La future stratégie indo-pacifique du Canada prendra ses distances avec la Chine

OTTAWA — La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, recommande aux entreprises canadiennes de ne pas resserrer davantage leurs liens avec la Chine, alors que la stratégie indo-pacifique tant attendue d’Ottawa devrait être dévoilée d’ici un mois. 

Dans un discours prononcé mercredi matin à Toronto, Mme Joly a déclaré que le Canada souhaitait approfondir ses liens avec des pays plus démocratiques et plus fiables dans la région, comme l’Inde.

«Les plaques tectoniques des structures de pouvoir mondiales bougent, a déclaré Mme Joly dans un discours à l’École Munk des affaires mondiales de l’Université de Toronto. Le Canada devrait être clair sur la façon dont nous avons l’intention non seulement de nous engager, mais de diriger.»

Le groupe Service extérieur du Canada sera ainsi chargé de former davantage d’experts en affaires chinoises et de les placer dans des «ambassades clés» à travers le monde. «Cela deviendra le centre de nos efforts diplomatiques», a déclaré Mme Joly.

La ministre a soutenu que la Chine s’écartait de plus en plus des valeurs canadiennes et que les entreprises qui ont des activités dans ce pays étaient donc confrontées à des risques d’ingérence politique et de violation des règles commerciales. «La Chine est une puissance mondiale qui bouleverse de plus en plus l’ordre mondial», a indiqué Mme Joly.

Le Canada, a-t-elle dit, peut travailler avec la Chine sur des enjeux tels que le changement climatique et il poursuivra ses échanges avec ce pays, mais Ottawa craint sérieusement que Pékin ne sape la sécurité, le commerce et la paix dans le monde.

«Le Canada ne s’excusera pas pour ses intérêts nationaux. On ne s’excusera pas de chercher à faire respecter les règles mondiales qui régissent le commerce international, les droits de la personne dans le monde», a-t-elle dit.

Cette posture repose notamment sur «des récits crédibles de violations des droits de la personne et de crimes contre l’humanité» dans la région du Xinjiang contre la minorité musulmane des Ouïghours.

Mme Joly a également parlé de la présence militaire actuelle du Canada dans la région. Elle a suggéré qu’on pourrait se concentrer davantage sur le confinement des frontières maritimes chinoises et la dissuasion contre toute invasion de Taïwan par Pékin.

Durcissement après «les deux Michael»

Ces remarques représentent un tournant majeur pour les libéraux, qui tentaient habituellement d’éviter toute rhétorique hostile à l’égard de Pékin, alors que la Chine a détenu arbitrairement pendant près de trois ans les ressortissants canadiens Michael Spavor et Michael Kovrig.

«Ce que je voudrais dire aux Canadiens qui font des affaires en Chine et avec la Chine: soyez lucides», a déclaré Mme Joly, soulignant «les risques géopolitiques de faire des affaires avec ce pays».

Le discours, parrainé par la Fondation Asie-Pacifique du Canada, un groupe de réflexion gouvernemental, laisse présager une augmentation des dépenses fédérales dans les missions diplomatiques.

«Nous devons à la fois approfondir nos amitiés existantes et chercher de nouveaux alliés, a déclaré Mme Joly, en citant nommément l’Inde. Nous devons être à la table, intensifier notre jeu et accroître notre influence.»

Mme Joly a également déclaré mercredi que la stratégie indo-pacifique du gouvernement canadien serait dévoilée d’ici un mois. Des chefs d’entreprise et d’anciens diplomates faisaient pression pour qu’Ottawa élabore une telle stratégie pour cette partie du globe, que les libéraux ont promis à plusieurs reprises au cours des dernières années.

Mme Joly a dévoilé mercredi cinq grands objectifs de cette stratégie: la paix, la résilience de la chaîne d’approvisionnement, les droits de la personne et des femmes, les changements climatiques, et l’accroissement de la présence du Canada dans le monde.

Mme Joly accompagnera le premier ministre Justin Trudeau lors d’un voyage officiel dans la région à partir de jeudi, avec des sommets au Cambodge et en Indonésie, mais elle ne sera pas du voyage en Thaïlande.

Le chef de l’opposition officielle, Pierre Poilievre, a dit mercredi ne pas être en mesure de commenter la stratégie indo-pacifique du gouvernement parce que les libéraux ne l’ont toujours pas déposée.

En s’adressant aux journalistes depuis Vancouver, le chef conservateur a annoncé que son parti allait convoquer un comité pour enquêter sur les allégations concernant l’ingérence de la Chine dans la campagne électorale fédérale de 2019.

«Le premier ministre était au courant de l’ingérence politique dans nos élections d’un gouvernement étranger depuis janvier et n’a rien fait», a-t-il accusé.

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