La GRC a fait preuve de discrimination contre la mère d’un homme abattu

REGINA — La GRC a fait preuve de discrimination et a causé des souffrances inutiles à une femme dont le fils avait été tué par balles par un fermier, conclut deux enquêtes de la Commission civile d’examen et de traitement des plaintes.

Colten Boushie, un Cri âgé de 22 ans de la Première Nation de Red Pheasant a été abattu en août 2016, alors qu’il était assis dans un VUS stationné sur la ferme de Gerald Stanley près de Biggar, en Saskatchewan.

Un jury a acquitté Stanley de l’accusation de meurtre au deuxième degré, après qu’il eut témoigné avoir tiré des coups de semonce avant que son arme se décharge accidentellement.

Des divisions raciales avaient éclaté en Saskatchewan après la mort de Colten Boushie, et des inquiétudes avaient été soulevées au sujet du traitement réservé par les agents à sa famille et de l’intégrité de leur enquête.

Selon la commission, la façon dont les policiers ont traité la mère de M. Boushie en l’informant de la mort de son fils constitue une discrimination fondée sur la race.

Les agents chargés de l’affaire ont agi avec les «meilleures intentions du monde» pour assurer la sécurité publique et porter des accusations après la mort de Colten Boushie, a pour sa part déclaré la GRC dans un communiqué publié samedi soir, précisant qu’elle avait demandé un examen externe.

La commission a procédé à deux examens de l’enquête policière, l’un dans le cadre d’une enquête d’intérêt public et l’autre en réponse à une plainte de l’oncle de Colten Boushie, Alvin Baptiste.

Dans les deux cas, le chien de garde a déclaré que la GRC avait fait des faux pas lors de sa première interaction avec la famille, lorsque les agents ont informé Debbie Baptiste que son fils était décédé.

Selon les rapports, des agents n’ont pas seulement omis de lui donner de l’information sur le sort de son fils, mais ils ont interrogé Debbie Baptiste et fouillé des endroits de sa maison où personne ne pouvait se cacher. Un policier a même vérifié un micro-ondes où elle avait placé le repas de son fils.

La commission reproche aux policiers d’avoir montré peu de respect et de compassion pour la détresse et le deuil de Mme Baptiste. Elle souligne qu’ils ont aggravé sa souffrance en la traitant comme si elle leur mentait. Elle a détaillé comment un agent lui a demandé si elle avait bu tandis qu’un deuxième lui a prescrit de «se ressaisir».

«Après avoir passé la soirée à craindre que quelque chose ne soit arrivé à son fils et à voir ses pires craintes se réaliser, Mme Baptiste a vu sa maison encerclée par un grand nombre de policiers armés et a dû subir ce traitement de la part des membres de la GRC qui sont restés avec elle à la maison pendant environ 20 minutes », a écrit la commission.

«Elle s’est alors retrouvée avec un souvenir durable et douloureux de ses interactions avec la GRC et peu de réponses sur ce qui était arrivé à son fils.»

En examinant la plainte déposée par la famille, la commission a constaté que la gendarmerie avait causé de l’angoisse aux proches de Colten Boushie un jour après la fusillade par la façon dont elle avait rapporté l’incident au public.

Le rapport découlant de la plainte de la famille, obtenu par La Presse Canadienne, indique que la victime ne semblait pas avoir quitté le véhicule qui a conduit sur la propriété de l’agriculteur ni touché à ses biens.

La commission, cependant, a estimé que le communiqué de presse initial se concentrait principalement sur des infractions contre les biens présumées et a omis de mentionner qu’une personne avait été arrêtée pour meurtre.

Quelques autres communiqués ont été publiés par la suite pour clarifier les détails, ce qui, selon le chien de garde, a permis au public d’obtenir des informations fragmentaires.

«Selon l’approche utilisée par la GRC, le meurtre de M. Boushie  pourrait être perçu comme étant justifié ou « mérité « – un récit qui a immédiatement émergé sur les médias sociaux après la publication de la nouvelle de la mort», a-t-elle déclaré.

«Cela a alimenté les tensions raciales sur les réseaux sociaux et dans la communauté.»

La commission a fait 47 conclusions dans son examen d’intérêt public. Parmi elles, il y avait la conclusion que deux policiers avaient agi de manière inappropriée lorsqu’ils assistaient à une cérémonie à la mémoire de Colten Boushie pour informer ses proches de l’enquête criminelle, ce qui a encore endommagé leur relation déjà tendue avec la famille de la victime.

Le rapport indique que les agents ont commencé à parler à la mère de Colten Boushie lorsqu’ils l’ont vue à l’extérieur du salon funéraire, qu’elle a quitté après l’ouverture du cercueil.

«Permettre aux membres de la famille de bénéficier de quelques dernières heures de paix avant que leur être cher ne soit inhumé n’aurait pas sapé la nécessité de s’assurer qu’ils soient informés de l’enquête», a déclaré la commission.

La commission a également conclu que la GRC n’avait pas suivi les procédures appropriées pour protéger le véhicule sur la propriété de l’agriculteur après le drame, entraînant «la perte de preuves et de traces de sang».

En tout, la commission a formulé 17 recommandations découlant de l’enquête d’intérêt public, notamment qu’une formation à la sensibilisation culturelle soit rendue obligatoire pour les employés de la GRC, ce qui, selon elle, n’a pas toujours été le cas.

La gendarmerie a déclaré samedi que la plupart des recommandations de la commission avaient été complétées et qu’elle s’attend à ce que tous les employés de la Saskatchewan terminent leur formation de sensibilisation culturelle d’ici le 1er avril.

Entre-temps, le chef de la Fédération nationale de la police, qui représente 20 000 agents de la GRC, a remis en question certains aspects du document.

Brian Sauve a déclaré que la commission avait fait des «conclusions générales» sur les agents en se basant sur le contexte historique et social de la relation de la GRC avec les peuples autochtones et il a remis en question «l’expertise et la méthodologie» utilisées pour déterminer que les agents avaient fait preuve de discrimination.

«Ceci est généralement réservé à un tribunal des droits de l’homme qui ne relève pas du champ d’application de la Commission civile d’examen et de traitement des plaintes», a-t-il déclaré.

Brian Sauve a noté que la commission a conclu que l’enquête policière était, de façon générale, professionnelle et raisonnable.

La commission a indiqué que la commissaire de la GRC, Brenda Lucki, avait accepté les conclusions du rapport au sujet du comportement policier envers la mère de Colten Boushie.

On peut lire qu’elle ne conteste pas que la manière avec laquelle des policiers ont appris à Mme Baptiste la mort de son fils manquait de sensibilité et démontrait un manque de jugement.

La commission déplore que Mme Lucki soit demeurée discrète sur les véritables enjeux de cette affaire, accordant plus d’importance à des technicalités. 

Pour elle, la réaction de la commissaire de la GRC peut être considérée «comme une occasion manquée» par la GRC pour accepter la responsabilité de la façon dont la famille de M. Boushie a été traitée.

Une porte-parole de la Fédération des nations autochtones souveraines a déclaré que la famille de Colten Boushie avait demandé qu’on respecte sa vie privée. Des proches prévoyaient lundi prendre la parole à l’occasion d’une conférence de presse.

Les avocats qui la représentent ont publié une déclaration dans laquelle ils affirment que la légitimité de la GRC dépend de ses relations avec les citoyens, notamment les Autochtones.

«Les relations entre la GRC et les peuples autochtones sont arrivées au bord d’un gouffre sous l’oeil de la population», a déclaré Me Chris Murphy avant d’ajouter que «la GRC décidera si elles y tomberont.»

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