La Marine canadienne rappelle ses navires au pays pour être prête à aider

OTTAWA — La Marine royale canadienne rappelle ses navires en mission à l’étranger et impose de nouvelles directives sur la distanciation sociale en mer, alors que les militaires se préparent à répondre à la pandémie de COVID-19 au pays.

Le danger que représente la COVID-19 pour les équipages de navires de guerre, qui vivent dans des espaces restreints, a été clairement illustré cette semaine par une éclosion à bord d’un porte-avions américain. Jusqu’ici, au moins 93 de ses 4800 marins ont contracté le coronavirus, tandis que des centaines d’autres attendent les résultats de leur test de dépistage.

L’épidémie a incité le commandant du USS Theodore-Roosevelt à demander de l’aide à ses supérieurs afin d’éviter de possibles décès. Le Roosevelt est maintenant ramené à sa base de Guam, dans le Pacifique, sans que l’on sache à quel moment il sera à nouveau opérationnel.

La Marine américaine a dit avoir retiré son commandement au capitaine Brett Crozier, lui reprochant d’avoir semé la panique et d’avoir faire preuve d’un piètre jugement en envoyant sa demande d’aide à trop de personnes. 

Pour éviter une crise semblable, le commandant de la Marine royale canadienne, le vice-amiral Art McDonald, a annoncé aux marins cette semaine qu’un certain nombre de «stratégies d’atténuation» sont adoptées. Il s’agit notamment de restreindre les permissions dans les ports étrangers, de prendre des dispositions spéciales pour les repas à bord, et de pratiquer la distanciation sociale «dans la mesure du possible», à terre et en mer, en limitant certaines activités courantes, comme les exercices.

Quatre navires de guerre canadiens sont aussi rappelés au pays — deux des Antilles et deux d’Afrique de l’Ouest —, en raison de la COVID-19. Le vice-amiral McDonald a ajouté que tous les plans de navigation, sauf les plus critiques, sont annulés pour les deux prochains mois.

«Bien que l’avenir de la COVID-19 ne puisse pas être prédit avec certitude, nous faisons tout notre possible pour assurer la santé et la sécurité de nos marins en mer, tout en sachant que cela est essentiel à notre capacité de rester déployés opérationnellement», écrit le commandant de la Marine dans une lettre aux militaires et à leur famille.

Ne pas contaminer les civils

Pendant que les commandants de la Marine canadienne s’efforcent de prévenir les éclosions à bord de leur navire, les planificateurs militaires cherchent aussi des moyens d’empêcher les militaires de transmettre la COVID-19 aux collectivités où on leur demanderait d’intervenir. On s’inquiète particulièrement pour les communautés nordiques et autochtones éloignées, que le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a identifiées comme une priorité particulière pour les Forces armées.

C’est une des raisons pour lesquelles la Marine a ordonné à deux navires de guerre, le NCSM Regina et le NCSM Brandon, de naviguer au large de la côte ouest. Le commandant McDonald explique que les deux navires «restent isolés de l’infection» et prêts «à agir comme une intervention navale d’avant-garde pour des tâches à court préavis».

De la même façon, sur la côte est, la Marine s’apprête à placer en isolement dans un hôtel de Halifax, pendant deux semaines, les équipages du NCSM Ville de Québec et du NCSM Moncton, avant de les renvoyer en mer, où ils attendront également au large de la côte, loin des infections et prêts à intervenir.

Les Forces armées canadiennes ont refusé de préciser combien de militaires avaient contracté la COVID-19, invoquant des questions de sécurité opérationnelle.

Le lieutenant-général à la retraite Guy Thibault, qui était auparavant commandant adjoint des Forces armées canadiennes, affirme que la protection des troupes contre les maladies contagieuses a toujours préoccupé les états-majors. Mais la nature même de cette COVID-19 rend ces efforts difficiles. «Il est clair que la distanciation sociale mise en place dans la société en général n’est tout simplement pas réalisable dans notre contexte opérationnel», a-t-il admis. «Les Forces canadiennes, c’est un sport d’équipe, et toutes nos activités nécessitent de travailler en étroite collaboration et près les uns des autres.»

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