionnée des communautés racisées ou autochtones.

Les communautés autochtones «sont aux prises avec un fardeau disproportionné de problèmes de santé et d’exposition à des contaminants environnementaux».

Parmi les exemples cités, le rapport souligne les préoccupations de la Première Nation de Long Point vis-à-vis les projets de mines de lithium, en Abitibi-Témiscamingue.

«Étant donné que les communautés autochtones, à faible revenu et racisées, sont déjà en moins bonne santé que les autres en raison des déterminants structurels de la santé (insécurité alimentaire, insécurité des revenus et pauvreté, faible niveau d’éducation, faible accès aux soins de santé, discrimination et exclusion, faible filet de sécurité sociale, etc.), les polluants environnementaux et les maladies liées au climat compromettront davantage leur santé et leur bien-être», peut-on lire dans le document.

L’auteure Léa Ilardo indique que les communautés «Inuit sont aussi de plus en plus exposées aux maladies liées à la nourriture et à l’eau, ainsi qu’aux maladies vectorielles et aux maladies zoonotiques» en raison des changements climatiques.

«On peut soigner les symptômes, mais ce que ce rapport-là essaye principalement de mettre en avant, c’est qu’on doit absolument s’attaquer aux causes et donc aux facteurs de risque», a indiqué en entrevue Mme Ilardo.

Recommandations

Le rapport soumet une série de recommandations au gouvernement du Québec pour s’attaquer à ces facteurs de risques.

La première est d’adopter une loi visant à faire progresser la justice environnementale, ce qui permettrait «d’élaborer une stratégie pour lutter contre les injustices environnementales» et «d’augmenter la recherche et la collecte de données» sur ce type d’injustices.

Il est également recommandé de mettre sur pied un comité consultatif sur le sujet et de modifier la Charte des droits et libertés de la personne «afin de reconnaître le droit à un environnement sain et respectueux de la biodiversité».

À ce sujet, l’avocate Anne-Sophie Doré, qui a collaboré au rapport, est d’avis «qu’il faut revoir la hiérarchie des droits» pour donner au droit à un environnement sain «une portée aussi grande que les droits fondamentaux surtout lorsqu’on considère qu’il y aura possiblement plus d’atteintes en raison de la crise climatique et de la crise de la biodiversité qui sont à nos portes et dont on ressent déjà les effets».

Concernant les Autochtones, Léa Ilardo recommande «d’adopter une loi afin de mettre en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones au Québec, tel qu’amorcé au Canada et en Colombie-Britannique» et de mettre en œuvre le Principe de Joyce.

Le Principe de Joyce, nommé ainsi en mémoire de Joyce Echaquan, vise à garantir à tous les Autochtones un droit d’accès équitable, sans aucune discrimination, à tous les services sociaux et de santé, dans le respect des connaissances traditionnelles des Autochtones en matière de santé.

Parmi les autres recommandations, la Fondation David Suzuki suggère aussi d’améliorer la participation du public dans la prise de décision en environnement en finançant la participation citoyenne dans le cadre des consultations publiques menées par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Selon le rapport, les populations marginalisées et défavorisées sont sous-représentées lors des audiences publiques et des consultations sur l’environnement.

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