Trudeau «énormément préoccupé» par de possibles postes de police chinois au Québec

OTTAWA — Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, se dit «énormément» préoccupé par de présumés postes de police chinois établis à Montréal et Brossard.

«C’est un enjeu qui nous préoccupe énormément et ça souligne à quel point les cibles primaires de l’ingérence étrangère, c’est justement les communautés de diaspora, les communautés d’origine chinoise ou iranienne qui sont ici au Canada», a-t-il dit jeudi en mêlée de presse à son arrivée à la réunion du conseil des ministres.

M. Trudeau a noté que son gouvernement est au courant depuis «bien des mois» du problème des postes de police chinois à travers le pays.

«On est en train de s’assurer que la GRC est en train de faire des suivis là-dessus et que nos systèmes de renseignement prennent ça au sérieux», a-t-il ajouté.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a confirmé le matin même que l’Équipe intégrée de la sécurité nationale du Québec avait ouvert des enquêtes sur les centres dans la province.

La GRC a indiqué que des Canadiens d’origine chinoise étaient victimes de possibles activités de ces centres. Le corps de police a assuré qu’il ne tolérera aucune forme d’intimidation, de harcèlement ou de ciblage préjudiciable. 

Dans un courriel, le sergent Charles Poirier de la GRC a précisé que le corps policier menait des actions «visant à détecter et à perturber ces activités criminelles soutenues par un État étranger et pouvant menacer la sécurité de personnes vivant au Canada».

La nouvelle, qui avait d’abord été relayée par le «Journal de Montréal», signifie que le Québec serait lui aussi ciblé par ces présumés postes de police clandestins.

Selon l’organisation espagnole Safeguard Defenders, trois de ces centres seraient établis dans la région du Grand Toronto, a-t-on appris au début novembre. En tout, il y aurait plus de 50 sites du genre dans le monde.

Le groupe de défense des droits de la personne soutient que ces stations sont utilisées pour persuader des personnes que la Chine prétend être des fugitifs vivant à l’étranger de retourner en Chine pour faire face à des accusations.

«Complètement inacceptable»

Le sujet a rebondi en après-midi à la période des questions où le chef conservateur, Pierre Poilievre, a réclamé en vain un registre de l’influence étrangère.

«Il (M. Trudeau) est au courant de ces menaces depuis des années. Il a eu beaucoup de temps pour consulter déjà. Donc, quand, la date s’il vous plaît, aurons-nous un registre de l’influence étrangère?», a-t-il envoyé.

Le premier ministre, en ignorant sa question, lui a répondu qu’il est «complètement inacceptable» que des pays étrangers tentent «de surveiller, d’intimider ou de menacer» des Canadiens.

«Tout le monde devrait se sentir en sécurité dans ce pays et on ne va pas ménager aucun effort pour protéger les Canadiens contre les agissements inacceptables des États autoritaires hostiles», a-t-il affirmé.

Plus tôt en journée, le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, a insisté sur le fait que les forces de l’ordre mènent ces opérations «de manière indépendante du gouvernement élu».

Mais, a-t-il insisté, leur «vigilence» et leur «lucidité» dans la lutte contre l’ingérence étrangère et la protection des institutions «s’appuient sur le bilan très solide de ce gouvernement» qui leur a fourni «les ressources, les autorités, les mesures» nécessaires.

Ingérence électorale

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a dressé un lien entre ces prétendus postes de police et l’ingérence électorale. 

«C’est un phénomène qui est très, très grave, a-t-il dit dans le foyer de la Chambre des communes. Notre crainte, c’est que ça joue un rôle dans la prochaine élection et dans le contexte d’un gouvernement minoritaire.» 

Il a alors à nouveau réclamé une enquête publique et indépendante, comme s’époumonent aussi à le demander les conservateurs et les néo-démocrates. Or, le gouvernement Trudeau propose plutôt de nommer un «rapporteur spécial» qui tranchera si c’est la bonne formule. 

En matinée, le leader du gouvernement à la Chambre, Mark Holland, a affirmé qu’«absolument» il discute de noms avec les partis d’opposition.  

Mais M. Blanchet a affirmé qu’il veut «d’abord» que M. Trudeau «reconnaisse» que c’est une enquête publique à travers le mandat du rapporteur. Quant à une liste de propositions, le chef bloquiste a dit ne pas en avoir eu vent. «Si le premier ministre veut me parler d’une liste de noms (…) il a mon numéro de téléphone», a-t-il résumé. 

Au Nouveau Parti démocratique (NPD), le chef adjoint, Alexandre Boulerice, a qualifié de «choquant, (…) plus que préoccupant (…) que des agents d’un État étranger viennent ici faire de l’intimidation, faire de la pression, peut-être des menaces» auprès de citoyens ou de ressortissants chinois.

«Je pense qu’il n’y a aucun pays dans le monde qui peut accepter ça, aucune démocratie dans le monde qui peut accepter ça, a-t-il dit. Puis oui, ça amène de l’eau au moulin sur le fait que ça prend une enquête publique indépendante.»

La GRC affirme prendre «très au sérieux les menaces à la sécurité des personnes vivant au Canada» et a dit être «au courant que des États étrangers peuvent chercher à intimider des collectivités ou des personnes au Canada ou à leur causer du tort».

La GRC a d’ailleurs invité toute personne qui s’estimerait victime d’intimidation ou de harcèlement à le signaler à une ligne téléphonique dédiée: le 514-939-8301.

Quelques semaines après les révélations initiales, M. Trudeau et le président chinois Xi Jinping ont eu un échange tendu en marge du sommet du G20, à Bali. Le bureau du premier ministre avait déclaré aux journalistes que M. Trudeau avait discuté des inquiétudes concernant «l’ingérence» chinoise au Canada.

Le président chinois Xi Jinping avait ensuite rabroué le premier ministre Trudeau, mais le ministère chinois des Affaires étrangères a ensuite nuancé, plaidant que le président n’avait critiqué personne et que c’était le Canada qui était irrespectueux et condescendant.

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