La Fonderie Horne compte atteindre 15 ng/m3 en 2027 et veut l’aide du gouvernement

MONTRÉAL — La Fonderie Horne compte investir 500 millions $ pour atteindre un seuil d’émission d’arsenic de 15 nanogrammes par mètre cube (ng/m3) en 2027, comme l’ont demandé la santé publique et le ministère de l’Environnement.

Les dirigeants de Glencore ont confié que des pourparlers avec le gouvernement ont lieu pour obtenir de l’aide de l’État afin d’arriver au seuil imposé. 

Claude Bélanger, chef des opérations de cuivre en Amérique du Nord de Glencore, a expliqué qu’un investissement d’un demi-milliard fera de la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda, «l’une des fonderies de cuivre émettant le moins d’émissions au monde».

Des cibles intérimaires

Avant d’atteindre la limite de 15 ng/m3 à l’été 2027, la fonderie projette d’arriver à une cible de 65 ng/m3 en 2023 et de 45 ng/m3 en 2025.

Selon les modélisations effectuées par l’entreprise, 84 % du périmètre urbain de Rouyn-Noranda «obtiendrait une concentration de 3 ng/m3 ou moins» en 2027, ce qui correspond à la norme québécoise.

Les dirigeants de la fonderie ne sont toutefois pas en mesure d’indiquer comment et quand ils pourraient éventuellement atteindre la norme québécoise pour l’ensemble de la ville.

À ce sujet, le premier ministre François Legault a réagi en marge d’un point de presse dans les Laurentides.

«Il faut regarder ce qui est possible techniquement», a indiqué le premier ministre en ajoutant que «l’objectif au Québec demeure 3 nanogrammes, maintenant, à 15 nanogrammes, la santé publique dit que c’est sécuritaire».

La députée solidaire de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien, a pour sa part fait valoir que les exigences du gouvernement sont trop basses et ne suffisent pas pour protéger la population.

«Si la CAQ était ambitieuse et avait une once de courage politique, elle serait beaucoup moins complaisante avec la fonderie et on aurait bien mieux que 15ng d’ici 2027. Combien de sacrifices sur leurs santés les gens de Rouyn-Noranda devront faire ces cinq prochaines années à cause du laxisme de la CAQ?», a réagi la députée de Québec solidaire.

Des pourparlers pour une aide de l’État

Le chef des opérations de cuivre en Amérique du Nord de Glencore a mentionné que des discussions avec le gouvernement du Québec avaient lieu concernant une éventuelle aide financière pour les travaux de transformation de la fonderie.

«L’ensemble des entreprises, quand ils investissent des fonds aussi importants que ce que nous allons faire, sont toujours en pourparlers avec le gouvernement, c’est ce qui se passe de notre côté, on est au début des pourparlers», a dit M. Bélanger.

Il reconnaît toutefois que Glencore aurait les moyens de financer ses travaux sans l’aide du gouvernement.

«Oui, certainement, c’est pour ça que nos équipes ont débuté, on n’attend pas après le gouvernement, et nos équipes sont déjà pleinement avancées.»

«Pour l’instant, l’entreprise n’a pas fait de demande d’aide au gouvernement», a confirmé François Legault, qui s’était montré ouvert à aider la fonderie il y a quelques semaines, si celle-ci payait «la majeure partie du montant des travaux».

Glencore a une valeur boursière estimée à plusieurs dizaines de milliards de dollars et elle vient de reverser à ses actionnaires 4,5 milliards de dollars supplémentaires après avoir vu ses bénéfices exploser.

Glencore profite, comme l’ensemble du secteur des matières premières, de la période la plus rentable de son histoire alors que l’invasion russe de l’Ukraine a provoqué une flambée des prix des matières premières sur les marchés. 

Trois chantiers

Trois «grands chantiers» sont prévus pour atteindre le seuil de 15 nanogrammes à Rouyn-Noranda, «une transformation fondamentale» selon les dirigeants de la fonderie qui ne prévoient pas une diminution de sa production.

«Nous poursuivons ainsi le travail entamé au cours des 20 dernières années alors que nos émissions d’arsenic dans l’air ambiant ont été réduites de l’ordre de 90 % depuis 2000», a indiqué Claude Bélanger.

Le premier chantier, le plus important, comprend la construction d’une nouvelle section d’usine «à la fine pointe de la technologie».

Ce chantier inclut le projet nommé PHENIX, qui a débuté il y a plusieurs années et qui vise «une  réingénierie complète des procédés de transformation de cuivre».

«L’ajout d’un système d’épuration de l’air de très haute capacité (R3), la construction d’une nouvelle roue de coulée écoénergétique et l’aménagement d’une zone de transition entre la fonderie et le quartier Notre-Dame», font également partie du premier chantier.

La fonderie prévoit que ce volet permettra une diminution d’émissions de 45 à 50 %.

Le deuxième chantier prévoit «des améliorations transitoires des systèmes actuels de captation» et le troisième vise «l’optimisation des installations aux abords de l’usine afin de réduire au maximum les émissions» et inclut l’amélioration de neuf dépoussiéreurs existants.

Consultation publique

Actuellement, une entente avec le gouvernement permet que les émissions de la fonderie atteignent une moyenne annuelle de 100 ng/m3, soit 33 fois plus que la norme québécoise de 3 ng/m3.

Le ministère de l’Environnement doit renouveler la nouvelle attestation «d’ici la fin novembre ou la fin de l’année», a mentionné le ministre Benoit Charette.

La population pourra se prononcer par écrit sur le nouveau seuil de 15 nanogrammes par mètre cube, du 6 septembre au 20 octobre 2022.

Il y a quelques semaines, un rapport de l’INSPQ révélait que, sur une période de 70 ans, entre un et 14 citoyens de Rouyn-Noranda de plus développeraient un cancer si l’entreprise Glencore ne diminue pas la concentration d’arsenic dans l’air produit par la Fonderie Horne.

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