La GRC veut surveiller davantage les activités en ligne pour repérer les menaces

OTTAWA — La Gendarmerie royale du Canada souhaite obtenir un outil numérique pour recueillir des données à partir d’une grande variété de sources en ligne, y compris les parties les plus sombres d’internet, ce qui lui permettrait de recueillir des informations sur des menaces telles que des épidémies et des fusillades de masse.

Le logiciel permettrait à un agent de la GRC de recueillir rapidement des données sur les activités d’une personne en ligne, allant de la publication d’un emoji sur Facebook à l’achat d’armes à feu illicites sur le soi-disant «web caché».

«Les médias sociaux et les renseignements publics seront utilisés pour cerner des menaces, répondre à des préoccupations du public», indique l’appel d’offres de la GRC.

L’application aiderait également à «déterminer des enjeux de relations publiques éventuels et améliorer l’information stratégique, opérationnelle et tactique afin de perfectionner le processus décisionnel en cas de crise ou d’événement majeur».

L’offre indique que l’outil devrait inclure un tableau de bord avec des rapports sur les dernières nouvelles, les événements faisant de nombreuses victimes, les attaques terroristes, les épidémies et les catastrophes naturelles.

L’appel d’offres a été publié à la mi-avril, quelques jours seulement avant qu’un homme armé amorce une cavale meurtrière en Nouvelle-Écosse.

Cependant, l’initiative trouve son origine dans une autre tragédie, la fusillade ayant tué trois policiers et en ayant blessé deux autres à Moncton, au Nouveau-Brunswick, il y a six ans.

Un rapport sur les événements a recommandé à la GRC de se procurer un outil de surveillance des médias sociaux en temps réel pour aider à identifier les risques et améliorer la communication publique, a noté la caporale Caroline Duval, porte-parole de la GRC.

«La police doit suivre le rythme de l’émergence de nouvelles technologies pour mieux servir les communautés», a déclaré Mme Duval. «L’analyse des médias sociaux peut appuyer la sécurité publique de diverses manières.»

La GRC utilise déjà de telles informations pour détecter les menaces contre des événements majeurs, des infrastructures ou d’autres lieux, a-t-elle ajouté. Elles ont également aidé à identifier des dangers pour des personnalités publiques et à prévenir des suicides, des fusillades dans des écoles et d’autres gestes criminels discutés sur les réseaux sociaux, a noté Mme Duval.

Cette surveillance de publications en ligne par les policiers a également soulevé des inquiétudes quant au respect de la vie privée.

Une militante de Toronto préoccupée par les abus de l’industrie minière a récemment appris que les policiers avaient compilé un profil de six pages à son sujet, peu de temps après qu’elle se fut présentée à un débat pendant la campagne électorale de 2015.

Rachel Small, une organisatrice du Mining Injustice Solidarity Network, a déclaré que ce profil de la GRC, qui a été découvert des années plus tard par une demande d’accès à l’information, est «plutôt effrayant et troublant».

Le nouvel outil logiciel filtrerait les sources de données et le contenu internet accessibles au public, y compris, mais sans s’y limiter, Twitter, Facebook, les blogues, les forums de discussion, les babillards électroniques, les réseaux sociaux et les sites web de partage de vidéos et d’images.

L’appel d’offres suggère que l’outil doit avoir une portée large, être capable de générer des données à partir de plateformes telles que le site de vente en ligne Groupon et la plateforme de jeu Farmville.

Il explorerait également le contenu trouvé dans des segments moins visibles d’internet, le web caché, qui peuvent échapper aux moteurs de recherche couramment utilisés.

Les efforts de la GRC pour recueillir des informations utiles sur les médias sociaux ont déclenché des discussions avec le commissaire fédéral à la protection de la vie privée, a indiqué le porte-parole de ce dernier, Vito Pilieci.

Le bureau du commissaire a souligné la nécessité pour la GRC d’être transparente avec le public concernant ses activités de surveillance des médias sociaux et l’importance d’une évaluation de l’impact sur la vie privée, une analyse formelle des risques pour les renseignements personnels, a ajouté M. Pilieci.