La LHJMQ relance la campagne de prévention du suicide «Parlons-en»

MONTRÉAL — «Je le savais que mon frère sûrement pensait au suicide, mais j’avais peur. Je n’avais pas les mots pour lui en parler. Je n’avais pas l’expertise. J’avais peur de dire le mot suicide.»

Vingt-six ans après le suicide de son frère, Dave Morissette, ex-hockeyeur professionnel et animateur d’émissions sportives, n’a rien oublié de la détresse familiale et de l’incapacité à intervenir pour prévenir le pire.

Après plusieurs années de silence, il a choisi la voie inverse, conscient que la meilleure prévention, c’est justement d’en parler. Aujourd’hui ambassadeur de la Semaine de prévention du suicide, il participait mardi au lancement du programme de santé mentale et de prévention du suicide «Parlons-en» dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ).

«Je me suis dit qu’en parler pourrait peut-être sauver une vie», a-t-il expliqué en entrevue avec La Presse canadienne. Surtout dans le milieu du sport.

«On parle beaucoup de courage dans le monde du sport et on les pense quasiment invincibles parce que les jeunes, déjà à 16 ans, ont de la visibilité et ce sont des héros dans leurs communautés, mais ce sont des jeunes qui ont aussi des moments de détresse», rappelle-t-il.

Redéfinir le courage

Il faut, selon lui, «redéfinir le courage: le courage, c’est de demander de l’aide. Le courage, ce n’est pas nécessairement de se battre ou d’être physique.»

Le directeur général de l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS), Jérôme Gaudreault, reconnaît que l’univers du hockey d’élite n’est guère accueillant pour ceux qui peinent à trouver leurs repères.

«Il y a un modèle traditionnel: un homme, c’est fort. Un homme, ça ne partage pas ses vulnérabilités, ça ne partage pas ses faiblesses et ça ne demande pas d’aide et ça, il faut casser ce modèle-là et leur faire comprendre qu’au contraire, demander de l’aide, c’est très fort tout comme proposer de l’aide, d’être alerte quand ça va moins bien et de se préoccuper des gens», dit-il.

Le programme vise non seulement les équipes, mais aussi les spectateurs. Durant la semaine de prévention, tous les joueurs et membres du personnel de chacune des 18 équipes de la ligue vont suivre un atelier d’une demi-journée où «on va leur apprendre à reconnaître les signes de vulnérabilité pour soi et pour les autres et quoi faire», explique M. Gaudreault. Puis, il y aura aussi des matchs thématiques dans chacune des villes hébergeant un club de la LHJMQ.

«Dans chaque aréna, il va y avoir un match avec entre 2000 et 10 000 personnes qui seront toutes témoins des activités reliées à « Parlons-en ».»

Ce volet du programme est fondamental, selon Jérôme Gaudreault, car il permet «d’utiliser la notoriété des équipes pour sensibiliser les partisans, qui sont souvent des hommes d’âge adulte parmi lesquels les taux de suicide sont relativement élevés».

Car il ne fait aucun doute dans l’esprit de Dave Morissette que de mettre la maladie mentale dans la discussion, de briser le silence et d’aborder avec ouverture la question du suicide est la seule issue, lorsqu’il compare l’époque où il ne savait pas quoi dire à son frère à ce qu’il est devenu avec les années de cheminement.

«Ma plus grande fierté, c’est d’avoir des gens qui me font assez confiance pour me dire: « Dave, j’y pense ». Ça m’est arrivé encore l’an passé dans ma famille d’avoir des personnes qui avaient besoin d’aide et qui n’avaient pas peur de venir m’en parler parce que, souvent, tu ne veux pas avoir le jugement qui vient avec et c’est très important d’en tenir compte.»

La première activité de sensibilisation du grand public est prévue ce mardi soir à Sherbrooke où le Phœnix reçoit les Voltigeurs de Drummondville. Pour ce lancement, la thématique des superhéros a été retenue et les joueurs porteront un chandail qu’ils mettront en vente par la suite afin d’amasser des fonds pour la cause.

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