Les deux sikhs arrêtés par erreur à Ottawa n’ont pas été contactés par la police

OTTAWA — La police d’Ottawa soutient qu’elle a contacté les dirigeants de la communauté sikhe de la ville et les rencontrera plus tard cette semaine pour obtenir leurs commentaires sur la réponse de la police à la fausse alerte à la bombe qui a conduit à l’arrestation de deux organisateurs d’un rassemblement sikh près de la colline du Parlement, samedi dernier.

Mais les deux hommes qui ont été arrêtés vivent dans la région de Montréal et disent n’avoir eu aucune nouvelle de la police d’Ottawa depuis leur libération, samedi. Ils soutiennent aussi qu’ils n’ont pas été informés que des policiers rencontraient la communauté sikhe d’Ottawa.

Manveer Singh et Parminder Singh ont décidé de sortir sur la place publique pour défendre leur réputation et tenter d’en savoir plus sur ceux qui ont donné ces fausses informations à la police — et pourquoi ils l’ont fait.

Parminder Singh a déclaré qu’il faisait appel à la police d’Ottawa, à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) pour expliquer ce qui s’est passé. «J’ai vraiment besoin de savoir qui est derrière tout ça», a déclaré Parminder Singh, qui vit à Pierrefonds, dans l’ouest de l’île de Montréal.

Harpreet Hansra, un autre organisateur du rassemblement de samedi, a demandé à la police d’Ottawa de présenter des excuses publiques aux deux hommes. Il appuie aussi la demande de l’Organisation mondiale des sikhs du Canada pour la tenue d’une enquête sur le faux «tuyau» transmis aux policiers.

Le Service de police d’Ottawa a par ailleurs déclaré que la GRC menait une enquête sur la fausse alerte à la bombe qui a conduit à l’arrestation des deux hommes. Le chef par intérim de la police d’Ottawa, Steve Bell, a communiqué cette information dans une lettre adressée mardi soir à la Commission de services policiers d’Ottawa.

Le chef Bell indique que pendant cette enquête de la GRC, la police d’Ottawa est limitée dans ce qu’elle peut dévoiler sur les circonstances entourant l’incident de samedi. Mais il ajoute que le corps policier s’efforcera de fournir autant d’informations que possible pour «assurer une transparence».

Selon M. Bell, la police d’Ottawa est consciente de l’impact que l’intervention policière a pu avoir sur les personnes arrêtées. «Nous avons contacté les dirigeants de la communauté sikhe d’Ottawa et nous les rencontrerons plus tard cette semaine pour recueillir leurs commentaires et discuter de la réponse de la police d’Ottawa et des processus opérationnels dans ces circonstances, écrit-il. Notre relation avec la communauté sikhe est importante pour nous.»

La GRC n’a pas confirmé mercredi qu’une telle enquête était en cours. Un porte-parole de la GRC a rappelé que pour des enjeux de confidentialité et des raisons opérationnelles, la police fédérale ne confirme jamais les détails liés aux enquêtes criminelles tant que des accusations n’ont pas été portées.

Un permis de rassemblement

Dans la lettre à la Commission de services policiers, le chef Bell indique que lorsque l’enquête de la GRC sera terminée, la police d’Ottawa examinera l’affaire et les commentaires de la communauté pour voir comment elle peut améliorer sa réponse à des incidents similaires.

Il explique que la «menace détaillée et spécifique» concernant l’utilisation potentielle d’explosifs dans le secteur de la colline du Parlement «était compliquée par des facteurs temporels liés à un événement planifié». Il soutient que la police a agi sur la base d’informations reçues afin d’assurer la sécurité publique. Il assure qu’elle a agi «de bonne foi», et «aussi rapidement et efficacement que possible», pour enquêter sur la menace.

Les organisateurs du rassemblement, organisé en souvenir des victimes du massacre de sikhs en 1984 en Inde, avaient obtenu un permis en bonne et due forme pour tenir l’événement sur la colline du Parlement. À leur arrivée, on leur a annoncé que le secteur était bouclé en raison d’une menace permanente, et ils se sont alors rendus sur la pelouse de la Cour suprême, tout près.

Mais un peu plus tard, Manveer Singh et Parminder Singh soutiennent que la police les a arrêtés et leur a dit que leurs noms étaient liés à une grave alerte à la bombe sur la colline du Parlement. 

Selon Manveer Singh, qui vit à Vaudreuil-Dorion, à l’ouest de l’île de Montréal, la police lui a affirmé qu’elle détenait des «informations crédibles» le liant à la menace. «Quelle était cette information crédible qui a conduit la police à m’arrêter?», demande-t-il aujourd’hui. 

La police a fouillé les véhicules des deux hommes à la recherche d’explosifs, avant de leur passer les menottes et de les emmener au poste, où ils ont été obligés de retirer leur turban et ont été interrogés par des enquêteurs, ont-ils raconté. Manveer Singh a également dû retirer d’autres symboles religieux, notamment un bracelet d’acier («kara») et le kirpan.

Les deux hommes ont déclaré qu’en les libérant, la police s’était excusée en expliquant qu’ils avaient été victimes d’un «canular terroriste».

Le parlement a également été évacué pendant que la police enquêtait samedi sur la base de leur «tuyau». Après plusieurs heures, la police a déclaré qu’aucune menace pour la sécurité publique n’avait été trouvée et que le secteur était rouvert.

Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière des Bourses de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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