Poutine jure de poursuivre l’invasion de l’Ukraine jusqu’à atteindre ses objectifs

KYIV, Ukraine — Vladimir Poutine a promis mardi que l’invasion meurtrière de l’Ukraine par la Russie allait se poursuivre jusqu’à ce qu’il ait atteint ses objectifs. Le président russe a de plus soutenu que tout se déroule comme prévu, malgré un repli majeur de ses troupes face à la féroce opposition ukrainienne et la mort de nombreux combattants.

Les troupes russes, contrecarrées dans leur poussée vers la capitale ukrainienne, se concentrent désormais sur la région orientale du Donbass, où l’Ukraine a déclaré mardi qu’elle enquêtait sur une allégation selon laquelle une substance toxique avait été larguée sur ses troupes. La nature de la substance restait incertaine, mais les responsables occidentaux ont averti que toute utilisation d’armes chimiques par la Russie constituerait une grave escalade de la guerre déjà dévastatrice.

La Russie a envahi l’Ukraine le 24 février, dans le but, selon des responsables occidentaux, de prendre Kyiv, de renverser le gouvernement et d’installer un régime favorable à Moscou. Au cours des six semaines qui ont suivi, l’avancée terrestre de la Russie s’est arrêtée, ses forces ont perdu potentiellement des milliers de combattants et l’armée a été accusée d’avoir tué des civils et d’autres atrocités.

Le président Poutine a martelé mardi que son invasion visait à protéger les habitants des régions de l’est de l’Ukraine contrôlées par les rebelles soutenus par Moscou et à «assurer la propre sécurité de la Russie».

Il a déclaré que la Russie «n’avait pas d’autre choix» que de lancer ce qu’il appelle une «opération militaire spéciale», et a promis qu’elle «continuerait jusqu’à son achèvement complet et l’accomplissement des tâches qui ont été fixées».

Le président Poutine a effectué une visite en Extrême-Orient russe mardi, disant que son pays n’avait aucune intention de s’isoler et que les puissances étrangères ne réussiraient pas à l’isoler, malgré une série de sanctions économiques radicales.

La visite de M. Poutine à l’installation de lancement spatial de Vostochny marquait son premier voyage en dehors de Moscou depuis le 24 février.

Pour l’instant, les forces de Vladimir Poutine se préparent à une offensive majeure dans le Donbass, déchiré par les combats entre les séparatistes alliés de la Russie et les forces ukrainiennes depuis 2014, et où la Russie a reconnu les revendications d’indépendance des séparatistes. Des stratèges militaires affirment que les dirigeants russes semblent espérer que le soutien local, la logistique et le terrain dans la région favorisent l’armée russe plus nombreuse et mieux armée, permettant potentiellement à ses troupes de finalement renverser la vapeur en leur faveur.

Des responsables du gouvernement ukrainien ont annoncé l’arrestation de l’oligarque ukrainien en fuite Viktor Medvedchuk, qui est à la fois un leader de l’opposition prorusse et un proche collaborateur de Vladimir Poutine. L’homme serait détenu depuis une opération spéciale menée par le SBU, l’agence de renseignement ukrainienne.

Dans un message sur la chaîne de la plateforme Telegram du Service de sécurité d’Ukraine, son directeur Ivan Bakanov a confirmé que Medvedchuk avait été arrêté. Cette déclaration a été publiée peu après que le président Volodymyr Zelensky eut mis en ligne une photo de Medvedchuk menotté et portant une tenue de camouflage arborant le drapeau ukrainien.

Medvedchuk dirige le parti prorusse «Plateforme d’opposition-Pour la vie». Il était assigné à résidence avant le début de l’invasion russe, mais s’était évanoui dans la nature tout juste avant le début des attaques.

Vladimir Poutine est le parrain de la plus jeune fille d’Ivan Medvedchuk.

10 000 morts à Marioupol

Au moins 10 000 personnes ont été tuées dans la ville ukrainienne assiégée de Marioupol, a indiqué le maire de la municipalité, qui ajoute que des cadavres «tapissent les rues».

La ville a connu certaines des attaques et des souffrances civiles les plus lourdes de la guerre, mais les assauts terrestres, maritimes et aériens des forces russes qui tentent de la capturer limitent de plus en plus les informations sur ce qui se passe à l’intérieur de la ville.

S’adressant lundi par téléphone à l’Associated Press, le maire de Marioupol, Vadym Boïchenko, a accusé les forces russes d’avoir bloqué pendant plusieurs semaines des tentatives d’organisation de convois humanitaires dans la ville, en partie pour dissimuler le carnage. M. Boïchenko a précisé que le nombre de morts à Marioupol pourrait dépasser les 20 000.

M. Boïchenko a également donné de nouveaux détails sur les allégations des responsables ukrainiens selon lesquelles les forces russes auraient amené du matériel de crémation mobile à Marioupol pour se débarrasser des cadavres des victimes du siège. Il a indiqué que les forces russes avaient emmené de nombreux corps dans un immense centre commercial où se trouvaient des entrepôts et des réfrigérateurs.

«Les crématoriums mobiles sont arrivés sous forme de camions : vous l’ouvrez, et il y a un tuyau à l’intérieur et ces corps sont brûlés», a dit le maire.

M. Boïchenko a tenu ces propos depuis le territoire sous contrôle ukrainien à l’extérieur de Marioupol. Le maire a déclaré qu’il disposait de plusieurs sources pour sa description de l’incinération méthodique présumée de corps par les forces russes dans la ville, mais n’a pas dévoilé plus de détails.

La découverte d’un grand nombre de civils apparemment massacrés après le retrait des forces russes des villes et villages autour de la capitale, Kyiv, a déjà suscité une condamnation et des accusations généralisées selon lesquelles la Russie commet des crimes de guerre en Ukraine.

Ses forces se sont retirées après avoir échoué à prendre Kyiv face à une forte résistance ukrainienne, et la Russie dit maintenant qu’elle se concentrera sur le Donbass, une région industrielle à l’est de l’Ukraine. Il y a déjà des signes que l’armée se prépare pour une offensive majeure là-bas.

Le ministère britannique de la Défense a indiqué que les forces russes continuaient de se retirer du Bélarus pour soutenir les opérations dans l’est de l’Ukraine, où il a prévenu que les combats «s’intensifieront au cours des deux à trois prochaines semaines».

Armes chimiques

Des membres du Congrès américain ont affirmé que l’administration Biden et ses alliés ne resteraient pas les bras croisés si l’armée russe utilise des armes chimiques dans son agression de l’Ukraine.

Les élus qui surveillent les développements du conflit, et qui se sont déplacés en Pologne, ont déclaré mardi que les États-Unis enquêtaient sur des allégations selon lesquelles une substance chimique empoisonnée aurait été déversée au-dessus de Marioupol. Ils préviennent toutefois que beaucoup de temps pourrait être nécessaire pour déterminer la nature précise de la substance.

Le démocrate Jason Crow, membre de la Chambre des représentants, a rappelé que l’administration Biden a été très claire sur le fait que «l’utilisation d’armes chimiques ne serait pas tolérée».

Les élus démocrates du Comité de la Chambre sur le renseignement s’attendent à un long conflit en Ukraine. Lors d’une séance d’information pour les médias, ils ont révélé que le Congrès se penchait sur les prochaines étapes à entreprendre comme le déploiement de troupes supplémentaires ainsi que d’autres formes d’aide pour l’Ukraine.

À Washington, le secrétaire d’État Antony Blinken a aussi commenté les allégations en provenance de Marioupol.

«Nous ne sommes pas en mesure de confirmer quoi que ce soit et je ne crois pas que les Ukrainiens non plus, a mentionné M. Blinken. Mais je peux vous dire qu’on a reçu des informations crédibles que les forces russes pourraient utiliser une variété d’agents antiémeute, dont des gaz lacrymogènes mélangés à des substances chimiques qui créeraient des réactions plus sévères pouvant neutraliser les gens.»

«Nous avons partagé cette information avec l’Ukraine et d’autres alliés, a poursuivi M. Blinken. Nous sommes en discussions avec nos partenaires pour déterminer ce qui s’est véritablement passé.»

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a répété, dans un discours lundi soir, l’avertissement selon lequel des armes chimiques pourraient être utilisées spécifiquement à Marioupol.

Un responsable séparatiste allié à la Russie, Eduard Basurin, a semblé exhorter à leur utilisation lundi, déclarant à la télévision d’État russe que les forces séparatistes devraient saisir une usine de métaux géante à Marioupol aux forces ukrainiennes en bloquant d’abord toutes les sorties de l’usine. «Et ensuite, nous utiliserons des troupes chimiques pour les enfumer», a-t-il lancé.

Un régiment ukrainien défendant l’usine avait justement affirmé, sans pouvoir apporter de preuves, qu’un drone avait largué une substance toxique sur la ville. Il a indiqué qu’il n’y avait pas de blessés graves.

L’affirmation du régiment Azov, un groupe d’extrême droite faisant désormais partie de l’armée ukrainienne, n’a pas pu être vérifiée de manière indépendante.

La vice-ministre de la Défense, Hanna Maliar, a déclaré que les autorités ukrainiennes enquêtaient. Elle a dit à la télévision ukrainienne qu’«il y a une suggestion selon laquelle il s’agirait probablement de munitions au phosphore». Le Royaume-Uni a averti que la Russie pourrait utiliser des bombes au phosphore – qui causent d’horribles brûlures et dont l’utilisation dans les zones civiles est interdite par le droit international – à Marioupol.

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