La GRC doit être plus transparente avec le public, selon la commissaire Lucki

HALIFAX — La Gendarmerie royale du Canada (GRC) doit améliorer sa façon de communiquer tant à l’interne qu’avec la population, a avoué sa commissaire Brenda Lucki lors de son témoignage devant la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur la tuerie de masse d’avril 2020 en Nouvelle-Écosse.

«Nous devons être en mesure de mieux communiquer, tant à l’interne qu’à l’externe», a reconnu Mme Lucki lors d’une audience de l’enquête qui se penche sur les circonstances entourant le massacre des 18 et 19 avril 2020 au cours duquel un homme armé conduisant une réplique de voiture de police a commis 22 meurtres en 13 heures.

Mme Lucki a estimé que la division locale de la GRC en Nouvelle-Écosse a mis trop de temps avant de dévoiler publiquement certains détails concernant la tuerie. Elle a aussi mentionné que les policiers sont demeurés trop vagues dans les informations qu’ils divulguaient, selon elle, surtout dans les jours qui ont suivi les meurtres.

Les journalistes et les résidents ont dû attendre jusqu’au 28 avril pour que la police fournisse des détails sur la façon dont les meurtres ont eu lieu.

«Si le personnel local de la GRC avait fourni continuellement des informations, au fur et à mesure qu’elles entraient, il n’aurait peut-être pas eu besoin d’avoir une grande conférence de presse», a mentionné Mme Lucki, ajoutant qu’elle se rend compte, avec le recul, qu’il aurait été utile d’envoyer davantage de personnel de communication sur place pour aider.

À la suite de la conférence de presse du 28 avril 2020, Mme Lucki a critiqué les agents locaux pour leur décision de ne pas rendre publiques des informations détaillées sur les armes semi-automatiques utilisées par le tueur.

Sa réaction a suscité des accusations d’ingérence politique: certains agents de la GRC — et des partis d’opposition fédéraux — laissant entendre qu’elle avait subi des pressions politiques directes de la part du ministre fédéral de la Sécurité publique pour que les détails soient publiés. Elle a nié à plusieurs reprises avoir subi des pressions politiques.

Mardi, Mme Lucki a témoigné qu’on lui avait assuré, avant la réunion du 28 avril 2020, que les détails sur les armes seraient divulgués.

Elle n’avait pas été informée, cependant, d’un courriel qui avait été envoyé ce jour-là au sous-commissaire Brian Brennan, qui a été informé que les enquêteurs de la GRC ne voulaient pas que ces détails soient publiés.

«Avec toutes les informations qui circulaient, je n’étais pas au courant», a-t-elle témoigné.

Mme Lucki a aussi déclaré que ce n’est qu’en juin de cette année qu’elle a vu le «rapport sur le bien-être» qui avait été préparé pour la GRC concernant sa division de la Nouvelle-Écosse. Le rapport du groupe de consultants établi à Ottawa, Quintet Consulting, a été achevé en septembre 2021.

«J’ai été surprise qu’il soit sorti depuis des mois, comme six à huit mois, et que je n’en fusse pas informée», a soutenu la commissaire.

Le rapport comprenait des commentaires de membres du personnel qui ont déclaré qu’il y avait des «dysfonctionnements» à la Division H avant la fusillade de masse et qu’ils se sentaient abandonnés par leurs supérieurs à la suite des meurtres.

Le résumé, rendu public cette semaine par l’enquête, comprenait également des entretiens confidentiels décrivant les principaux dirigeants régionaux comme «une petite clique d’officiers» qui se soutiennent mutuellement dans le groupe, mais dont les autres sont «traités comme des étrangers».

L’avocate de la Commission, Rachel Young, a demandé à la commissaire Lucki pourquoi le rapport n’avait pas été partagé avec les commandants en Nouvelle-Écosse et que la direction générale à Ottawa n’y avait pas donné suite.

«Je pense juste que quelqu’un a failli à la tâche ou qu’il est tombé à travers les mailles du filet parmi 100 autres choses», a-t-elle souligné.

Mme Lucki a soutenu qu’en juillet, un plan d’action était en préparation pour répondre aux conclusions du rapport.

Des regrets

Mardi également, l’enquête a publié une transcription d’un entretien qui a eu lieu le 4 août entre Mme Lucki et des avocats de l’enquête. Au cours de l’entrevue, la commissaire a déclaré que la GRC doit devenir une organisation plus transparente.

La transcription de 131 pages de l’entretien inclut ses regrets concernant une réunion du 28 avril 2020 avec le personnel régional, neuf jours après les meurtres. La commissaire Lucki avait réprimandé le personnel pour sa décision de ne pas divulguer des informations détaillées sur les armes semi-automatiques utilisées par le tueur.

Elle a nié à plusieurs reprises les allégations selon lesquelles elle voulait que ces détails soient connus en raison de la pression politique des libéraux fédéraux, qui travaillaient sur une législation concernant le contrôle des armes à feu.

Mme Lucki a dit que ses pressions pour lever le voile à propos des informations sur les armes du tueur étaient liées à son désir d’être plus transparente avec le public.

«Quand vous parlez de culture, notre culture est d’être moins transparent. Nous retenons les choses parce que nous le pouvons», a-t-elle affirmé aux avocats de l’enquête.

La commissaire Lucki a dit dans son entrevue qu’elle est allée trop loin en critiquant ses subordonnés épuisés, lors de l’appel du 28 avril 2020. «Quand j’y pense avant d’aller au lit, honnêtement, je ne peux pas dormir», a-t-elle soutenu.

«Nous avons toujours pensé que parce que des choses faisaient l’objet d’une enquête, nous ne pouvions pas divulguer des choses. Ce n’est plus le cas. Il y a des choses qui peuvent être divulguées même dans le cadre d’une enquête. Nous devons simplement nous assurer que ce qui est divulgué ne fait pas compromettre (l’enquête)», a-t-elle fait valoir.

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