La grande hâte de Trump pour un vaccin inquiète un groupe d’experts canadiens

OTTAWA — Les membres du Groupe de travail sur les vaccins contre la COVID-19 mis sur pied par le gouvernement fédéral s’inquiètent des pressions politiques que pourrait exercer l’administration Trump pour faire approuver un vaccin avant le scrutin de novembre.

La coprésidente du groupe, la Dre Joanne Langley, est préoccupée par ceux qui sont réticents à la vaccination. Ce sentiment est partagé par Alan Bernstein, qui fait partie du comité.

Selon la Dre Langley, les gouvernements et les professionnels de la santé devront organiser une campagne d’information vigoureuse pour contre cette réticence lorsqu’un vaccin contre la COVID-19 sera disponible.

Les récentes déclarations du président sortant américain Donald Trump voulant qu’un vaccin puisse être disponible dès le mois d’octobre suscitent des inquiétudes.

Cette précipitation à faire approuver un vaccin à des fins électorales pourrait dissuader des gens à être inoculés plus tard, s’inquiète le groupe composé de 18 experts de la santé, dont le professeur Gary Kobinger, de l’Université Laval, et André Veillette de l’Université de Montréal.

Parmi les missions du Groupe du travail, il y a «la priorisation de projets de vaccins en quête de soutien pour des activités menées au Canada».

La semaine dernière, Donald Trump a réprimandé le directeur de ses Centres pour le contrôle et la prévention des maladies pour avoir déclaré devant un comité sénatorial qu’un vaccin sûr et efficace ne sera pas prêt avant les élections.

«À titre de scientifique, à titre de citoyenne, cela m’inquiète parce que les agences réglementaires sont conçues pour être indépendantes de toute influence politique, rappelle la Dre Langley. Toutes les décisions sont prises sur la base des preuves scientifiques, qui incluent la réponse immunitaire, le degré de protection du vaccin et tous les effets indésirables. Et vraiment, les politiciens n’ont rien à voir avec ça.»

M. Bernstein craint que si les politiciens parvenaient à pousser les agences réglementaires à approuver prématurément un vaccin, cela puisse saper la confiance de la population et l’inciter à ne pas se faire inoculer.

«Ce serait une grosse erreur […]. Quel désastre si nous mettons au point un excellent vaccin, mais que la population ne lui fait pas confiance parce que la décision d’aller de l’avant ou non a été influencée par le politique», souligne-t-il.

Au Canada, le gouvernement fédéral a conclu des accords d’achat anticipé avec une poignée de sociétés internationales de biotechnologie pour des dizaines de millions de doses de vaccins s’ils s’avèrent sûrs et efficaces.

Les politiciens canadiens et les responsables de la santé publique ont déclaré que l’utilisation généralisée d’un vaccin était essentielle pour éradiquer le nouveau coronavirus.

M. Bernstein dit que les décisions d’achat du gouvernement sont fondées sur des recommandations issues des recherches minutieuses menées par son groupe consultatif. Ce groupe de travail relève de la ministre de la Santé Patty Hajdu et du ministre de l’Innovation Navdeep Bains.

«Les deux ministres ont été très consciencieux en nous écoutant, en nous rendant visite, en parlant avec nous, se félicite M. Bernstein. La science dirige les décisions.»

Selon la Dre Langley, il incombe aux gouvernements et aux professionnels de la santé de communiquer aux Canadiens les avantages de recevoir un vaccin sûr lorsque celui-ci sera approuvé pour utilisation.

«Nous voulons nous assurer que le public canadien a la chance de se renseigner sur les normes très élevées qui devront être respectées pour ces vaccins. La population doit être convaincue que ce vaccin sera choisi pour son plus grand intérêt.»

Les deux coprésidents du groupe de travail, la Dre Langley et Mark Lievonen ont passé une demi-journée à informer les ministres fédéraux, lors de leur retraite de deux jours à Ottawa, la semaine dernière.

«Tout y a été question des conséquences de la COVID-19 sur la santé des Canadiens, de ce que nous savons jusqu’à présent, de ce que nous pourrions être en mesure de faire et de ce à quoi l’avenir ressemblera», indique la Dre Langley.

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