La GRC songeait à mener une opération d’espionnage à l’aéroport de Toronto

OTTAWA — Les services de renseignement de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ont conçu un projet secret pendant la Guerre froide afin de photographier à l’aide d’un appareil caché dans des mallettes des communistes et des responsables soviétiques qui transitaient par l’aéroport de Toronto, révèlent des documents déclassifiés.

L’idée de capter subtilement des images de ces visiteurs particuliers a été élaborée en novembre 1964. Le projet a été consigné dans une note rédigée par un membre du service de renseignement de la GRC dans laquelle il parle de faire appel à l’aide d’une escouade policière spéciale mobilisée à l’aéroport international de Toronto.

Cette escouade, qui comptait des policiers provinciaux et municipaux, devait maintenir à jour une liste des déplacements de tous les criminels notoires, en scrutant les passagers de chaque vol de 6 h 00 aux petites heures de la nuit.

D’après ce qu’on peut lire dans la note, une coopération avec cette escouade «pourrait s’avérer profitable» pour le service du renseignement de la GRC, avançait l’agent, en raison des voyages fréquents de membres influents du Parti communiste du Canada, de membres du personnel des ambassades des pays du Bloc de l’est ainsi que de nombreuses autres personnalités d’intérêt pour la GRC.

«Ils utilisent un appareil photographique caché dans une mallette. Ils parviennent à prendre de très bonnes photos», peut-on lire dans la note.

Selon ce projet, c’est la GRC qui aurait fourni aux policiers de l’aéroport une liste de personnes qui avait attiré son attention. La note de la GRC mentionnait notamment le nom d’un membre du consulat cubain à Toronto qui rencontrait souvent à l’aéroport des courriers ou d’autres officiels se dirigeant vers les États-Unis ou une autre ville canadienne.

Dès que l’escouade a pu se familiariser avec l’apparence physique du diplomate cubain, elle a pu noter et photographier ses contacts.

À l’époque, soit deux décennies avant la création du Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS), c’est la GRC qui était responsable de la surveillance des suspects liés à des activités d’espionnage.

La Presse canadienne a obtenu des informations sur le Programme de surveillance photographique de la GRC auprès de Bibliothèque et Archives Canada grâce à la Loi sur l’accès à l’information.

Mauvais accueil

L’idée n’avait pas reçu un accueil favorable dans les hautes sphères de la GRC qui avait préféré confier cette mission à ces propres agents du contre-espionnage et de l’anti-subversion.

Son directeur du service de sécurité et de renseignement de l’époque, William Kelly, était plutôt circonspect. Selon lui, la police fédérale pouvait travailler avec les agents de l’aéroport «uniquement de façon ponctuelle et seulement si nous avons le contrôle complet de l’opération». Il voyait les bénéfices potentiels d’une telle collaboration, mais aussi les problèmes qui «pourraient avoir des conséquences funestes pour nos activités».

Par exemple, les agents des autres corps policiers ne connaissaient pas les procédures de sécurité de la GRC. Ils ne prêtent pas un serment de secret et leurs antécédents ne sont pas vérifiés par la police fédérale, avait-il souligné.

Un autre officier supérieur disait qu’une telle opération aurait des résultats «au mieux marginaux», faisant valoir que la plupart des personnes d’intérêt transitaient habituellement par Montréal plutôt que Toronto. Un autre avait affirmé que ce plan «n’offrait pas à la GRC des gains importants».