La juge ordonne la mise sous scellé d’enregistrements d’Alek Minassian

TORONTO — La juge qui préside le procès dans l’affaire de l’attaque au véhicule-bélier a finalement accepté à contrecoeur de mettre sous scellé des enregistrements vidéos d’Alek Minassian qui s’entretient avec un psychiatre américain. Ce médecin craignait que la publication de ces images incite à la violence.

Bien que les vidéos des rencontres de l’accusé avec le Dr Alexander Westphal ne soient pas rendues publiques, la juge Anne Molloy a permis aux journalistes affectés à la couverture du procès de les visionner lorsqu’elles seront diffusées devant le tribunal. Une salle réservée au public au centre-ville de Toronto permet également aux personnes intéressées de suivre le procès et de voir les enregistrements.

Dr Alexander Westphal avait prévenu la cour qu’il ne témoignerait pas au procès si la juge refusait de mettre ces enregistrements sous scellés. Le psychiatre réclamait également un huis clos au moment de la diffusion des vidéos, ce que la juge Molloy a refusé.

Le problème du tribunal, a expliqué l’avocat de la défense Boris Bytensky, c’est que le Dr Westphal est le seul psychiatre préparé à offrir un témoignage sur la non-responsabilité criminelle de l’accusé dans cette affaire. Sans lui, l’accusé n’aurait eu aucune défense à présenter.

Le 23 avril 2018, à Toronto, Alek Minassian a foncé sur un trottoir bondé de piétons à bord d’une camionnette. Une attaque qu’il a reconnu avoir préparée et exécutée. La défense plaide toutefois que Minassian devrait bénéficier d’un verdict de non-responsabilité criminelle. Il fait face à 10 chefs d’accusation de meurtre au premier degré et à 16 chefs d’accusation de tentative de meurtre.

La juge Anne Molloy a donc convenu d’un compromis face aux exigences du psychiatre américain. Elle a accepté la mise sous scellés, mais a refusé le huis clos. Si d’un côté elle a voulu protéger le droit de l’accusé à un procès équitable, de l’autre elle devait protéger le droit des citoyens et des médias à une justice publique.

La juge était furieuse de voir un témoin la mettre dans une telle position. La situation était d’autant plus délicate que la loi ne lui permet pas de forcer une personne se trouvant à l’extérieur du pays à témoigner.

«S’il était ici, il n’y aurait pas de problème. Je ne l’aurais jamais toléré une seconde. Ce médecin serait mis en état d’arrestation avant qu’il ne puisse cligner des yeux», a pesté la juge Anne Molloy.

Dans les circonstances, elle dit avoir choisi «la moins pire» des options, ajoutant qu’elle est ultimement responsable d’assurer un procès équitable à Alek Minassian.

Un groupe de médias, incluant La Presse Canadienne, a contesté la mise sous scellés, plaidant que les procédures judiciaires doivent être publiques et non se dérouler en secret.

Me Boris Bytensky a déclaré que n’importe quel expert pourrait témoigner du fait que l’un des motifs ayant poussé Alek Minassian à agir était la notoriété. Selon lui, la diffusion des vidéos réaliserait ce souhait.

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