La lutte au racisme, un enjeu municipal important, selon l’APNQL

VAL-D’OR, Qc — La lutte au racisme et à l’exclusion est une bonne occasion pour les municipalités de créer des partenariats avec les membres des Premières Nations et les communautés qui les entourent. C’est l’un des objectifs visés par la première d’une série de rencontres virtuelles présentée jeudi par l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador.

La prière d’ouverture a donné le ton à la rencontre. Oscar Kistabish, originaire de Pikogan, près d’Amos, a évoqué Joyce Echaquan, décédée à l’Hôpital de Joliette en octobre, dans des conditions qui avaient soulevé l’indignation. «Joyce nous a dit de vivre ensemble, de nous aimer, a-t-il dit. C’est ensemble que nous allons pouvoir faire des choses. Il faut mieux se connaître, il faut mettre un dialogue en place.»

La peur de l’autre

Le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier, a évoqué la peur d’aller voir ses voisins à son arrivée à la mairie, il y a sept ans. «Il y a un festival magnifique à Uashat-Mak-Maniutenam, et les gens ont peur d’y aller, dit le maire. Les gens sont souriants et accueillants.»

De son côté, le chef de Uashat-Mak-Maniutenam, Mike McKenzie, a salué l’ouverture de son collègue. «Il m’a invité lors de son assermentation, rappelle le chef McKenzie. C’était la première fois qu’un chef d’une Première Nation était invité lors d’une assermentation.» 

La méconnaissance de l’autre

Le maire Porlier et le chef McKenzie sont d’accord: la méconnaissance de l’autre est un obstacle important. «Je crois que nos enfants vont mieux faire que nous, estime M. Porlier. C’est plus difficile quand on part avec un certain bagage.» «L’histoire des Premières Nations gagne à être connue, enchaîne M. McKenzie. En 1901, les Innus ont été expropriés, et c’est peu connu.»

Le racisme est une affaire individuelle, selon la préfète de la MRC de Témiscamingue, Claire Bolduc. «Le dialogue de nation à nation, ça nous est venu des Premières Nations qui sont sur le territoire de la MRC, affirme-t-elle. Mais peu importe la relation que l’on veut bâtir, ça commence de personne à personne. La personne n’est pas quelqu’un de différent, c’est quelqu’un qui nous enrichit. Il faut la respecter.»

La collaboration et le développement économique

Mme Bolduc croit qu’une fois le respect installé, la collaboration est possible. Elle a parlé d’un projet hydroélectrique appelé Onimiki, qui est en développement, et dans lequel sont impliquées les communautés Anishinabeg de Wolf Lake et Kebawoek. «On est chanceux de pouvoir développer ce genre de partenariat», a lancé la préfète.

À Val-d’Or, le maire Pierre Corbeil a souligné le rôle important que joue le Centre d’amitié autochtone, «une interface qui provoque le changement», a-t-il imagé. Il en veut pour preuve des projets qui ont connu leur part de réticences auprès des autorités, comme le projet Kinawit, un édifice de 24 logements sociaux réservé aux Autochtones. «Il faut oser, dit M. Corbeil. Il faut lever les obstacles. Et si on essaie, ça marche.»

Mais pour les Premières Nations, il faut savoir garder l’équilibre entre développement économique et traditions ancestrales. «On veut être partie prenante des dossiers économiques de notre région, lance la cheffe de Pikogan, Monik Kistabish. On veut être consultés, question d’améliorer nos conditions socioéconomiques. En même temps, on travaille à préserver notre langue et notre culture.» 

Les Premières Nations et la politique

Les participants ont fait remarquer que les membres des Premières Nations sont presque absents en politique municipale. «En 2007, lors de l’élection provinciale, j’ai été défait par Alexis Wawanoloath, un Abénaki, a rappelé Pierre Corbeil. En 2011, lors de l’élection fédérale, Romeo Saganash a été élu. Ça veut dire que c’est possible.»

De son côté, Monik Kistabish met un bémol. «Dans quelques années, peut-être, croit-elle. Pour le moment, on doit s’occuper de nos communautés. On doit même s’occuper de nos membres qui vivent hors-communauté. Actuellement, on a d’autres chats à fouetter.»

D’autres rencontres en lien avec le plan d’action auront lieu au cours des prochaines semaines. La prochaine aura lieu le 10 décembre et portera sur le racisme dans la sphère médiatique. «C’est un sujet incontournable si on veut lutter contre le racisme et l’exclusion», a conclu le chef de l’APNQL, Ghislain Picard. 

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