La menace de violence pèse lourd sur les élections en République centrafricaine

BANGUI, République centrafricaine — Le risque de violence pèse si lourd sur le scrutin présidentiel et législatif qui doit avoir lieu dimanche en République centrafricaine que plusieurs candidats de l’opposition ont choisi de se désister.

Le président Faustin-Archange Touadéra et son parti ont indiqué que le vote ira de l’avant, après que les forces gouvernementales eurent affronté des rebelles au cours des derniers jours et au moment où la force de maintien de la paix des Nations unies tente d’empêcher la capitale, Bangui, d’être encerclée et coupée du monde.

Le Rwanda, qui a déployé des hommes en Centrafrique après que ses Casques bleus eurent été menacés, attribue la violence à l’ancien président François Bozizé, qui tenterait de reprendre le pouvoir avant une élection à laquelle il ne peut participer. Des forces russes sont aussi arrivées pour contribuer à la sécurité.

Les partis membres de la Coalition de l’opposition démocratique (COD-2020) ont annoncé cette semaine que sept de leurs candidats se retiraient en raison de la violence. Les partis demandaient un report du vote, en prétextant des préparatifs insuffisants et des responsables électoraux influencés par le président sortant. Ils avaient fait valoir qu’un délai donnerait plus de temps pour constituer un gouvernement d’unité nationale.

Des experts redoutent une explosion de violence si l’opposition n’accepte pas le résultat du scrutin. «Une issue contestée pourrait engendrer une crise postélectorale que des groupes armés pourraient exploiter pour affaiblir encore plus l’État», a prévenu l’International Crisis Group.

Seize candidats briguent la présidence, dont trois femmes et M. Touadéra. Plus de 1500 candidats se disputent les 140 sièges de l’assemblée nationale. Près de deux millions d’électeurs sont inscrits, mais près de 600 000 personnes réfugiées dans les pays voisins ne pourront pas voter, a dit l’ONU.

Riche en minerais, la République centrafricaine est déchirée par des violences confessionnelles depuis 2013, quand les rebelles sélékas principalement musulmans — et qui se disaient marginalisés de longue date — ont chassé M. Bozizé du pouvoir.

La résistance au régime séléka s’est retournée contre les musulmans du pays; certains ont été battus à mort, des dizaines de milliers d’autres ont dû fuir la capitale en 2014 et des mosquées ont été incendiées.

En dépit d’un accord de paix intervenu en 2019 entre le gouvernement et 14 groupes de rebelles, la violence intermittente et les violations des droits de la personne se poursuivent.

La plus récente vague d’insécurité a déferlé quand le plus haut tribunal du pays a rejeté la candidature à la présidence de M. Bozizé, qui est rentré d’exil il y a un an, sous prétexte qu’elle ne respectait pas la clause de «bonne moralité».

M. Bozizé a réagi en rassemblant des rebelles sous sa bannière et en marchant sur la capitale. Ses hommes combattent les forces gouvernementales dans la région de Yaloké depuis le 15 décembre.

La Chine a décidé d’évacuer quelque 250 de ses ressortissants de ce secteur vers une zone plus sécuritaire, après que huit véhicules et d’autres biens appartenant à des entreprises minières chinoises eurent été volés lors des violences.

M. Bozizé avait gouverné jusqu’en 2013, après avoir pris le pouvoir lors d’un coup d’État en 2003. Il fait l’objet d’un mandat d’arrestation international pour crimes contre l’humanité et incitation au génocide. Il est aussi sous le coup de sanctions onusiennes pour avoir appuyé les groupes qui ont résisté aux sélékas en 2013.

Par ailleurs, Facebook a annoncé cette semaine avoir fermé des centaines de comptes liés à la France et à la Russie qui auraient mené une campagne de désinformation en marge avec le scrutin. Les deux pays se livrent à une guerre d’influence dans la région.

– Par Jean Fernand Koena et Carley Petesch, The Associated Press.

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