La juge a refusé mercredi de prononcer le nom de l’auteur de l’attentat de Toronto

TORONTO — Lorsque une juge de Toronto a refusé mercredi de nommer l’homme qui a tué 10 personnes et blessé 16 autres en lisant son verdict de culpabilité, elle a expliqué qu’elle ne voulait pas l’aider à accéder davantage à la notoriété, qui avait motivé son déchaînement meurtrier.

En parlant d’Alek Minassian comme «John Doe» — l’équivalent en anglais de «Monsieur X» —, la juge Anne Molloy s’est rangée à l’avis de ceux qui souhaiteraient que la police, les médias et le grand public s’abstiennent de nommer des meurtriers de masse qui sont en quête d’une célébrité même sinistre.

«Cet accusé a commis un crime horrible, l’une des tragédies les plus dévastatrices que cette ville ait jamais connues, dans le but de devenir célèbre», a déclaré la juge Molloy en lisant son verdict de culpabilité sur les 10 chefs de meurtre au premier degré. «Et il a atteint cet objectif: il a dit aux psychiatres qui l’ont évalué que l’attention qu’il avait reçue et les informations disponibles lorsque vous cherchez son nom sur Google le rendent ‘heureux’.»

La juge Molloy a admis que le nom était déjà cité depuis des années dans des documents juridiques et des reportages dans les médias. «Je ne peux rien faire pour revenir en arrière, mais si un cas comme celui-ci devait survenir à l’avenir, je souhaite ardemment que, dès le départ, une attention particulière soit accordée pour qu’on se retienne à publier le nom de l’auteur», a-t-elle dit. 

La police de Toronto avait identifié le suspect de l’attaque au véhicule bélier dès le 23 avril 2018, à peine quelques heures après l’attentat. Après cette date, aucune ordonnance de non-publication n’a été prononcée par le tribunal.

La police publie souvent les noms et les photos des suspects de crime dans l’espoir d’encourager des témoins à se manifester. Le mouvement pour ne pas nommer les personnes accusées de crimes graves a pris de l’ampleur au cours des trois années écoulées depuis l’attentat de Toronto. L’année dernière, le premier ministre Justin Trudeau a exhorté les médias à éviter de mentionner le nom de l’auteur de la tuerie en Nouvelle-Écosse, demandant aux gens de se concentrer plutôt sur les victimes et leurs proches.

Cet appel faisait écho à un souhait de la première ministre néo-zélandaise, en mars 2019: Jacinda Ardern promettait alors de ne jamais prononcer le nom de l’homme qui avait ouvert le feu sur une mosquée de Christchurch, tuant 50 personnes.

La décision de la juge Molloy, mercredi, a plu aux personnes les plus touchées par l’attentat de Toronto, y compris les proches de certaines victimes. «Je n’ai pas utilisé le nom de l’agresseur depuis que c’est arrivé, pour cette même raison», a déclaré Nick D’Amico, dont la sœur Anne Marie D’Amico a été tuée dans l’attentat. 

Elwood Delaney, dont la grand-mère Dorothy Sewell est morte dans l’attaque, songe à effacer le nom de l’auteur de l’attentat sur sa page Facebook. «Plus il parle de ce qu’il voulait en tirer, et plus on comprend qu’il voulait définitivement la célébrité», a déclaré M. Delaney. 

Joe Callaghan, procureur principal dans l’affaire, a également suivi l’exemple de la juge Molloy après le verdict. L’avocat de la défense, de son côté, a déclaré qu’il comprenait pourquoi la juge avait pris cette décision. «Avant que le procès ne commence vraiment, notre position était de ne pas autoriser la publication de certaines vidéos, notamment pour les mêmes raisons qui ont poussée la juge à ne pas prononcer son nom», a déclaré Boris Bytensky.

Laisser un commentaire