La GRC envisage le port de caméras par ses policiers du Nunavut

IQALUIT, Nunavut — La GRC du Nunavut étudie la possibilité que ses agents soient équipés de caméras portatives alors que la tension monte entre les policiers et les communautés majoritairement inuites du territoire.

Plusieurs leaders de l’Arctique se sont prononcés pour le port de caméras.

«Notre surintendante principale Amanda Jones est en pourparlers avec le gouvernement du Nunavut au sujet des caméras portées sur le corps», a déclaré mercredi le caporal de la GRC Jamie Savikataaq dans un courriel.

«La commandante appuie l’utilisation de caméras portées sur le corps», a-t-il précisé.

Plus tôt cette semaine, une vidéo a fait surface sur les médias sociaux dans laquelle on peut apercevoir un agent de la GRC à Kinngait, anciennement Cape Dorset, utilisant la porte d’un véhicule de patrouille en mouvement pour renverser un homme apparemment intoxiqué.

L’agent fait l’objet d’une enquête et a été renvoyé de la communauté à la pointe sud de l’île de Baffin.

Des personnes ont affirmé qu’un tel comportement n’est qu’un exemple de maintien de l’ordre par un corps policier déconnecté et méprisant à l’égard des personnes qu’il est censé servir.

«C’est de ce genre de choses dont je parle. Des choses qui se passent lorsque nous ne les surveillons pas», a déclaré David Qamaniq, un député à la législature du Nunavut, dont le fils Kunuk a été tué par balle par des agents de la GRC en 2017.

M. Qamaniq poursuit le corps policier, l’une d’au moins deux poursuites auxquelles la GRC fait face pour son traitement des Inuits. Une action collective distincte a été déposée en décembre 2018 alléguant que la GRC dans les trois territoires du Nord a régulièrement agressé et maltraité des Autochtones.

M. Qamaniq est l’un des nombreux leaders de l’Arctique qui ont réclamé le port de caméras par les policiers. La députée néo-démocrate du Nunavut, Mumilaaq Qaqqaq, le maire d’Iqaluit, Kenny Bell, et le sénateur du Nunavut, Dennis Patterson, ont fait de même.

«(De tels incidents) ne sont que trop courants dans le Nord», a soutenu M. Patterson, qui a indiqué que la GRC a été impliquée dans deux décès au Nunavut jusqu’à présent cette année.

«Je m’inquiète de la confiance du public — de la rétablir avec la GRC.»

Mardi, la ministre de la Justice du Nunavut, Jeannie Ehaloak, a déclaré qu’elle trouvait scandaleuse la vidéo tournée à Kinngait.

«Je suis très préoccupée par la force inutile, la violence et le manque de respect», a-t-elle mentionné dans un communiqué.

En janvier, l’organisation nationale des femmes inuites a publié un rapport estimant que les Autochtones du Nord sont confrontés à des services de police qui font du «racisme systémique». Pauktuutit Inuit Women of Canada estimait que les agents ne passent pas assez de temps dans les communautés ou ne parlent pas suffisamment l’inuktut — la langue de la majorité — pour créer un lien de confiance.

Le journaliste indépendant Thomas Rohner a répertorié 14 décès d’Inuits depuis la création du Nunavut en 1999 qui sont survenus sous la garde de la GRC ou après une interaction avec des policiers.

En 2015, l’Assemblée législative du Nunavut a commandé un rapport sur les inconduites policières. Le rapport n’a jamais été rendu public.

Cette même année, une lettre du service d’aide juridique du Nunavut suggérait qu’il disposait d’informations sur 30 cas de recours excessif à la force. À l’époque, la présidente du service a déclaré qu’il y avait eu 27 affaires civiles déposées entre 2014 et 2017.

Le Nunavut est une région difficile pour un policier. Les taux de crimes violents et de sévices sexuels sont les plus élevés au pays. Il y a également de graves problèmes de toxicomanie.

M. Patterson a louangé les efforts de Mme Jones pour créer des liens avec les communautés du Nunavut et pour recruter plus d’agents inuits à la GRC.

Lors du dernier dénombrement en 2019, la GRC du Nunavut comptait trois policiers inuits parmi ses 120 policiers. Aucun détachement n’offre de service en inuktut.

Il est peut-être temps pour les caméras portatives, a déclaré la porte-parole du ministère de la Justice du Nunavut, Jessica Young.

«Le ministère de la Justice appuie un projet pilote de caméras portatives au Nunavut», a-t-elle indiqué dans un courriel.

«Le ministère attend actuellement une étude de faisabilité mise à jour de la GRC visant à cerner les exigences techniques, logistiques et financières.»

Les policiers de la région arctique du Québec utilisent de telles caméras.

«Il en retourne de la sécurité de toutes les personnes impliquées», a soutenu le maire Bell dans un communiqué, promettant de présenter le dossier au conseil municipal d’Iqaluit mardi afin de faire voter une motion d’appui.

À Ottawa, la ministre fédérale des Affaires intergouvernementales, Chrystia Freeland, a déclaré que toute forme de violence policière était inacceptable.

«C’est un moment où nous tous, dans notre pays, devons réfléchir à la fois à ce que nous faisons et aux actions et mesures spécifiques que nous pouvons prendre pour lutter contre le racisme», a-t-elle déclaré.

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